Formé en ingénierie, Fallou Ngom a finalement découvert une vocation dans l’univers de la mode. Initiateur du festival Mi Kooy (« Et moi » en sérère), il ambitionne de révolutionner la haute couture par une approche artistique qui prône l’inclusion et le respect de l’environnement.
La chaleur étouffante de septembre n’a pas empêché Dakar de vibrer, samedi 19 septembre, au rythme du festival « Mi Kooy » (« Et moi », en sérère). Cet événement de mode à plusieurs facettes a réuni près de cinq cents participants autour d’un processus de création en direct. Mené par le styliste-ingénieur Fallou Ngom, précurseur d’une haute couture fondée sur l’inclusivité et la conscience écologique, le festival se veut ouvert à tous et démocratise l’accès à un luxe jusqu’alors réservé à une élite. Grâce à cette initiative culturelle, Fallou a rendu les pièces de mode haut de gamme faites à la main plus accessibles et a ainsi réussi à abolir une partie des contraintes budgétaires. Il a proposé des articles de luxe avec des prix d’entrée compris entre 3.000 et 15.000 FCfa. Un exemple parfait de rapprochement entre l’élite et la classe moyenne, le temps d’un week-end. Mardi soir, quinze minutes avant d’embarquer pour Paris pour y présenter son premier défilé international dans le cadre du Festival international de la mode du Togo (Fimo228), prévu du 25 au 27 septembre, l’artiste dresse le bilan de la première édition de « Mi Kooy ». Avec 475 entrées, il a presque atteint son objectif, celui de « rendre la haute couture et les cultures urbaines accessibles ». Entre masterclass de dessin de mode, espace gaming, atelier de peinture collaborative, programmation musicale live et DJ sets, c’est un univers créatif et festif complet qui a accueilli le public. Un programme conçu avec une précision d’horloger pour intégrer cette notion d’inclusivité si chère à l’initiateur du festival « Mi Kooy » et qui, au fil du temps, a nourri sa direction artistique. « J’ai été une personne exclue, comme beaucoup d’autres, voire comme presque tout le monde, car je pense que chacun a, un jour ou l’autre, vécu une forme d’exclusion sociale, qu’il en soit conscient ou non. En ce qui me concerne, cette exclusion était plutôt liée à ma morphologie lorsque j’étais jeune », se remémore Fallou Ngom.
Parade des Ibadou
Cette exclusion, très ancrée dans la société sénégalaise, souligne-t-il, touche aussi les jeunes « Ibadou », qui se singularisent par un style vestimentaire particulier. Ces derniers ont d’ailleurs pris part au défilé. « Ce sont des personnes qui n’ont jamais défilé, qui n’auraient même pas pensé défiler. Ils sont venus simplement participer à l’événement et on les a sélectionnés. On leur a appris à défiler le jour même, avec des professeurs. Notre démarche, c’est de faire tout notre possible pour que tout le monde se sente concerné », renseigne le jeune styliste. Pendant le festival, le pop-up store inclusif, espace de vente exclusive, a proposé 200 pièces uniques d’upcycling haut de gamme à des tarifs accessibles à toutes les bourses. C’est cette même collection que Fallou compte présenter au Fimo228. Avec l’emblématique Collé Ardo Sow, ils constituent les deux candidats sélectionnés pour représenter le Sénégal à ce grand rendez-vous dédié à la mode. Ensuite, Fallou Ngom tiendra des expositions-ventes dans la capitale française, puis à Barcelone et au Maroc. Enfin, le créateur prévoit de rentrer au Sénégal pour les Jeux olympiques de la Jeunesse.
Originaire de Sandiara, Fallou Ngom est développeur informatique de formation. C’est au fil des années qu’il a définitivement attrapé le virus de la mode. Présent dans ce milieu depuis des années, le styliste a fini, à force de détermination et de persévérance, par imposer sa marque. Sa maison de mode narrative, Fang, fait aujourd’hui la fierté de la créativité sénégalaise. Elle ne s’adresse pas seulement à une poignée de fortunés, mais s’ouvre à toutes les couches de la société pour briser les barrières financières traditionnelles de la mode. Du luxe.