Ému par la perte d’une figure inoubliable, le Sénégal a été frappé ce samedi 27 décembre 2025 par l’annonce du rappel à Dieu d’Adja Khar Mbaye Madiaga. Dotée d’une voix d’or et de textes riches, percutants et porteurs d’enseignements, elle n’a laissé personne indifférent, et les hommages se sont rapidement multipliés à la hauteur de son impact sur la culture sénégalaise.
RUFISQUE – Le Sénégal vient de dire adieu à une icône largement admirée et respectée dans le domaine de la musique traditionnelle. La cantatrice Adja Khar Mbaye Madiaga s’est éteinte le samedi 27 décembre, à l’âge de 93 ans (1932-2025). Ses obsèques ont été célébrées le même jour au cimetière de Dangou, dans la commune de Rufisque Nord.
La nouvelle s’est répandue tel un souffle qui prend tout le monde de court. Sur les réseaux sociaux, ses refrains et expressions emblématiques résonnent encore, notamment « Kharo Yalla », marque des années glorieuses sur la scène sénégalaise de lutte, et le désormais célèbre « Tagato des Lions » évoquant l’épopée de la Coupe du monde de football 2002.
Sa disparition a suscité une vague de réactions sur la dimension de femme de culture qu’elle fut et sur l’étendue de son œuvre, riche en leçons pour une jeunesse en quête de repères. De Rufisque, sa terre natale, à l’échelle nationale, artistes et responsables politiques s’inclinent devant la mémoire de cette grande cantatrice.
Rufisque et le Sénégal pleurent une voix majeure. Oumar Cissé, maire de Rufisque, estime qu’Adja Khar Mbaye Madiaga n’était pas seulement une icône musicale ; elle était la « gardienne vibrante » de la culture sénégalaise, une « mémoire vivante » et une « voix essentielle de notre patrimoine ». « Par son art, sa grâce et sa sagesse, elle a porté haut les couleurs de Rufisque et du Sénégal tout entier, transmettant de génération en génération les valeurs de notre identité », témoigne-t-il.
Aly Sine, directeur de la Maison des Arts Khar Mbaye, partage l’avis du premier édile et ajoute que Khar, digne « dommu Tengej », cantatrice multidimensionnelle à la voix d’or, a incarné avec noblesse l’âme culturelle du Sénégal indépendant.
Les maires des communes Est, Ouest et Nord, Elimane Sakho Sembène, Astou Gueye et Assane Kassé, se joignent à la douleur qui frappe Rufisque. « Sa disparition laisse un vide immense dans notre communauté, car elle était une figure emblématique de notre chère ville culturelle », affirme Elimane Sakho Sembène.
Au-delà de Rufisque, la nation entière s’est mobilisée pour saluer l’exceptionnelle stature de l’artiste. Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, dans un communiqué, rappelle que Khar Mbaye était une « mémoire vivante du patrimoine national », une gardienne du temple de la culture lébou.
« Dès son jeune âge, sa voix grave et marquée, imposante et reconnaissable entre toutes, captivait les publics des cérémonies traditionnelles avant de conquérir tout le pays », précise le communiqué. Son passage remarqué en tant que « Reine mère » au sein de l’Ensemble lyrique traditionnel du Théâtre national Daniel Sorano demeure gravé dans les mémoires.
« Son talent et sa présence scénique ont marqué des décennies d’histoire culturelle », ajoute le ministère de la Culture dans son communiqué.
La ministre de la Jeunesse et des Sports, ancienne ministre de la Culture, rappelle que le Sénégal a perdu « une artiste de dimension internationale », « un pilier de son patrimoine culturel », dont l’héritage continuera d’inspirer la jeunesse et les générations futures. Elle se remémore avec émotion le vibrant hommage qui lui avait été rendu lors de la célébration des 60 ans du Théâtre national Daniel Sorano, en reconnaissance de l’ensemble de sa carrière.