Mbour accueille le 2e Congrès africain de la pharmacie hospitalière — cap sur l’innovation et la souveraineté sanitaire

11 novembre 2025

La deuxième édition du Congrès de la pharmacie hospitalière de l’Afrique, organisée ce week-end à Mbour, a mis en lumière des enjeux majeurs pour la santé publique. L’événement, sous le haut patronage de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna), a réuni des professionnels de neuf pays africains francophones et des experts venus d’Europe. Au cœur des débats figuraient l’amélioration de la disponibilité des médicaments, la gestion optimisée des produits anticancéreux et, surtout, le rôle essentiel du pharmacien hospitalier. La Pna a été présentée comme un partenaire majeur des structures hospitalières, avec pour ambition de soutenir les hôpitaux. Le Directeur général de la Pna, Dr Seydou Diallo, a rappelé la mission régalienne de l’établissement: « Il s’agit de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution de médicaments à travers tout le pays. Là où le besoin se fait sentir, on a l’obligation de rendre les médicaments disponibles et accessibles. » Il a précisé que la Pna considère les hôpitaux comme son « client premier ». Mettant l’accent sur l’objectif de performance, il a réitéré la volonté d’en arriver à une situation où aucun patient entrant à l’hôpital ne se heurte à une « zéro prescription » non satisfaite, supprimant ainsi les longues démarches causées par des ordonnances incomplètes. « À travers les pharmaciens hospitaliers, on veut rendre disponibles tous les médicaments d’urgence, tous les médicaments essentiels pour le bien-être de nos patients », a-t-il insisté.

Une innovation majeure présentée au cours du congrès concerne la gestion des médicaments anticancéreux, ceux-ci étant souvent subventionnés par l’État. Dr Mor Fall, président des pharmaciens hospitaliers du Sénégal, a mis en lumière les pertes importantes, estimées entre 12 et 15 %, imputables aux méthodes de préparation traditionnelles. Pour remédier à ce phénomène, l’accent a été mis sur l’établissement d’Unités de reconstitution des cytotoxiques (Urc). Ces unités permettraient à l’État du Sénégal de réaliser des économies d’au moins 15 % sur la facture liée à ces traitements essentiels. Dr Mor Fall a précisé l’importance de cet aspect sur le plan pharmaco-économique: « Cet aspect pharmaco-économique, c’est vraiment pour accompagner l’État, soit pour recruter bien davantage de malades, soit pour diminuer sa facture. » Les Urc, associées à une meilleure pharmacovigilance et à une stérilisation hospitalière, constituaient les thèmes phares du congrès.

La question de la souveraineté pharmaceutique a aussi été au centre des échanges, dans le cadre de la Vision Sénégal 2050. L’objectif est d’assurer qu’au moins la moitié des médicaments consommés n’ait plus besoin d’importation. Dr Mor Fall a mis en exergue les efforts gouvernementaux pour encadrer et soutenir l’industrie locale, en indiquant qu’au moins neuf industries pharmaceutiques ont commencé à s’implanter au Sénégal. Cette ambition est considérée comme essentielle pour maîtriser les coûts et améliorer la disponibilité des produits, une leçon tirée des répercussions de la crise sanitaire liée à la COVID-19 et de la nécessité de s’appuyer sur des capacités nationales.

Plusieurs intervenants ont évoqué le besoin d’un meilleur regard sur les conditions de travail des pharmaciens dans le secteur public et d’une reconnaissance accrue de leur rôle. Dr Amath Niang, président de l’Ordre des pharmaciens du Sénégal, a exprimé des préoccupations claires: « Le secteur public est en souffrance. Certains pharmaciens ne disposent même pas d’un contrat suffisamment digne. » Il a plaidé pour l’élaboration d’un nouveau statut, affirmant que le pharmacien hospitalier occupe une place centrale qui va bien au-delà de la simple gestion des stocks. Son expertise est indispensable pour traiter les questions d’incompatibilités, assurer la pharmacovigilance et optimiser le traitement des patients. « Tout système de santé qui se veut prospère devra intégrer davantage la place et le rôle du pharmacien au sein de la structure hospitalière », a-t-il déclaré, appelant à la mise en place d’un véritable plan de carrière.

Le Gouvernement sénégalais a exprimé son soutien via le Dr Samba Cor Sarr, directeur de Cabinet du ministre de la Santé et de l’hygiène publique. Il a évoqué trois réformes majeures en cours: une nouvelle loi hospitalière, l’écriture du Code de la santé du Sénégal et la mise à jour de la carte sanitaire, qui inclut l’émergence d’hôpitaux de niveau 4. Il a également mis en relief le rôle indispensable des sociétés savantes dans ces chantiers, soulignant qu’elles « sont là pour que le faible soit soutenu, pour qu’il y ait plus d’éducation ». Le ministère a d’ailleurs prévu une ligne budgétaire destinée aux sociétés savantes, allouant déjà plus de 100 millions de francs CFA pour soutenir leurs travaux. Ces « appuis catalytiques » visent à éclairer les politiques de santé à partir des données probantes issues de leurs recherches. Les conclusions du congrès, a-t-il ajouté, seront utiles lorsque les réformes majeures seront mises en œuvre.

Le succès de cette deuxième édition, après une première édition tenue au Maroc en 2023, témoigne d’une dynamique de coopération « gagnant-gagnant » entre professionnels africains. Des représentants du Cameroun, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo, du Mali et de la Guinée étaient présents, signe d’une volonté partagée de mettre en commun les expertises et d’harmoniser les pratiques à l’échelle du continent.

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