L’ingénieur en Génie électrique et consultant en énergies propres, Mbaye Hadj, se penche, dans cet entretien, sur la manière dont l’énergie solaire peut s’insérer dans le paysage sénégalais. Il observe que la demande croissante se heurte au coût élevé des produits et à des difficultés d’accès au financement.
En quoi le solaire peut-il constituer une alternativa crédible selon vous ?
Le solaire représente réellement une alternative majeure, car il peut s’appliquer aussi bien en zones rurales qu’en milieu urbain.
Tout d’abord, en milieu rural, il existe des Sénégalais privés d’électricité. La meilleure réponse est d’établir des réseaux totalement déconnectés du réseau principal. C’est le premier point. Ensuite, concernant les habitations, le coût du kilowattheure est élevé en ville avec la Senelec. Le solaire peut donc devenir une solution très intéressante pour atténuer ces coûts, sans nécessairement les annuler. Le dernier point touche les petites et moyennes entreprises: elles peuvent tirer parti du solaire pour améliorer leur gestion énergétique.
Comment évaluez-vous la dynamique d’adoption du solaire par les ménages et les entreprises au Sénégal ?
Au Sénégal, le solaire fait l’objet de discussions à peu près partout et l’orientation vers cette énergie se voit partout. Le frein majeur demeure toutefois le financement des installations, un véritable obstacle à lever. Les particuliers et les entreprises souhaitent adopter le solaire, mais l’investissement initial pose problème. Il faut que l’État organise ce secteur pour soutenir les ménages et les Pme dans leur transition vers le solaire avec un accompagnement financier. On prend souvent l’exemple des subventions dans le secteur de l’électricité. Ces aides, en privilégiant les plus vulnérables, ceux qui consomment peu, pourraient passer par des crédits ne dépassant pas 1,5 million de FCfa. Certains auront même autour d’un million, selon leur niveau de consommation. Ce type de soutien peut être accordé. On peut être assuré que les subventions diminueront au fil des années. Puis on pourra passer à une montée en puissance pour les consommateurs qui le souhaitent. C’est la même logique à appliquer pour les entreprises.
Comment, selon vous, le solaire peut-il être un catalyseur pour les Pme et un levier d’industrialisation ?
Je collabore avec plusieurs Pme qui souhaitent s’orienter vers le solaire, et les retours sont largement positifs. Prenons l’exemple d’une PME ou d’un service où l’activité s’étend de 8h à 17h, voire 18h, avec éventuellement des heures supplémentaires. Ce type de client exploite la lumière du jour pour ses activités. Ses salariés travaillent lorsque le soleil est présent, soit entre 8h et 18h, et il existe des solutions adaptées à ce type de structure. Cette approche peut ramener la facture électrique à la baisse d’environ 90%, et jusqu’à 95% si les heures supplémentaires ne sont pas utilisées. Les convertisseurs actuels permettent cela de manière particulièrement efficiente et intelligente. En période d’hivernage et de pluies, le système peut basculer automatiquement vers la Senelec pour assurer le continu. L’objectif reste de privilégier le solaire pour réaliser de réelles économies. Les systèmes solaires constituent un levier pour les Pme et les services, grâce au fonctionnement des onduleurs de nouvelle génération, qui se distinguent par leur grande intelligence.
Comment se dessinent les perspectives de l’énergie solaire au Sénégal ?
Le solaire, comme ailleurs dans le monde, est une vague en mouvement. Aujourd’hui, cette source d’énergie progresse fortement à l’échelle mondiale, avec une arrivée marquante de la Chine, qui fournit la majorité des équipements.
Le Sénégal ne compte pas rester en retrait. De plus en plus de consommateurs se tournent vers le solaire en procédant à des investissements propres. Dans ce cadre, on peut entrevoir de belles perspectives pour cette énergie propre et renouvelable.