Dans cet entretien, Mbagnick Faye, directeur de l’Institut des Technologies du Digital, examine les défis liés au secteur agricole pour les jeunes et affirme qu’il faut multiplier les initiatives en matière de formation et de financement.
Vous dirigez le projet Salouma. En quoi consiste-t-il exactement ?
Cette initiative est portée par le Programme alimentaire mondial (Pam), avec le soutien de la Fondation Mastercard. Elle vise à accompagner des PME actives dans les chaînes de valeur agricoles, que ce soit dans la production, la transformation ou la commercialisation. Le programme accorde une attention particulière aux jeunes, en privilégiant les femmes et les personnes en situation de handicap, afin de favoriser leur inclusion et leur participation. L’objectif est aussi de donner aux jeunes les moyens de créer des activités durables. Dans ce cadre, Salouma a confié à l’Institut des Technologies du Digital la tâche d’identifier des PME répondant à des critères précis, puis de les accompagner à travers des formations axées sur les outils de gestion d’entreprise. Nous les aidons notamment à élaborer un business plan et nous proposons un accompagnement personnalisé. Une erreur fréquente que nous observons lorsqu’on soutient les jeunes consiste à leur verser des fonds sans qu’ils aient au préalable une vision claire de leur projet. Notre approche vise d’abord à construire cette vision et à structurer le projet. C’est précisément pour cette raison que nous avons lancé ce bootcamp : il offre aux PME l’occasion de présenter et de défendre leur projet, et il constitue un point de départ pour leur tracer une trajectoire claire. En tant qu’institut spécialisé dans la formation, avec une approche innovante, nous apportons notre soutien pour contribuer à atteindre cet objectif ambitieux.
On observe un intérêt marqué de la part des jeunes et des femmes pour l’agriculture, l’agrobusiness et l’élevage. Comment interprétez-vous cette tendance ?
C’est une excellente nouvelle. Comme on le répète souvent, tous les pays qui se sont développés l’ont fait en passant par l’agriculture. Et la jeunesse demeure la première force d’une nation, quel que soit le contexte. Donc, si les jeunes s’orientent vers l’agriculture, c’est un signe positif. Maintenant, il faut renforcer l’implication des différents acteurs pour mieux les accompagner. Nous avons parcouru le Sénégal et répertorié près de 3 000 PME. Parmi elles, 1 400 ont postulé à ce projet. Mais nous ne pouvons sélectionner que 60 à 120 structures. Il serait souhaitable que, tant au niveau gouvernemental que parmi les partenaires, nous multiplions les initiatives. C’est peut-être là que réside l’essentiel. C’est d’une importance capitale.
Des projets existent, mais le principal obstacle reste le financement. Quelle approche innovante préconisez-vous ?
Comme je le disais plus tôt, il faut d’abord que les partenaires financiers soient impliqués très tôt. C’est exactement ce que nous sommes en train de mettre en œuvre : accompagner les jeunes au début du processus et ne pas attendre l’étape finale pour chercher des financements. Il faut adopter très tôt une démarche inclusive. Vous verrez, par exemple, des partenaires issus du ministère de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, ainsi que d’autres structures qui nouent des partenariats avec des organismes de financement de projets. L’objectif est que, dès maintenant, les différents acteurs s’impliquent, comprennent les projets des jeunes et les accompagnent dans leur mise en œuvre.