Figure de référence dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, ancien spécialiste de la Banque mondiale, Fadel Ndaw s’engage dans une nouvelle trajectoire: celle de l’écriture romanesque. Avec Masques dévoilés, son premier roman, il se jette à l’eau et explore la dualité des êtres, la foi, le désir et les identités multiples, en puisant dans une vie marquée par les déplacements, une rigueur scientifique et une passion littéraire longtemps contenue.
Pendant quatre décennies, Fadel Ndaw a contribué à façonner les politiques publiques liées à l’eau au Sénégal et en d’autres pays d’Afrique. Il a dirigé des projets importants, notamment celui qui a permis de combler le déficit d’approvisionnement en eau de Dakar en 1996. De la réforme du secteur ayant engendré la Sones, à la Sde (actuelle Sen’eau) et à l’ONAS, jusqu’à la coordination du Programme eau potable et assainissement du millénaire (Pepam), son empreinte est perceptible.
Après ce parcours national, l’ingénieur est devenu expert en eau et assainissement pour la Banque mondiale, intervenant au Burkina Faso, en Égypte, au Maroc et en Côte d’Ivoire. Deux ans après avoir pris sa retraite, il modifie son rythme et découvre dans la littérature une source d’inspiration véritable. « J’ai pris ma retraite pour profiter de mon temps libre. Et j’ai pu me consacrer à l’écriture », affirme-t-il.
Suite qui coule de source
L’écriture n’est pas réellement une découverte tardive. Elle accompagne Fadel Ndaw depuis l’adolescence. Élève scientifique et lecteur vorace, il dévore Jules Verne, Dickens ou Victor Hugo. « En première, mon professeur de français me disait : “Mais qu’est-ce que vous faites ici en tant que scientifique ?” », raconte-t-il avec un sourire en coin. Il compose alors des poèmes, des nouvelles, participe au Concours général de français et remporte un prix. Une vocation naissante, mise en pause par une carrière exigeante.
Aujourd’hui, Fadel Ndaw retrouve son premier amour qu’était la littérature. De lecteur à poète, il s’essaie d’abord à l’essai autobiographique. Son œuvre Parcours au fil de l’eau naît ainsi comme un pont entre lui et sa vie passée, marquée par des flots de satisfactions. Dans ce premier livre, il retrace quarante années de carrière, mêlant expertise technique et anecdotes de terrain. L’inspiration jaillit chez lui comme un torrent, suffisamment puissant pour l’inciter à publier son premier roman. Masques dévoilés résulte d’une maturation longue mais intense. « Cela m’a pris un an. J’avais plusieurs idées, mais celle-ci s’est imposée à moi », précise-t-il, les yeux pétillants.
Un roman, un flot de thématiques
Le roman suit Sobel Diouf, ingénieur sénégalais originaire de Fandène, tiraillé entre foi et désir, entre stabilité sociale et fissures intérieures. Face à lui se dresse Mona Salé, journaliste italo-jordanienne, figure mouvante et insaisissable. L’action se déploie entre Milan, Dakar et Amman, dans un décor d’industrie pétrolière, de corruption, de quête identitaire et de tensions intimes. « Le livre illustre la difficulté de préserver son identité dans ce monde », résume l’auteur.
La dualité est au cœur du récit. « Le roman est traversé par le double aspect des personnages. Il y a ce qui se voit et ce qui est réel, ce qui est caché », insiste Fadel Ndaw. Sobel, croyant respecté, mari et père, porte en lui des blessures anciennes—familiales, affectives et culturelles. « On voit quelqu’un qui coche toutes les cases, mais au fond, il demeure des blessures invisibles qui l’ont marqué ».
Le titre Masques dévoilés prend alors tout son sens. « On ne voit généralement que ce que l’on nous montre. On voit rarement ce qui se cache derrière les masques », explique-t-il. À travers ses personnages, l’auteur interroge la foi, la liberté, le poids des normes sociales et religieuses, mais aussi la complexité des trajectoires humaines.
Le voyage occupe une place centrale dans le roman, comme dans la vie de l’auteur. « Tous les lieux que je décris, ce sont des lieux que j’ai vécus », précise-t-il. L’aéroport de Djeddah, les canaux de Milan, le désert jordanien ou les villages sénégalais sont restitués avec une précision sensorielle assumée. Un véritable périple sans besoin de passeport ni de visa. « Quand je décris une scène, je veux que le lecteur voie, sente, voyage sans bouger ». Pari réussi !
Aujourd’hui, Ndaw ne s’avance pas encore avec l’urgence d’un second roman. « Je vais d’abord digérer ce premier livre », confie-t-il, tout en admettant que d’autres idées germent déjà. De quoi nourrir tout lecteur avide de connaissances.