L’affluence ne se dément pas au marché des fruits de la rue Sandiniéry à Dakar. Toutes les variétés y sont pratiquement visibles, mais les acheteurs, dont le pouvoir d’achat est en recul, se heurtent à des prix qui s’envolent. Face au coût élevé des fruits importés, la diététicienne Seynabou Dramé recommande de privilégier les produits locaux, de saison.
Sandiniéry joue le rôle de cœur vivant du marché Sandaga. Cet endroit, connu comme l’un des lieux d’approvisionnement en fruits les plus fréquentés de la capitale, ne cesse presque jamais d’accueillir les clients. Il n’est pas nécessaire de chercher loin : les fruits retiennent aussitôt l’œil, alignés sur les étals ou empilés dans les sacs des consommateurs. À quelques pas du rond-point Sandaga, près du centre commercial Touba Sandaga et non loin de l’avenue Lamine Guèye, des marchandes dressent leurs comptoirs.
Pour saisir l’ampleur de la scène, il faut longer cette rue devenue un véritable lieu de référence pour l’achat et la vente de fruits, bien organisée et bouillonnante. Une vendeuse, vêtue d’une robe rouge et assise près de sa marchandise, oriente le visiteur. Sandiniéry est en pleine effervescence : des voitures stationnent sur le trottoir, réduisant les passages.
Des taxis et des motos de livraison se faufilent entre les rangées d’étals pour se frayer un passage au milieu du tumulte. À midi et demi, la chaleur écrasante en cette saison d’hivernage ajoute à l’intensité de l’ambiance. Pommes, mangues, clémentines, raisins, oranges, avocats, etc., garnissent les comptoirs et embaument le lieu. Des ouvriers manipulent des caisses de fruits, cherchant à s’abriter brièvement à l’ombre des immeubles; aucun arbre n’offre encore d’ombre suffisante.
Plus loin, un camion portant l’inscription « Banane du Sénégal » est stationné, rendant la circulation plus difficiles. Un 4×4 Hyundai ralentit devant un étal : le vendeur accourt, glisse un sachet par la vitre arrière entrouverte, échange quelques billets, puis le véhicule s’en va dans le flot des véhicules.
Chez Mamadou Aliou Ba, commerçant originaire de Guinée, en jean bleu et tee-shirt gris, les clients se suivent jusqu’à 20 heures.
Non loin de là, Ibrahima Diallo, vendeur vêtu d’un t-shirt jaune et d’un pantalon kaki, explique les fluctuations des tarifs sur les étals. Selon lui, la chaleur fait grimper les prix, tandis que les périodes plus fraîches augmentent aussi la disponibilité des produits. Il prend l’exemple de la mangue, dont le kilo se négocie aujourd’hui à 1 000 FCFA, contre 500 à 600 FCFA chez les détaillants vers mars-avril.
En revanche, le prix de la banane reste inchangé : 900 FCFA le kilo pour la banane dite locale et 1 000 FCFA pour celle importée de Côte d’Ivoire. Selon lui, malgré ces tarifs jugés élevés, la clientèle continue d’affluer en grand nombre.
Du côté des consommateurs, les vendeurs interrogés s’accordent à dire que les fruits sont plus chers que ces quatre à cinq derniers mois. « Autrefois, tous ces fruits coûtaient bien moins cher », confient-ils.
Variations des tarifs
Vêtu d’un uniforme bleu et coiffé d’un képi, Demba Ba se prépare à repartir avec trois sachets lourds de fruits. Il s’approvisionne pour un restaurant qui exige fréquemment des fruits et passe régulièrement par Sandiniéry, exprimant toutefois son amertume face à l’évolution des prix.
« Dès qu’on parle des tarifs, les vendeurs affichent des expressions différentes », souligne-t-il. Bien qu’il privilégie la papaye, la pastèque ou la pomme verte, ce choix n’est pas seulement personnel : ce sont les fruits les plus prisés et les plus demandés par ses clients.
Cependant, la hausse des prix inquiète face aux tarifs d’autrefois. Par exemple, la papaye coûte désormais 4 100 FCFA le kilo, le kiwi atteint 4 000 FCFA et la pomme verte se voit affichée à 1 200 FCFA. Des montants que Demba Ba juge élevés et largement supérieurs à ce qu’il déboursait il y a quelques mois. Seul le raisin en grappes demeure stable à 2 000 FCFA le kilo. Il exprime ses regrets, mais admet qu’il ne peut s’en passer.
Les fruits, éléments essentiels de l’alimentation, répondent directement aux attentes de sa clientèle. Plus loin, Ismaïla Gassama termine ses achats. Il récupère ses sacs et hoche la tête: « C’est cher », affirme-t-il. Pour autant, le prix élevé ne le dissuade pas; les fruits restent une composante indispensable de son régime. À ses côtés, ses nièces et son neveu croquent une pomme.
Éreintés par la chaleur humide, ils transpirent abondamment et discutent en français. L’un des sacs de Gassama déborde de fruits. S’il apprécie particulièrement la mangue et la pastèque, il reconnaît aussi profiter des autres fruits lorsque l’offre et les prix le permettent. Fatim Seck, originaire des Parcelles assainies, repart avec un sachet de fruits.
« Davantage de fruits et de légumes renforcent la santé », affirme cette mère de famille en riant, essuyant la sueur sur son visage. Malgré des tarifs parfois élevés, elle s’approvisionne régulièrement pour ses enfants, avec une préférence pour les poires et les raisins.