Après avoir, lors de sa première édition, posé les grands défis auxquels les médias africains font face, le Salon international des médias d’Afrique (Sima) move désormais vers la recherche de solutions. La seconde édition de ce rendez-vous ambitionne d’établir les premières bases d’un écosystème médiatique continental à la fois souverain, performant et capable de s’adapter aux mutations du secteur.
En tant que coordonnateur du comité de pilotage, le Dr Mactar Silla affirme que cette édition sera placée sous le signe de l’action. « Cette édition 2026 doit constituer la continuité de la première, qui avait posé les enjeux du secteur. Pour cette seconde édition, nous avons décidé de passer à une phase beaucoup plus concrète », a-t-il expliqué. Selon lui, la souveraineté médiatique ne peut pas rester au stade des discours. « Il faut poser les premières bases montrant comment on entend bâtir cet écosystème souverain et performant, qui n’est ni une formule magique ni de simples mots d’ordre », a-t-il insisté. En d’autres termes, il faut « passer des constats à la construction d’un écosystème médiatique africain ».
La réflexion s’appuie sur les défis majeurs traversant aujourd’hui les médias africains : régulation, financement, formation, protection des journalistes, place des jeunes et des femmes, mutation numérique et intelligence artificielle. Le Sima cherche avant tout à favoriser le partage d’expériences. Des professionnels venus de plusieurs pays sont invités à présenter leurs modèles et leurs réponses face aux mutations du secteur. « Il faut absolument s’inspirer des modèles existants, et parallèlement, partager nos propres expériences », a souligné le Dr Silla.
La programmation, du 8 au 11 octobre, traduit cette volonté d’aller au-delà du simple diagnostic. Après une première journée dédiée à la régulation et à l’avenir du métier, les travaux du vendredi 9 octobre placent l’intelligence artificielle, l’économie des médias et la publicité au cœur des échanges. « Quelle IA pour nos rédactions ? Promesses, risques et souveraineté technologique des rédactions africaines » figure parmi les thématiques centrales. Les échanges portent aussi sur les bonnes pratiques des rédactions ayant déjà intégré l’IA, les risques de désinformation et les conditions d’un usage responsable de ces technologies.
Le financement de l’indépendance éditoriale constitue l’autre grand chantier. Aides publiques, fonds et bailleurs seront notamment examinés sous l’angle d’une question centrale : comment soutenir les médias sans compromettre leur liberté éditoriale ?
Le samedi 10 octobre sera consacré aux récits, aux industries créatives et aux femmes. Les participants réfléchiront notamment aux narratifs à produire pour les médias africains, à la souveraineté narrative et aux imaginaires continentaux. Les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 feront aussi l’objet d’une réflexion sur leur potentiel comme laboratoire médiatique.
Au-delà des panels, le Sima entend inscrire les médias dans les politiques de développement. « Lorsqu’un secteur parvient à être profondément présent dans le quotidien des populations, il faut qu’il figure parmi les priorités nationales. C’est un secteur dynamique, transversal et un catalyseur du développement », soutient le Dr Mactar Silla.
Cette ambition passe aussi par une amélioration des conditions d’exercice. La situation sociale des journalistes, mais aussi celle des enseignants et formateurs du secteur, est l’une des préoccupations du Salon. Les recommandations issues des travaux doivent aboutir à des propositions concrètes destinées aux pouvoirs publics.
Du diagnostic aux solutions, le Sima 2026 entend transformer les échanges en feuille de route. L’objectif des organisateurs est de faire émerger des réponses africaines aux défis africains et de renforcer les solidarités professionnelles à l’échelle du continent.