Il y a sept ans — fin avril-début mai 2018 — le président Macky Sall, dont je suis l’un des conseillers spéciaux du Cabinet, me reçoit en présence de Maxime Jean Simon Ndiaye, l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République, et d’El Hadji Oumar Youm, l’ancien Directeur de cabinet. À l’ordre du jour figure le lancement du Tome 1, premier volet d’une série de quatre notes ouvertes, intitulé « Conviction républicaine » et sous-titré « Institutions, gouvernance, paix, sécurité et développement ».
Peu avant l’entretien, l’ancien président me salue à l’instant où nous nous croisons dans le grand hall du Palais de la République et me lance : « Abdoul Aziz, tu veux faire de moi un écrivain. » À cela, je réponds aussitôt : « Vous l’êtes, Monsieur le président ; vos discours officiels en disent déjà long. »
Au terme de l’échange sur les modalités pratiques du lancement du Tome 1 de la série, l’ancien président Sall choisit finalement la date du 18 mai 2018 pour présider la cérémonie et, dès l’ouverture, livre une déclaration de grande envergure sur l’économie nationale et les progrès réalisés depuis son élection six ans auparavant.
Lors de l’accueil du 18 mai 2018, alors que nous nous dirigeons vers l’entrée du grand chapiteau de l’hôtel Terrou Bi où les invités attendent en grand nombre, le président prononce six mots qui résonnent: « Vous avez été persévérant Abdoul Aziz. » Car c’est bien au Sénégal que l’on rencontre des hommes et des femmes, jeunes ou moins jeunes, qui, dans les couloirs, les salons et les bureaux du pouvoir, ne voient leur vocation que dans le service du bien commun et de l’État, et qui s’emploient à faire en sorte que ceux qui aiment leur pays puissent y consacrer leur énergie au service du bien public. Combien d’obstacles pour une simple note ouverte destinée au président afin de relancer l’initiative du débat et d’apaiser la démocratie.
La cérémonie peut alors démarrer une fois le coup d’envoi donné. Je quitte les lieux avec la promesse que m’a faite l’ancien président de prendre les rênes de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle de février 2019.
Je ne pouvais obtenir meilleur blanc-seing pour la délicate et exaltante mission future de diriger la campagne d’un président sortant. Le succès retentissant du Tome 1 ouvre la voie au travail destiné au Tome 2, consacré à la transformation structurelle de l’économie, à la croissance inclusive, à l’emploi et au développement; ce travail ne s’interrompra qu’en novembre 2018, lorsqu’arrive sur le bureau de l’ancien président le produit fini.
Autour de la couverture du livre, le bandeau porte le slogan du projet de campagne de janvier et février 2019 de l’ancien président : LE SÉNÉGAL ACCÉLÈRE SON DÉVELOPPEMENT. Le ton est alors donné.
Mais tout cela, aussi séduisant que cela puisse paraître, sera inévitablement sabordé par les lâches qui gravitent autour des présidents sénégalais, incapables de faire avancer quoi que ce soit et prêts à empêcher quiconque de travailler pour le Sénégal. Croyez-moi : ils ne manquent pas autour de Diomaye Faye comme ils n’étaient pas bien loin autour de Macky Sall il y a près de deux ans. C’est là que le pays de la Téranga se révèle: un endroit où les dirigeants élus demeurent sous l’emprise d’un petit groupe de voyous, ou plus, selon les jours.
L’ancien président n’a pas respecté sa parole donnée à son conseiller spécial, privilégiant le lancement de son fameux SÉNÉGAL AU CŒUR (Le Cherche Midi, 2018). Pour dissiper les rumeurs de l’époque, j’ précise que je n’ai été mêlé, ni de près ni de loin, à la conception, à l’écriture ou à l’édition de ce qui n’est, aux yeux de l’éditeur, qu’un texte d’un genre littéraire encore inconnu, étiqueté DOCUMENT.
Tout le monde connaît la suite. Macky réélu pense avoir accompli trop de choses pour ne pas tout pouvoir faire désormais, offrant ainsi à l’opposition profane une occasion inespérée de faire de lui le paria de la République.
Le 24 septembre 2025 à New York, Macky lance, si Dieu le veut, son livre L’AFRIQUE AU CŒUR.
Ai-je enfin réussi à faire de Macky Sall un écrivain ? Je n’en suis pas sûr !
Une chose est toutefois certaine: il n’y aurait ni violences ni morts d’hommes en février et mars 2021, en juin 2023 et en mars 2024 si j’avais été suivi. Les notes ouvertes, dont deux furent rédigées — la première lancée et la seconde jamais publiée (voir l’image en illustration de cette tribune) — visaient à imposer un vrai débat démocratique aux grands responsables politiques du pays et à leurs soutiens, souvent paresseux et cupides, qui, pour rien au monde, n’autorisent pas que quelqu’un les prenne par le travail du pouvoir et de l’argent, du beurre, de la vache et de la laitière.
Enfin, le lancement à New York de la version révisée et corrigée de la note ouverte de novembre 2018 ? Peu importe. Ce sont de beaux jours pour la critique. La vraie critique. Là réside l’essentiel !