Le patriarche Cheikh Sow n’étant plus là, c’est son fils, Alassane Sow qui nous donne rendez-vous. À la périphérie de Louga. Pour échanger sur sa passion devenue un réel business : la vente d’oiseaux.
Il y a exactement huit ans, c’était Cheikh Sow qui ouvrait les portes de sa demeure pour accueillir l’équipe du « Soleil » dans ce cadre périphérique de Louga. Aujourd’hui, l’oiseller attitré de Diallo Pithie n’est plus sur place. « Notre papa est décédé il y a quatre ans, laissant derrière lui un grand vide. Priez pour lui », lance Alassane Sow, nous plongeant dans une profonde tristesse. Après quelques échanges de politesse, nous entrons enfin dans le sujet principal.
L’entretien débute dans une ambiance cordiale. Assis sur une natte, les frères Sow échangent autour d’une théière. La cour de la maison n’a guère changé; le décor reste identique: deux bâtiments, plusieurs cases. Le seul élément qui évolue est le petit abri en bois qui servait autrefois de cage aux oiseaux: il a été remplacé par une petite camionnette. À l’intérieur, on aperçoit cinq familles de « pitakh » (pigeons de brousse). Le tout regroupe moins d’une centaine d’individus, petits et grands, dont certains proviennent du Maghreb. « Je prévois de repartir très prochainement en brousse », précise Alassane, qui affirme avoir deux commandes de clients installés à Dakar.
À l’instant où il parle, il affirme, comme son père, avoir tout plaqué pour se consacrer à la vente d’oiseaux. Ce commerce, assure-t-il, présente un réel avantage. « J’ai actuellement trois épouses et une dizaine d’enfants que je nourris grâce aux revenus issus de la vente d’oiseaux », déclare l’oiseller. Et comment attrape-t-il ces oiseaux ? C’est simple: il dispose d’un piège qu’il installe autour des marigots et des cours d’eau. Le résultat? Il ne rentre jamais les mains vides. « Il m’arrive de revenir avec 150, 200 et même 300 oiseaux », affirme-t-il.
De retour à la maison, les oiseaux capturés sont remis à plusieurs revendeurs qui, à leur tour, les acheminent vers Dakar, Saint-Louis, Touba, Kaolack et Thiès. Une affaire de famille Chez les Sow, attraper et vendre des oiseaux demeure avant tout une histoire de lignage. Un métier qui se transmet de père en fils. « J’ai hérité du métier de mon papa. Et demain, mes enfants feront le même business. C’est une affaire de famille », confie Alassane. Pendant de nombreuses années, son père, Cheikh Sow, était l’oiseller attitré d’Amadou Diallo, plus connu sous le nom de « Diallo Pithie ».
Le défunt recevait directement les commandes de ce dernier. Aujourd’hui, Alassane n’agit plus autrement que suivre les traces de son père. « Toutefois, je dois le reconnaître, je n’ai pas les mêmes talents que lui. Il faut aussi dire que les ressources se raréfient et que le commerce ne tourne plus comme avant », admet-il, se contentant parfois de racheter quelques paires de « pitakh » sur place. Cependant, la demande pour les pigeons de brousse est en hausse. Alassane bénéficie également du soutien indirect des acteurs de la santé, qui recommanderaient fortement la consommation de « pitakh » pour leurs vertus nutritionnelles.
Aujourd’hui, des restaurateurs, des particuliers et des malades souffrant d’anémie viennent s’approvisionner dans son oisellerie. Et lorsqu’il ne peut plus satisfaire la demande, Alassane Sow, tirant parti du riche carnet d’adresses légué par son père, fait appel à ses enfants et à ses frères, perpétuant ainsi un business prometteur hérité des ancêtres.