À l’image de GAUFF ENGINEERING et de Klingele Paper & Packaging, les sociétés allemandes actives au Sénégal affichent leur ambition de développer les compétences et d’établir les bases d’un emploi durable.
Le partenariat économique entre l’Allemagne et le Sénégal ne se résume pas à des chiffres d’investissement. Il se manifeste aussi à travers les infrastructures qui rapprochent les territoires, des installations qui transforment les produits localement, des compétences qui se transmettent et des emplois qui se créent. Sur le terrain, plusieurs entreprises allemandes s’inscrivent dans cette dynamique en adaptant leur savoir-faire aux besoins du marché sénégalais. Klingele Paper & Packaging et GAUFF ENGINEERING en donnent une démonstration tangible. Klingele s’est installée au cœur de la nouvelle écorégion industrielle de Diamniadio. GAUFF ENGINEERING agit, elle, dans le domaine de l’électrification rurale, avec une étape nouvelle destinée à couvrir des centaines de villages. « Nous avons considéré que le Sénégal était la porte d’entrée de la CEDEAO », précise Guillermo Rodríguez, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest de la société.
Cette implantation a aussi mis en évidence chez Klingele un atout supplémentaire du Sénégal : le potentiel de ses ressources humaines. L’expérience acquise en Mauritanie a obligé le groupe à investir massivement dans la formation en interne. « La différence entre les deux pays ne réside pas dans les hommes, mais dans l’écosystème de formation. En Mauritanie, nous avons bâti nos compétences en interne, et les équipes de Nouadhibou et de Nouakchott en constituent aujourd’hui la meilleure démonstration. Au Sénégal, nous avons trouvé un réseau dense d’écoles de formation professionnelle, ce qui a fortement réduit notre besoin d’investissement dans la formation initiale et nous a permis de gagner en rythme. ». L’entreprise privilégie le recrutement local, envoie certains salariés suivre des formations dans les usines en Allemagne et fait intervenir des techniciens sur place. « 100 % de notre personnel, sur les trois usines que nous exploitons en Afrique, est local », affirme le directeur régional.
Le groupe familial allemand, créé en 1920, compte aujourd’hui 21 usines de carton ondulé réparties dans douze pays. Au Sénégal, Klingele a acquis en 2023 un site de 24 000 m² au cœur du territoire industriel de Diamniadio. Le projet a bénéficié d’un financement de 5 millions d’euros soutenu par KfW-DEG, tandis que GIZ a accompagné l’entreprise sur la dimension formation. Selon le directeur régional, l’objectif est de passer progressivement à 100–120 emplois, contre 26 à l’heure actuelle. Ce développement répond directement aux besoins des filières agricoles locales. L’emballage n’est pas seulement un produit fini : il représente un maillon essentiel de la chaîne qui protège, transporte et valorise les productions sénégalaises destinées aux marchés internationaux.
GAUFF ENGINEERING, électrifier pour stimuler l’activité économique
Après Diamniadio, l’investissement allemand se décline différemment. Avec GAUFF ENGINEERING, il s’inscrit dans le développement des réseaux électriques, des centrales photovoltaïques et des infrastructures visant à rapprocher l’énergie des zones rurales. GAUFF a assuré le rôle de Maître d’Œuvre, en réalisant les études, en préparant les appels d’offres, en supervisant les chantiers et en gérant le projet. La première phase du programme baptisé « ASER-300-villages », conduite avec l’Office maître d’ouvrage l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER) de 2019 à 2025, a permis d’apporter l’électricité à 372 villages, selon Lutz Ekhoff, directeur du projet de GAUFF ENGINEERING à Dakar dans un entretien accordé au quotidien Le Soleil. Le programme comprenait aussi 90 sites dédiés à des activités génératrices de revenus (AGR) : périmètres maraîchers, chambres froides, machines à glace et plateformes post-récolte. Environ 860 jeunes Sénégalais et des opérateurs/concessionnaires ont en parallèle été formés dans le domaine de l’électrification et de sa gestion. Le financement de cette première phase s’élevait à 120 millions d’euros, assuré par KfW IPEX-Bank.
Ces chiffres, touchant environ 200 000 personnes dans les zones rurales, témoignent d’une transformation qui va bien au-delà du simple raccordement des foyers. De plus, dans les sites électrifiés, l’énergie sert aussi à puiser l’eau, à préserver les productions ou à alimenter des machines. « Disposer d’électricité permet parfois d’alimenter les pompes des puits ou les équipements sur les plateformes post-récolte », précise M. Ekhoff. Par ailleurs, pour les productions agricoles et halieutiques, l’enjeu inclut la conservation. « Il devient possible d’installer des réfrigérateurs et des chambres froides, que nous avons notamment développés pour stocker les produits agricoles et d’élevage, ainsi que de mettre en place des machines à glace pour la conservation des poissons », ajoute-t-il.
Une seconde étape de l’électrification rurale — orientée vers le sud et le sud-est du Sénégal
GAUFF ENGINEERING prépare à présent une autre étape de son action avec l’ASER. Selon le directeur, ce second volet du programme toucherait environ 750 villages, avec une focalisation marquée sur le sud et le sud-est du Sénégal. La plupart des localités seraient raccordées au réseau de moyenne tension existant, tandis que 180 villages supplémentaires seraient pourvus de centrales photovoltaïques et de mini-réseaux. Le démarrage est envisagé pour 2027. Le budget prévu resterait autour de 120 millions d’euros, à peu près équivalent à celui de la phase initiale.
Cette étape supplémentaire prolonge une démarche où l’infrastructure est pensée en regard de ses retombées économiques locales. Former des jeunes, alimenter des équipements hydrauliques, assurer la conservation des produits et soutenir des activités génératrices de revenus : l’électricité se transforme en levier de développement.
Klingele et GAUFF visent le Sénégal comme plateforme de production. Ils créent ou préparent des postes d’emploi, transmettent des savoir-faire et s’appuient sur des partenaires locaux. Tous deux tirent parti, dans leur domaine respectif, de l’écosystème de la coopération allemande, notamment via KfW/DEG et la GIZ.