L’Échéance du Bilan et du Règlement des Comptes

4 octobre 2025

Les auditions liées au dossier des victimes des manifestations politiques intervenues entre mars 2021 et février 2024 démarreront aujourd’hui. Cette annonce a été transmise conjointement par l’Initiative Zéro Impunité (IZI) et le mouvement Sénégal Notre Priorité (SNP).

Ce protagoniste est apparu comme le visage de la répression brutale des manifestations politiques survenues au Sénégal entre mars 2021 et février 2024. Pape Abdoulaye Touré sera aujourd’hui à la Section des recherches de Colobane, une unité de la gendarmerie nationale, pour être entendu dans le cadre du dossier relatif aux « détenus politiques ». Une audition synonyme de l’entrée en jeu de la Justice pour la recherche de la vérité dans cette affaire.

« L’Initiative Zéro Impunité (IZI) et le mouvement Sénégal Notre Priorité (SNP) informent l’opinion publique de l’ouverture officielle des dossiers relatifs aux événements politiques intervenus entre 2021 et 2024, suite à une instruction du Procureur de la République. Dans ce cadre, Pape Abdoulaye Touré, torturé et qui est aussi le fondateur de l’IZI et le coordinateur du SNP, est convoqué ce vendredi 3 octobre à 10 heures par les agents de la Section de Recherches de Colobane pour devenir la première victime à être entendue », précisent les deux organisations dans un communiqué conjoint qui a été transmis à notre rédaction.

Les porte-paroles ajoutent aussitôt que « le temps de la justice et l’heure de la vérité ont sonné ». À noter que le ministre de la Justice avait, au début du mois d’août, annoncé avoir transmis le dossier au Procureur général près la Cour d’appel en vue d’engager des poursuites pour les « crimes commis » pendant les manifestations politiques. L’ancien garde des Sceaux, Me Ousmane Diagne, a répondu à une lettre adressée par Pape Abdoulaye Touré, victime de torture. Cette communication de la chancellerie faisait suite à une lettre de l’activiste adressée au chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, dans laquelle il dénonçait ce qu’il appelait « l’inertie de la justice » face à des crimes de meurtre, d’assassinat, de torture, de traitements inhumains, cruels et dégradants, ainsi que de disparitions forcées, survenus lors des événements tragiques entre 2021 et 2024.

La commande pour une célérité de la justice, réclamée par les partisans du pouvoir, exécutée

L’audition de Pape Abdoulaye Touré constitue un jalon dans l’effort visant à éclairer le sort des victimes des manifestations politiques. Jusqu’à présent, ce dossier paraît progresser lentement mais objectivement, malgré une pression soutenue exercée par des partisans du pouvoir sur les institutions judiciaires, particulièrement sur ce volet. Des voix se sont élevées, notamment parmi les parlementaires de la majorité, pour dénoncer une certaine lenteur du système judiciaire.

Pourtant, lors d’une intervention devant l’Assemblée nationale, à l’occasion de la plénière consacrée à l’examen d’un texte sur l’interprétation de l’amnistie, Me Ousmane Diagne, à l’époque ministre de la Justice, s’était montré ferme quant au bon fonctionnement de l’appareil judiciaire : « Je ne saisis pas ces critiques. On dirait que ce qui importe réellement, c’est autre chose que la marche correcte de la justice. Fort de toute mon expérience dans la magistrature, je n’accepterai jamais qu’on me fasse pression. Ne comptez pas sur moi pour faire pression sur les magistrats du siège ».

Entre-temps, Ousmane Diagne a été écarté du ministère de la Justice. À la suite d’un remaniement ministériel, Yassine Fall, affilié au Pastef, a pris la tête de ce département clé. Moins d’un mois après sa nomination, le dossier des « détenus politiques » paraît s’accélérer à travers l’ouverture officielle des auditions par les autorités judiciaires.