Depuis Saint-Louis, le mardi 24 février, la production théâtrale « Janax yi ak nit ñi » unit l’exploration scientifique à l’expression artistique afin de sensibiliser les populations du Sénégal aux risques sanitaires et alimentaires liés aux rongeurs. Portée par la troupe « Gratte Noyau » et soutenue par plusieurs partenaires issus du monde de la recherche, la tournée nationale cherche à rapprocher le savoir et le public.
SAINT-LOUIS – En matière de santé publique et de sécurité alimentaire, les planches deviennent un terrain d’action. C’est à Saint-Louis que, sous la direction artistique de Marianne Heinrich et avec la troupe « Gratte Noyau », a été donné, le mardi 24 février, le coup d’envoi de la tournée nationale de la pièce « Janax yi ak nit ñi » (Les rongeurs et les humains), une création mêlant humour, émotion et rigueur scientifique. « C’est une pièce qui met en lien des recherches scientifiques et le théâtre pour informer, sensibiliser et réfléchir ensemble aux moyens de lutter contre les problématiques liées aux rongeurs », explique Marianne Heinrich, metteuse en scène et coproductrice du projet.
Derrière l’élan artistique se dessine une préoccupation tangible : les rongeurs, omniprésents aussi bien dans les centres urbains que dans les zones agricoles, ne causent pas seulement des pertes de récoltes mais facilitent aussi la transmission d’un grand nombre de maladies infectieuses. Selon les chercheurs impliqués dans Biopass, une meilleure gestion des populations de rongeurs pourrait réduire sensiblement le gaspillage agricole. Au Sénégal, une diminution de moitié des dégâts sur les cultures d’oignon et de riz se traduirait par un gain annuel estimé à environ 10.000 tonnes d’oignon et 12.000 tonnes de riz paddy. Ambroise Dalecky, chercheur au laboratoire Population-Environnement au sein du programme Biopass de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), résume l’objectif: « C’est une rencontre entre la science et le théâtre au service des populations et des politiques publiques. L’idée, c’est d’éclairer l’action et d’aider chacun à passer à l’acte ».
13 représentations entre février et mars
Porté par une approche One Health qui relie la santé humaine, animale et l’environnement, le projet s’appuie sur des collaborations scientifiques étroites avec l’IRD, l’Université Gaston Berger (UGB) et le Cirad. Coproduite par Khalilou Ba, de Kb Ingénierie Consulting Sénégal, la pièce s’inscrit dans une démarche de rendre accessibles au grand public des résultats scientifiques souvent confinés à des cercles spécialisés. « L’objectif est de sortir les résultats scientifiques des tiroirs des administrations pour les amener auprès des acteurs. Ce que nous venons de voir est plaisant, parfois rigolo, mais nous voulons surtout que ce que les gens en retiennent perdure », affirme-t-il. En complément de la représentation, des temps d’échanges et de restitution sont prévus après chaque spectacle afin de recueillir les impressions du public et d’approfondir l’appréhension des enjeux. Treize représentations sont prévues entre février et avril à travers le Sénégal, notamment à Saint-Louis, Kaolack, Tambacounda, Kédougou, Kolda, Ziguinchor, Dakar, Thiès, Louga, Rosso/Richard-Toll, Podor et en Gambie. Pour les initiateurs, cette itinérance vise à toucher un public large: populations rurales et urbaines, coopératives agricoles, agents de santé communautaires et décideurs publics. « C’est vraiment l’idée de pouvoir transmettre un message, pas un message qui donne des leçons, mais un message qui aide à passer à l’action », insiste Ambroise Dalecky. À travers « Janax yi ak nit ñi », scientifiques et artistes espèrent ainsi ouvrir un nouvel espace de dialogue entre savoirs académiques et réalités du terrain, au service de la santé publique et de la sécurité alimentaire au Sénégal.