Dans «Oxana» (sorti le 16 avril 2025), Charlène Favier retrace les origines du mouvement Femen à travers le parcours d’une jeune Ukrainienne qui lutte pour les libertés, la démocratie et le féminisme, incarnée à l’écran par Albina Korzh. Une œuvre qui s’inspire librement d’un épisode réel.
C’est un destin exceptionnel que nous conte Charlène Favier à travers son nouveau long métrage. À l’image de Slalom, son premier film, Oxana brosse le portrait d’une femme, d’une combattante, qui mêle vulnérabilité et force. Cette fois, l’héroïne porte le nom d’Oxana Chatchko, peintre ukrainienne qui a cofondé, à Kiev, en 2008, le mouvement féministe Femen, aux côtés d’Oleksandra Chevtchenko et d’Anna Hutsol. Le film s’inspire librement de son existence, autant sur le plan artistique que militant. Artiste-peintre depuis son adolescence à Khmelnytskyi, dans l’ouest de l’Ukraine, Oxana se spécialise dans les icônes et réalise des commandes pour la communauté orthodoxe locale. Ce don qu’elle affine plus tard à Paris, où elle poursuit ses études aux Beaux-Arts. À la veille du vernissage de sa première exposition dans une galerie parisienne, elle se décrit devant une journaliste comme « réfugiée politique, artiste, activiste, sextrémiste ».
Le film oscille sans cesse entre l’Ukraine et Paris, et entre les deux périodes qu’il explore. Il retrace l’éveil militant de la jeune femme: son aspiration à la liberté, notamment celle des femmes; son opposition farouche à la prostitution, à la corruption et aux dictatures en Ukraine, en Russie ou au Bélarus, ainsi que son opposition à l’emprise religieuse sur la société. Peu à peu, avec ses amies Lada et Anna, Oxana organise des réunions et des manifestations pour porter ces revendications. Le mouvement gagne en visibilité et en influence lorsque les jeunes femmes réalisent qu’en manifestant seins nus, avec des slogans tracés sur leur poitrine, elles provoquent le scandale et attirent l’attention des médias et du public par des vidéos diffusées en ligne. « Nos seins, ce sont nos armes », explique Oxana à ses camarades. Cette prise de conscience leur permet de rayonner dans plusieurs pays européens, et notamment en France, où Inna Chevtchenko devient rapidement une figure médiatique aussi populaire que controversée. Le film montre alors que les trajectoires d’Inna et d’Oxana divergent rapidement, leurs objectifs tactiques n’étant pas compatibles.
C’est l’actrice ukrainienne Albina Korzh qui incarne Oxana devant la caméra. Charlène Favier magnifie la jeune femme par une esthétique soignée et picturale, qui rappelle, par sa couleur et son souffle, la peinture des icônes que pratique le personnage. Dans son regard, se lisent tour à tour les tourments amoureux, les espoirs, la colère et la détermination farouche, mais aussi la mélancolie, la douleur et la détresse qui la traversent. Le tournage était initialement prévu en Ukraine, mais l’invasion russe a contraint à rediriger le projet. Le film a finalement été tourné en Hongrie, dans un cadre empreint d’une réalité particulière. Cependant, les comédiennes ukrainiennes ont joué en gardant à l’esprit ce contexte singulier et l’existence d’un autre combat à portée de main.
Rfi