Le projet de relance du chemin de fer Dakar-Tamba nourrit un espoir brûlant dans la capitale du rail. Des anciens cheminots louent l’élan affiché par les nouvelles autorités et appellent à mettre les professionnels du secteur au cœur du processus afin de garantir la renaissance du rail au Sénégal.
Les autorités sénégalaises mettent l’accent sur la réactivation du Dakar-Tamba pour repositionner le pays dans les échanges sous-régionaux, notamment avec les États enclavés. Les travaux de réhabilitation avancent, c’est en tout cas l’assurance donnée en février dernier par le ministre des Transports, Yankhoba Diémé, lors de la présentation des grandes orientations du gouvernement concernant le transport ferroviaire.
Ancien cheminot, Madiodio Diagne, président de l’association « Ndèye Ji Cheikh », se montre pressé d’entendre à nouveau le sifflet du train résonner dans la capitale du rail. « Cela fait presque six ans qu’aucun train n’a quitté le Sénégal. On a baptisé 2026 l’année du chemin de fer », affirme-t-il, en insistant sur le fait que le rail demeure, pour lui, un outil indispensable au développement du pays.
À son avis, le développement d’un pays passe nécessairement par le chemin de fer. En puisant dans ses souvenirs, il se souvient qu’autrefois, le rail jouait un rôle majeur dans le transport des marchandises lourdes. Le rail assurait environ 95 % du transport, tandis que la route n’intervenait qu’en appoint avec environ 20 %. Aujourd’hui, depuis le déclin du chemin de fer, la route porte pratiquement la totalité du trafic des marchandises lourdes. Or les routes se dégradent presque chaque année et nécessitent des investissements importants pour leur renouvellement. En revanche, le renouvellement du chemin de fer peut, lui, s’opérer tous les 50 ans.
Associer les anciens cheminots
D’après lui, le pays est au ralenti parce que le chemin de fer a été négligé. Mais il affirme : « On perçoit la volonté politique des nouvelles autorités ». Toutefois, il précise : « Faire le chemin de fer sans les cheminots, c’est le faire contre les cheminots. Il va donc falloir nous associer. Il existe des personnes compétentes qui ont tenu les chemins de fer à l’époque et qui sont encore vivantes. Elles ne sont pas nombreuses, il faut les associer pour que la relance soit parfaite. Nous ne sommes pas des retraités, nous sommes en retrait ». Un point de vue partagé par Maguette Thiam, ancien cheminot ayant servi plus de 30 ans dans ce secteur (1969-2003). Pour lui, afin d’assurer la relance du chemin de fer au Sénégal, il faut miser sur le capital humain. Il faut, selon lui, du personnel qualifié, capable de relever les défis du redémarrage. Il préconise aussi l’existence d’une voie à grand écartement et insiste sur la nécessité de disposer d’un chemin de fer moderne avec une voie adaptée. Poursuivant son propos, il recommande également de poursuivre le maillage du territoire à travers toutes les grandes villes, car « si le maillage ne suit pas, la relance peut aussi être compromise ».
Secrétaire général du Syndicat unique des travailleurs du rail et président de l’intersyndicale des cheminots en activité, Babacar Gueye estime lui aussi qu’il ne peut y avoir de développement sans un réseau ferroviaire efficace et sécurisé. « Nous insistons pour que l’État accélère la recherche des financements nécessaires pour réaliser cette ambition, qui sera le poumon du développement économique et social du Sénégal. En termes de décentralisation, de territorialisation et de renforcement de l’équité territoriale, il n’y a que le chemin de fer qui peut aider notre pays. Avec la réalisation de ce projet, le Sénégal pourrait régler tous ses problèmes liés au secteur du transport », a-t-il expliqué, magnifiant le travail entrepris pour la restructuration du patrimoine ferroviaire. « La récupération et la libération des emprises du chemin de fer sont une très bonne chose. Nous encourageons et soutenons les autorités, parce que c’est un patrimoine qui peut nous servir à beaucoup de choses », a-t-il ajouté.