Le G20 appelle à la régulation des agences de notation

20 novembre 2025

(SenePlus) – À la veille du sommet du G20, un regroupement d’experts africains a lancé un appel pressant aux vingt économies les plus influentes du monde afin qu’elles renforcent leur supervision des agences de notation de crédit, accusées d’employer des méthodologies défaillantes qui alourdissent drastiquement l’endettement des pays africains.

Le comité, constitué sous la présidence sud-africaine du G20, a présenté mardi un rapport destiné au groupe, désignant comme problématique ce qu’il décrit comme un « biais de perception » inhérent aux évaluations de crédit. D’après Reuters, ces agences « évaluent souvent le risque africain comme plus élevé que celui d’autres régions présentant des fondamentaux économiques similaires ».

Cette distorsion perçue aurait des répercussions concrètes et mesurables. Le comité affirme que « le biais de perception inhérent aux méthodologies de notation gonfle le coût de financement des gouvernements et des entreprises africains sur les marchés mondiaux », rapporte l’agence de presse.

Le rapport ne mâche pas ses mots: « Les méthodologies des agences de notation restent défaillantes », ajoutant que ces organismes « rendent difficile l’examen ou la contestation de leurs conclusions », selon Reuters.

En prévision du sommet du G20 prévu ce week-end, le comité a avancé plusieurs recommandations précises pour les autorités du groupe. D’après Reuters, il « a appelé le G20 à instaurer une surveillance renforcée des agences de notation, en exigeant une divulgation accrue des données et des modèles qui soutiennent leurs décisions ».

Les experts préconisent également de réviser les cadres de notation afin de mieux refléter la diversité des économies africaines, notamment leur potentiel de croissance et leur richesse en ressources naturelles. Ils recommandent aussi d’éviter des dégradations de note précipitées qui pourraient exacerber les tensions financières.

Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où l’accès au financement demeure un défi majeur pour de nombreux pays du continent, souvent contraints d’emprunter à des taux élevés sur les marchés internationaux en raison de notations jugées trop sévères.

Les agences rejettent les accusations

Face à ces critiques, les trois grandes agences de notation mondiales maintiennent leur position. Reuters indique que « S&P Global Ratings, Moody’s et Fitch ont rejeté les accusations de biais régional, affirmant que leurs notations souveraines reposent sur des critères appliqués mondialement et publiquement accessibles, et que les mêmes méthodologies sont utilisées pour tous les pays ».

L’Union africaine ne demeure pas inactive face à cette situation. L’institution continentale « travaille à la mise en place d’une Agence africaine de notation de crédit, qu’elle prévoit de lancer au second semestre 2025 afin d’offrir une évaluation locale du risque de crédit ».

Cette initiative vise à proposer une alternative aux trois géants mondiaux de la notation, en s’appuyant sur une compréhension plus fine des réalités économiques, politiques et sociales du continent. L’agence pourrait ainsi apporter une perspective complémentaire, voire compétitive, susceptible de rétablir un équilibre dans les rapports de force.

La composition du panel souligne la gravité accordée à ce sujet par l’Afrique du Sud, qui assure cette année la présidence tournante du G20. Reuters précise que « le panel était dirigé par l’ancien ministre sud-africain des Finances Trevor Manuel et comprenait des figures telles que l’économiste prix Nobel Esther Duflo et l’ancien président de la Banque africaine de développement Donald Kaberuka ».

Au-delà des aspects techniques de la notation, c’est l’ensemble du financement du développement en Afrique qui est en jeu. Des notations systématiquement plus sévères entraînent des taux d’intérêt plus élevés, qui plombent les budgets nationaux et restreignent les investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé et la transition énergétique.