(SenePlus) – Dans une analyse publiée le 17 novembre 2025, le journaliste Pascal Airault, correspondant à L’Opinion, s’intéresse aux dessous de la crise qui agite l’exécutif sénégalais. Selon un observateur politique consulté par le quotidien français, le vrai conflit ne concernerait pas tant les faits visibles mais se déroulerait hors des feux de la rampe. « Plus que le dossier lié au remplacement d’Aïda Mbodj, c’est la présidentielle de 2029 qui se joue dans l’ombre », avancerait cet interlocuteur. Cette anticipation précoce de l’échéance électorale alimenterait des tensions prématurées.
La tension monte d’un cran du fait que Ousmane Sonko demeure frappé d’inéligibilité en raison d’une condamnation pour diffamation, ce qui l’a obligé à soutenir Diomaye Faye lors des scrutins de novembre 2023. D’après l’observateur cité par L’Opinion, « le chef de l’État aurait, en coulisses, sollicité l’avis du Conseil constitutionnel pour savoir si celui qui l’a hissé au pouvoir restait inéligible ». Les magistrats constitutionnels auraient entériné l’incompatibilité de Sonko avec le poste. « Or, il en est informé et entretient une amertume profonde », poursuit-on.
Cette révélation permettrait de comprendre pourquoi l’atmosphère entre les deux dirigeants s’est détériorée, au point de mettre en danger, selon Airault, la stabilité des institutions nationales.
Face à l’enjeu, des figures influentes seraient mobilisées pour prévenir une cassure dans les institutions. Le quotidien affirme qu’on prête à l’architecte Pierre Goudiaby Atepa, à l’entrepreneuse Anta Babacar Ngom et à l’intellectuel Alioune Tine — qui appelle à trancher la question de l’éligibilité de Sonko — des missions de médiation visant à éviter une crise institutionnelle.
Ces tentatives de médiation chercheraient à éviter au Sénégal une crise analogue à celle de 1962, lorsque Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, deux anciens compagnons de lutte pour l’indépendance, s’étaient affrontés dans l’exercice du pouvoir. Cette fracture historique s’était conclue par l’emprisonnement et la condamnation de Mamadou Dia, soupçonné de tentative de coup d’État.
Cette « guerre prématurée » préoccupe tout particulièrement les chefs d’entreprise et les investisseurs, souligne Airault. Le contexte économique du pays, fragilisé par une dette qui avoisine désormais 132% du PIB, rend d’autant plus pressante la recherche d’une stabilité politique au sommet de l’État.