Lat Diop et Honoré Gaming : décryptage de l’illusion de la transparence

7 novembre 2025

À l’approche du verdict de la Cour suprême sur la mise en liberté provisoire de Lat Diop, un autre chapitre de l’histoire refait surface: le lien entre la LONASE et Honoré Gaming, la holding à laquelle appartient Sharp Vision. Présentée en 2023 comme une révolution technologique destinée à transformer le paysage, cette alliance entre la France et le Sénégal devait incarner la modernisation du secteur. Deux années plus tard, elle symbolise plutôt l’opacité et les conflits d’intérêts qui minent un domaine en pleine dérive.

Un partenariat scellé dans l’euphorie

En 2023, la LONASE annonce avec fanfare un accord stratégique avec Honoré Gaming, société française spécialisée dans les technologies de jeu et de paris.
Son objectif déclaré: moderniser l’infrastructure numérique de la LONASE et renforcer la sécurité des flux financiers qui y transitent.

La signature, organisée à Dakar, se déroule en grande pompe, avec la présence remarquée des frères Casanova, dirigeants d’Honoré Gaming, présentés comme les nouveaux partenaires du jeu public sénégalais.

Sur le papier, tout semble parfait: innovation, performance, transparence. Or, très vite, des acteurs du secteur s’interrogent sur les conditions d’attribution du contrat, les détails restant pudiquement secrets. À ce jour, aucun appel d’offres public n’a été retrouvé, nourrissant les soupçons d’une attribution précipitée sous couvert de « partenariat stratégique ».

Sharp Vision, le contrôleur devenu joueur

Derrière Honoré Gaming se trouve Sharp Vision, sa filiale opérationnelle en Afrique de l’Ouest.
Et c’est ici que le bât blesse: Sharp Vision exploite également des plateformes privées de paris sportifs dans plusieurs pays africains. En d’autres termes, l’entreprise chargée de sécuriser les flux du jeu public sénégalais évolue dans le même écosystème que les opérateurs qu’elle est censée encadrer.

Pour certains observateurs, ce montage constitue un conflit d’intérêts flagrant.
« On ne peut pas être à la fois l’arbitre et le joueur », résume un ancien conseiller du secteur. D’autant plus que cette proximité entre les sphères publiques et privées s’est accentuée sous la direction de Lat Diop, qui voyait en Sharp Vision un levier de rentabilité plus qu’un simple prestataire technique.

L’arrestation de Lat Diop et les zones d’ombre du contrat

En 2024, l’histoire prend une tournure judiciaire. Lat Diop est arrêté puis inculpé pour détournement de 7 milliards de francs CFA. Les investigations mettent au jour un train de vie fastueux et une série de marchés passés dans des conditions jugées peu transparentes, parmi lesquels celui conclu avec Honoré Gaming.

Même si le procès prévu le 6 novembre ne vise pas directement la société française, le partenariat qu’elle a conclu avec la LONASE est cité comme un exemple de gestion sans garde-fous clairs entre argent public et intérêts privés.

Comment les frères Casanova, responsables d’Honoré Gaming, n’ont-ils pas perçu ce détournement majeur dans un partenariat aussi sensible? Leur rôle dans cette affaire demeure flou, laissant place à des questionnements sur leur supervision du contrat avec la LONASE.

La société civile reprend la main

En 2025, le collectif Jub Jubal Jubbanti remet le sujet sur le tapis. Dans un rapport largement relayé, il dénonce une « privatisation silencieuse » d’une partie du système de jeu public et l’opacité entourant les montants versés à certains prestataires étrangers. Le document pointe des risques d’ingérence financière et une dépendance technologique croissante de la LONASE vis-à-vis d’acteurs extérieurs.

Honoré Gaming, censée symboliser rigidité et sécurité, se retrouve ainsi associée à un réseau de relations peu transparent, évoluant à la frontière entre la modernisation numérique et la captation institutionnelle.

Le pari de la transparence

La décision que rendra la Cour suprême le 6 novembre portera avant tout sur les faits reprochés à Lat Diop. Mais elle aura aussi valeur de symbole: au-delà du destin d’un homme, c’est tout un modèle de gestion publique qui est remis en question, celui où la « transformation digitale » peut servir de voile à des alliances risquées et peu lisibles.

L’affaire LONASE–Honoré Gaming restera sans doute comme une parabole moderne: lorsque le jeu devient affaire d’État, la frontière entre chance, pouvoir et argent se brouille de manière dangereuse.