Le mercredi 5 août 2026, devant le tribunal des flagrants délits de Dakar pour offense au chef de l’État et pour des propos jugés contraires aux bonnes mœurs, les militants de Pastef-Les Patriotes Mandoumbé Diop, connu sous le sobriquet Lamignou Darou; Maguèye Diaw, alias Oustaz Thiep; et Moustapha Ndiaye, surnommé Ndiaye Touba, ont été condamnés à des peines fermes et à une amende de 500 000 FCfa chacun. Mandoumbé Diop a été écroué pour trois mois, tandis que ses deux co-prévenus ont reçu deux mois d’emprisonnement ferme.
Bien que les prévenus aient soutenu que leurs vidéos relevaient de la comédie, les magistrats ont jugé que leurs propos présentaient un goût très discutable et justifiaient une réponse pénale. Dans ces enregistrements, ils qualifiaient le président de la République de « traître ».
Plus encore, ils ont formulé à son encontre des vœux malveillants de maladie, évoquant notamment un AVC, et ont même manifesté l’espoir de sa mort. Le mercredi 5 août 2026, au cours de l’audience du trio devant le tribunal des flagrants délits de Dakar, les magistrats n’ont pas hésité à se prononcer sur la portée de ces propos.
Mandoumbé Diop, âgé de 36 ans et commerçant, a reconnu être l’auteur des interventions. Avec ses deux coauteurs, Maguèye Diaw, aussi 36 ans et commerçante, et Moustapha Ndiaye, 35 ans et commerçant, ils ont confirmé que la première vidéo diffusée avait été enregistrée le 18 juillet 2026 à Mbacké Bari. Dans cette séquence, ils évoquent un « traître » sans nommer explicitement le chef de l’État.
En revanche, Lamignou Darou, seul protagoniste de la seconde vidéo, s’en prend ouvertement au président. Il l’accuse d’un manque de courage et affirme éprouver de la pitié pour lui, avançant qu’il serait « marabouté ». Dans la même pièce, Darou déclare n’avoir « pas peur d’exprimer sa pensée » envers le Président et ne pas envisager de quitter le pays pendant le mandat en cours.
L’argument de la comédie
Interrogé sur ces propos, le prévenu a changé de ton, soutenant qu’il ne faisait que commenter l’actualité. « Je ne m’adressais pas directement au président de la République. Mes prières n’étaient destinées à personne », a-t-il insisté.
Oustaz Thiep a abondé dans le même sens en déclarant de concert aux juges : « Le Président a bien un nom et aucun nom n’a été cité ». Se présentant lui aussi comme un artiste satirique, Moustapha Ndiaye, alias Ndiaye Touba, a laissé entendre qu’ils avaient agi comme ils en avaient l’habitude dans leurs vidéos comiques.
À la question du représentant du parquet sur l’identité du président, Lamignou Darou répond: « Il s’appelle Diomaye ». Le maître des poursuites lui rappelle alors qu’ils s’adressaient bien au chef de l’État, « le président de tous les Sénégalais ». « Non, je ne fais pas partie du Sénégal », réplique le prévenu, provoquant un éclat de rire dans l’assistance.
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Loin de rire, le parquetier estime que les propos tenus portent atteinte à l’institution présidentielle. Selon lui, même si les prévenus tentent aujourd’hui de minimiser leurs déclarations, « tout le monde connaît le véritable destinataire de ces propos ». Il a aussi souligné que Lamignou Darou n’a manifestement pas tiré de leçon de sa condamnation prononcée en octobre dernier. Pour la répression, il a requis un an d’emprisonnement, dont 6 mois ferme. En ce qui concerne Oustaz Thiep et Ndiaye Touba, il a demandé 6 mois d’emprisonnement, dont 3 mois ferme, assortis chacun d’une amende de 500 000 FCfa.
La défense a plaidé l’absence d’infraction. Pour Me Abdoulaye Tall, il s’agit d’une « procédure scandaleuse », car aucune infraction n’est constituée dans ce dossier. « Le discours contraire aux bonnes mœurs n’a pas été caractérisé. Les poursuites sont extrêmement légères, car nos clients faisaient une vidéo comique », ont soutenu Me Famara Faty et Me Abdy Nar Ndiaye.
Si Me Takha Cissé a évoqué « une tentative d’intimidation », Me Théophile Kayossi soutient que le ministère public cherche à museler les prévenus. « C’est un procès politique initié par le procureur de la République », s’indigne-t-il, avant que Me Youssoupha Camara ne demande la relaxe pure et simple de l’ensemble des prévenus.
Leur demande n’a pas été entendue, car le tribunal a jugé les prévenus coupables des faits qui leur étaient reprochés. Lamignou Darou a été condamné à trois mois de détention, tandis que Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont été reconnus coupables à deux mois d’emprisonnement ferme. Chacun devra en outre s’acquitter d’une amende de 500 000 FCfa.