Érigé au cours du XIXe siècle sous le règne d’Alboury Ndiaye, dernier souverain du Djolof, le Tata de Yang-Yang fut à l’origine une fortification vouée à assurer la protection de la capitale. Aujourd’hui, la mosquée attenante à ce site historique est devenue un lieu de recueillement particulièrement fréquenté. Entre mémoire royale, aspiration spirituelle et dialogue entre communautés, ce patrimoine local suscite chez les acteurs de la région un désir de meilleure préservation.
LINGUÈRE – En plein cœur de l’espace Djolof historique, la mosquée du Tata de Yang-Yang est à la fois un lieu de prière et un espace chargé de mémoire collective. À proximité de l’ancien rempart érigé par Alboury Ndiaye, fidèles, pèlerins et visiteurs s’y rendent pour s’arrêter, méditer et renouer avec une histoire profondément ancrée dans le territoire.
Une mémoire royale et religieuse
Le Tata, dont le nom signifie fortification, symbolise l’époque militaire de Yang-Yang, ancienne capitale du Djolof. A côté de ce vestige se dresse aujourd’hui une mosquée qui est devenue un sanctuaire où l’on se recueille.
Selon Pape Khalifa Babacar Sy Ndiaye, conservateur du musée de Yang-Yang, ce lieu revêt une dimension particulière dans l’histoire des rapports entre communautés religieuses. Il rappelle notamment qu’en 1923, Bouna Alboury Ndiaye, fils du roi Alboury Ndiaye, avait reçu l’archevêque de Dakar, Mgr Jalabert. Cet épisode est considéré comme un jalon du dialogue islamo-chrétien au Sénégal.
La mémoire locale rapporte aussi que des figures religieuses majeures, parmi lesquelles Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et El Hadji Malick Sy, auraient prié sur ce site, ce qui, pour les fidèles, confère au lieu une dimension spirituelle renforcée.
Aujourd’hui, la mosquée accueille des croyants à divers moments de la journée. Chaque année, des pèlerins viennent s’y recueillir, prier et se ressourcer.
Un lieu de recueillement très fréquenté
Pour les fidèles, la visite du site va au-delà de la prière; elle constitue une occasion de communion avec un héritage transmis de génération en génération.
Omar Diop, pèlerin originaire de Linguère, fait partie des visiteurs qui y viennent régulièrement.
« Venir ici chaque année est une bénédiction. Une paix intérieure s’empare de soi dès l’entrée dans la cour. On a l’impression que les prières des anciens nous accompagnent », témoigne-t-il.
Il insiste aussi sur l’importance historique et spirituelle du lieu.
« Savoir que Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et El Hadji Malick Sy y ont prié me donne une force extraordinaire. C’est un héritage spirituel que nous devons préserver », ajoute-t-il.
La mosquée accueille des fidèles issus de générations diverses et de milieux sociaux variés. Femmes, adultes et jeunes se retrouvent autour de la prière et du recueillement.
Venue de Doundodji, dans le département de Linguère, Fatou Guèye perçoit également ce lieu comme un espace d’unité et d’espoir.
« Je viens prier pour mes enfants. Je sens que mes prières sont entendues. C’est un lieu qui nous unit et nous donne de l’espoir », déclare-t-elle.
Pour elle, la transmission de cette mémoire est une responsabilité collective.
« Cette mosquée constitue notre héritage. Nous, les femmes, avons le devoir de transmettre cette mémoire aux générations futures. Ce site est une source d’inspiration. Il nous rappelle que foi et mémoire doivent rester vivantes », souligne-t-elle.
Un patrimoine en quête de préservation
Au-delà de son rôle religieux, la mosquée du Tata s’inscrit dans un ensemble patrimonial qui associe histoire politique, mémoire du Djolof et tradition spirituelle. Cependant, sa préservation demeure une préoccupation pour les acteurs locaux.
Modou Ndong, guide au musée Alboury Ndiaye, voit en ce lieu sacré du Djolof une composante essentielle de cette mémoire.
« Ce lieu sacré du Djolof n’est pas simplement une mosquée, c’est une mémoire vivante. Les grands érudits y ont laissé leur empreinte », affirme-t-il.
Il estime que des efforts conséquents doivent être entrepris pour réhabiliter le site et améliorer l’accueil des pèlerins et des visiteurs.
« Il nous faut un soutien pour rénover le site et optimiser l’accueil des pèlerins et des touristes », plaide-t-il.
Selon lui, le site souffre surtout d’un manque de mécènes et d’un soutien institutionnel. Il appelle à son intégration dans les grands circuits patrimoniaux nationaux afin d’en accroître la valorisation et la fréquentation.
Préserver un double héritage
Pour les populations locales, le Tata et sa mosquée forment un ensemble patrimonial à préserver, qui rappelle à la fois l’histoire du Djolof et la place de la spiritualité dans la mémoire collective.
Certains visiteurs appellent aussi à une réhabilitation du site et à une mise en valeur plus forte de son patrimoine, à l’image d’autres lieux religieux et historiques majeurs du pays.
Aïssatou Bâ, arrivée de Kamb, souhaite elle aussi que le site bénéficie d’une valorisation accrue.
« Ce lieu religieux représente une source de force spirituelle. Il mérite d’être restauré pour continuer à inspirer les générations futures. Nous lançons un appel à l’État du Sénégal pour veiller à sa préservation », déclare-t-elle.
À Yang-Yang, la mosquée du Tata continue d’attirer fidèles et visiteurs. Entre les vestiges d’une ancienne capitale royale et la ferveur des croyants, le site porte une mémoire que les populations espèrent voir davantage reconnue, entretenue et transmise.