La crise profonde de la gestion administrative au Sénégal

8 août 2025

Alors que les déclarations du préfet de Kaolack à l’encontre du Maire de la ville, prononcées le week-end dernier lors de la commémoration de la Journée de l’arbre, continuent de provoquer la consternation de l’opinion publique, une nouvelle manifestation d’abus d’autorité va amplifier le débat. Cette fois, c’est un enregistrement audio qui, devenu rapidement viral sur la plateforme TikTok, met en lumière un comportement inacceptable d’un agent de la Police nationale. On y perçoit un échange d’une violence rare, marqué par des insultes, des grossièretés et une agressivité manifeste, entre un policier et un chauffeur impliqué dans un accident. Cette séquence brutale, largement relayée sur Internet, ravive les inquiétudes quant aux dérives autoritaires présentes dans certaines forces de l’ordre et dans l’administration en général.

La question de l’enracinement de l’abus d’autorité dans l’administration publique sénégalaise

Au regard de la multiplication récente d’incidents impliquant des responsables ou des agents assermentés dans des pratiques abusives à l’encontre de citoyens, il est légitime de se demander si le phénomène d’abus d’autorité est désormais profondément ancré dans le fonctionnement de l’administration publique au Sénégal. Un enregistrement sonore, devenu rapidement viral et diffusé massivement sur les réseaux sociaux, relance par ailleurs la polémique. D’une durée de 5 minutes et 17 secondes, ce fichier audio dévoile une partie des échanges entre un chauffeur impliqué dans un accident et un agent de la Police nationale. On y entend clairement l’agent proférer des insultes d’un ton violent, dépassant largement le cadre d’une simple interpellation ou d’un contrôle routier.

Une escalade dans l’agressivité policière

Non content de tenir un discours agressif, cet agent dépasse rapidement la simple verbalisation en lançant des menaces concrètes contre le conducteur. Il lui indique qu’il va renouveler toutes les 24 heures la fiche d’attestation de contravention qui, en l’occurrence, prive le propriétaire de son véhicule de sa carte grise ainsi que de son permis de conduire, « sans que personne ne puisse y faire obstacle ». Une telle attitude, qui frise la menace et l’abus de pouvoir, illustre une tendance inquiétante au sein de certaines branches de la sécurité publique.

Une problématique plus large de l’abus de pouvoir dans l’administration

Ces incidents ne peuvent être considérés comme isolés. En réalité, ils reflètent une problématique structurelle touchant l’ensemble de l’appareil administratif sénégalais : abus de pouvoir, manque de respect, dévoiement de l’autorité. Que ce soit dans les bureaux des directions publiques, dans les commissariats, dans les brigades de gendarmerie ou même aux points de contrôle routiers, le constat demeure identique. Ces dérapages, fréquents et parfois spectaculaires, traduisent une dérive inquiétante où la frontière entre autorité légitime et abus de pouvoir s’efface. Qu’il s’agisse d’un préfet qui interpelle violemment un maire ou d’un policier qui insulte un citoyen, la banalisation de comportements irrespectueux et intimidants devient alarmante. Ces attitudes sont devenues monnaie courante, mettant en péril la crédibilité et la légitimité des institutions.

Une déshumanisation du service public

Au lieu d’un accueil cordial et respectueux, de nombreux usagers se trouvent confrontés à une attitude méprisante voire agressive de la part des agents publics. Des expressions telles que « Dégage ! » ou « Fiche le camp ! » sont désormais trop souvent proférées par ceux qui sont pourtant chargés de les assister, rémunérés par l’argent du contribuable et représentations de l’État. Ce phénomène de déshumanisation affecte plusieurs secteurs, notamment la santé et la justice. Dans les centres de soins, certains patients en situation de détresse doivent attendre des heures durant, sans explication ni attention particulière, alors que le personnel médical, souvent dépassé ou désabusé, semble détaché de toute considération humaine. Dans le domaine judiciaire, la lenteur des procédures, le manque d’écoute et l’attitude condescendante de certains acteurs alimentent un sentiment d’inaccessibilité du droit, qui devrait pourtant être un droit accessible à tous. Ces dysfonctionnements contribuent à affaiblir la confiance des citoyens envers leurs institutions.

UneCulture d’autoritarisme au sein de l’administration

L’administration, qui est censée représenter et faire respecter l’État de droit, devient parfois le théâtre de rapports de force où la fonction supplante la légalité. L’assermentation, loin d’être un symbole d’exemplarité, semble parfois donner à certains agents une sensation d’impunité, renforcée par une hiérarchie silencieuse et une tolérance institutionnelle. Dans un contexte où la population dispose aujourd’hui d’outils numériques lui permettant d’enregistrer, de filmer et de partager en temps réel tout excès ou débordement, chaque abus devient une affaire publique immédiate.

Une tendance préoccupante de banalisation de l’abus de pouvoir

Loin de la nature d’incidents isolés, ces dérapages traduisent en réalité une culture autoritaire encore profondément enracinée dans certaines sphères de l’administration publique. Cette culture privilégie souvent l’usage de la force, du ton ou du mépris en lieu et place du respect dû à chaque citoyen et à la légalité. Pour faire face à cette réalité, la problématique ne se limite pas à la mise en œuvre de sanctions ponctuelles, mais appelle à une réforme en profondeur de l’éthique et des comportements dans le service public. Se posent alors la question d’un changement de mentalité à l’échelle institutionnelle, afin d’incarner véritablement un service public fondé sur le respect, l’éthique et la légalité.