Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale du Parti authenticité et modernité, devient la première femme à occuper la fonction de cheffe du gouvernement au Maroc, marquant une étape historique pour le Royaume. Pour Khaoula Jaifri, journaliste et chercheuse en communication politique et sociale marocaine, cette nomination ouvre un nouveau chapitre dans l’imaginaire collectif marocain.
Une rupture marquante dans l’histoire politique du pays: c’est la première fois qu’une femme est nommée à la tête du gouvernement.
Conformément à la pratique instaurée par la Constitution de 2011, le chef du gouvernement est désigné à l’issue des élections des membres de la Chambre des représentants, première chambre du Parlement marocain. Le leader du parti arrivé en tête des suffrages lors des élections législatives est nommé par le Roi Premier ministre.
Lors des dernières consultations électorales du 23 septembre, le Parti authenticité et modernité (Pam) a obtenu 97 sièges sur 395, dépassant le Rassemblement national des indépendants (Rni), dont est issu le Premier ministre sortant Aziz Akhannouch. Le 29 septembre, le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri, coordonnatrice nationale du Pam, comme cheffe du gouvernement, devenant ainsi la première femme à accéder à ce niveau de responsabilité. Pour Khaoula Jaifri, cette nomination est une source profonde de fierté et s’accompagne d’une pleine conscience de son enjeu historique. « L’accès d’une femme à la tête du gouvernement ouvre un horizon nouveau dans notre imaginaire collectif. Il rend tangible, pour des générations de Marocaines, la possibilité d’exercer les plus hautes responsabilités gouvernementales et de contribuer directement à la conduite du pays », a-t-elle confié à Le Soleil. Selon elle, ce choix royal revêt une signification majeure. « Il consacre un parcours de responsabilités et donne une expression fortifiée à la reconnaissance des compétences féminines. Il adresse à la société un message auquel je suis particulièrement sensible : l’ambition des Marocaines est légitime, leur savoir-faire mérite la confiance et leur capacité à diriger doit pouvoir s’exercer pleinement », poursuit-elle. Jaifri va même jusqu’à suggérer qu’une jeune Marocaine peut désormais envisager la fonction de cheffe du gouvernement comme une perspective réelle pour sa propre vie. « Cette évolution porte une puissance de transformation véritable », affirme-t-elle. Une ancienne ministre et maire de Marrakech, Fatima Ezzahra El Mansouri, ayant occupé l’Aménagement du territoire dans le gouvernement sortant et dirigé une ville de dimension internationale, voit en son parcours—du métier d’avocate aux responsabilités municipales, parlementaires, ministérielles et partisanes—une connaissance précieuse des divers échelons de la prise de décision publique. « Fatima Ezzahra El Mansouri a démontré sa compétence dans des postes où la vision doit constamment s’aligner sur l’action. Son expérience à la tête de Marrakech est particulièrement significative. Administrer une métropole de cette envergure, dont le rayonnement est à la fois national et international, exige de concilier les besoins quotidiens des habitants avec les enjeux du tourisme, de l’investissement, de la préservation du patrimoine et du développement urbain », souligne-t-elle.
Feuille de route
Cette nomination intervient à la suite de contestations populaires qui ont marqué l’année écoulée au Maroc, avec le mouvement GenZ 212 et les crises autour de Ceuta en juillet 2026, ainsi que l’afflux massif de migrants, pour l’essentiel des Marocains, vers l’enclave espagnole. Ces événements ont mis en lumière le manque de perspectives pour une partie de la jeunesse. Pour Khaoula Jaifri, la question des jeunes mérite un traitement sérieux et un profond respect pour les personnes concernées. « Les trajectoires et les motivations des jeunes sont diverses, mais les mobilisations et les tentatives d’émigration dangereuses nous obligent à interroger la capacité des politiques publiques à offrir des perspectives crédibles. Pour un jeune, construire son avenir signifie pouvoir se former, accéder à un emploi décent, gagner en autonomie et sentir que sa voix compte dans les décisions qui l’engagent », plaide-t-elle. C’est dans cette optique qu’elle voit l’offre politique du « Maroc émergent » portée par le Pam sous la coordination de Fatima Ezzahra El Mansouri. « La valorisation du capital humain constitue, à mes yeux, un socle fondamental de cette ambition. Elle suppose d’investir dans les compétences et dans les conditions qui permettent de les développer pleinement. Le potentiel d’une génération devient une force pour le pays lorsque les jeunes disposent de possibilités réelles pour apprendre, travailler, entreprendre et participer à la vie publique », analyse-t-elle.
Portée par des attentes importantes, Fatima Ezzahra El Mansouri sera ainsi attendue dans l’action pour répondre aux aspirations et ambitions des Marocains et des Marocaines. Comme ligne directrice, Jaifri renvoie aux fondements du contrat politique que Fatima Ezzahra El Mansouri a défendu auprès des Marocains. « Elle a porté un programme qui place le pouvoir d’achat et l’insertion des jeunes au premier rang des priorités, et ma conviction est qu’elle restera fidèle à cet engagement. La confiance des citoyens appelle une continuité entre la parole électorale et l’action gouvernementale », note-t-elle. En attendant de poser ses premières actions en tant que cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri mène actuellement ses consultations afin de former son premier gouvernement. Forte de 97 sièges sur 395 à la Chambre des représentants, elle ne détient pas la majorité absolue et devra composer avec d’autres formations politiques pour gouverner.