Pour Bassirou Diomaye Faye, président de la République, l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 va bien au-delà du simple cadre sportif.
Dans un entretien exclusif accordé au Soleil, il présente cette échéance comme une étape plus vaste destinée à accroître le rayonnement du continent africain, à défendre sa voix dans les institutions internationales et à démontrer que l’Afrique est en mesure d’accueillir des manifestations d’envergure mondiale.
Le chef de l’État rappelle l’originalité de cette édition, qui se tient pour la première fois sur le continent. Il y voit à la fois une source de fierté et le rappel d’un retard historique.
« Les deux éléments coexistent, et je n’en avoiderai aucun. Il a fallu cent trente ans pour que la flamme franchisse la Méditerranée. Depuis Abebe Bikila, pieds nus dans les rues de Rome, l’Afrique a offert au sport mondial quelques-uns de ses plus grands moments. Elle n’avait jamais été jugée digne d’en accueillir un. Ce retard ne nous appartient pas. La manière de le rattraper ne nous échappe pas. Je veux que ces Jeux soient si impeccables que, après Dakar, la question ne soit plus de savoir si l’Afrique peut organiser les Jeux olympiques, mais quand. La flamme a mis cent trente ans à venir. Elle ne repartira pas en arrière. »
Une reconnaissance sportive qui rejoint le combat diplomatique
Pour le président, l’organisation des Jeux s’inscrit aussi dans le combat pour une meilleure représentation de l’Afrique dans les instances de décision mondiales. Il établit un parallèle avec la défense d’un siège permanent africain au Conseil de sécurité des Nations unies, vue comme une étape complémentaire dans le même combat.
« Le même combat, dans deux arènes différentes. Le Conseil de sécurité a été conçu en 1945, à une époque où la majorité de nos pays n’existaient même pas en tant qu’États. Depuis lors, le monde se réunit pour parler de l’Afrique sans que l’Afrique y dispose d’une voix permanente. Un milliard quatre cents millions d’habitants, l’essentiel de l’ordre du jour, et pas de siège permanent. Nous ne demandons pas une faveur. Nous réclamons la correction d’une anomalie qui n’est défendable par personne à voix haute. L’Afrique parle d’une seule voix sur ce sujet depuis le consensus d’Ezulwini: deux sièges permanents avec les mêmes droits que les autres. Et je dis à nos partenaires quelque chose de simple: le monde ne sera pas plus sûr en excluant ceux qui participent activement aux discussions. Quel rapport avec les Jeux ? Chaque fois que l’Afrique organise, accueille et assume ses engagements, elle rend plus absurde l’idée qu’elle puisse être exclue des décisions. »
Cette ambition suppose aussi de transformer la manière dont le Sénégal se présente à ses partenaires. Le Président affirme vouloir mettre en avant ses atouts et les possibilités de coopération économique qu’offre le pays.
« Elle a surtout passé trop de temps à attendre. Et je vous accorde que tenir ses engagements ne suffit pas: ce n’est pas une stratégie en soi, mais une condition préalable. C’est pourquoi je parcours le monde. À Washington, à Abu Dhabi, à New York, je ne suis pas venu demander, j’ai montré. J’ai montré le vrai visage du Sénégal, qui n’est pas celui des dépêches. Un pays doté de ressources pétrolières et gazières, et d’un potentiel pour l’avenir. Des ports stratégiques à la croisée de deux continents. Une agriculture capable de nourrir bien au-delà de ses frontières. Une démocratie où le pouvoir se transmet par les urnes, ce qui est devenu rare et précieux pour des investisseurs. Et surtout une jeunesse instruite, connectée, prête à travailler ici même. Je ne connais pas beaucoup de pays qui réunissent tout cela. Quand un investisseur voit cela de ses propres yeux, il ne nous fait pas une faveur en venant. C’est une opportunité commerciale. Les Jeux, pendant quinze jours, lui évitent ce déplacement. Le Sénégal sera sous les feux du monde, tel qu’il est. »
La teranga comme signature
Le rayonnement international recherché ne dépend pas uniquement des infrastructures ou des performances sportives. Le chef de l’État compte aussi sur l’accueil réservé aux délégations pour imprimer durablement l’image du pays.
« Je ne vais pas leur présenter ce que les Sénégalais feront; ce sont eux qui le feront, et mieux que moi. Un jeune athlète japonais ou brésilien qui arrivera à Dakar comprendra d’abord qu’on lui parle, qu’on l’écoute, et qu’il est accueilli dans la rue, au stade ou au marché. Il découvrira la teranga, qui n’est pas un argument touristique mais une manière de se tenir dans le monde. Senghor parlait du rendez-vous du don et du retour. Je veux que ces quinze jours soient une étape réciproque. Que ces jeunes repartent avec une médaille ou non, mais avec l’image d’un pays dans le cœur. Beaucoup reviendront, touristes, partenaires, amis. Une nation se construit aussi à travers ce que les autres disent de nous quand ils repartent chez eux. »
L’objectif de Dakar 2026 sera donc de transformer cette première africaine en un précédent durable. Le Président veut faire en sorte que, demain, le continent ne soit plus seulement invité à des grands rendez-vous mondiaux, mais qu’il puisse aussi les accueillir et peser dans les décisions qui les régissent.
À lire à 18h sur Le Soleil digital : l’intégralité de l’entretien exclusif accordé par le président de la République au quotidien Le Soleil.