Organiser un événement planétaire comme les Jeux olympiques de la jeunesse, dédiés à la jeunesse mondiale, représente une étape historique et un défi immense pour un pays et tout un peuple, surtout à une période où les jeunes expriment colère, inquiétudes et aspirations dans plusieurs sociétés. Pour la première fois en Afrique, les JOJ se tiennent à Dakar et le Sénégal se place sous le regard du monde.
Au-delà de la compétition sportive, notre pays a l’opportunité de démontrer une Afrique ambitieuse, accueillante et pleinement actrice de son avenir. Cette perspective prend une signification particulière dans un contexte où les préjugés sur le continent persistent et où des sportifs africains subissent encore des insultes racistes dans certains stades européens. Le Sénégal n’assume pas seulement l’aspect logistique : il engage une part de son image, de sa diplomatie et de sa capacité à inspirer confiance. À l’heure où son avenir économique et financier exige des choix difficiles, cet événement peut devenir un puissant levier de « soft power », à condition d’en faire une fête réussie, ouverte et fédératrice. Or, à l’approche de l’ouverture, le climat politico-social ne semble pas encore à la hauteur de l’enthousiasme que nous souhaiterions offrir à nos futurs hôtes.
La joie, elle ne se décrète pas : elle se construit par la confiance, le respect et le sentiment de partager un destin commun. Une scène de la Coupe d’Afrique des nations 2023 en Côte d’Ivoire me revient en mémoire. Après la lourde défaite des Éléphants face à la Guinée équatoriale, lors de la phase de groupes, un gérant de bar et de restaurant, amer et inquiet, avait résumé son état d’esprit par ces mots : « Nous voulons la joie, rien que la joie. » Il ne savait pas encore que son pays allait finalement remporter la compétition, dans un retournement devenu une immense source de bonheur collectif. Cette phrase me parle aujourd’hui.
Nous voulons, nous aussi, retrouver la joie dans notre pays : la joie dans nos cœurs, dans nos relations humaines et dans notre capacité à nous parler malgré nos désaccords. Une nation ne se résume ni à ses crises ni à ses querelles politiques. Elle se mesure aussi à sa faculté de se rassembler lorsque l’occasion l’exige. C’est dans cet esprit que le calendrier des auditions annoncées par une commission parlementaire sur la gestion des fonds publics de 2012 à 2026 mérite, à mes yeux, d’être interrogé. La reddition des comptes est une exigence démocratique fondamentale. Elle doit se poursuivre dans le respect des règles et de la vérité. Mais était-il opportun d’ouvrir cette séquence à l’approche des JOJ, alors que le pays s’apprête à accueillir la jeunesse du monde et que le vote du budget 2027 constitue également une échéance majeure ? Un autre calendrier aurait peut-être permis de préserver davantage l’attention collective, sans renoncer à la transparence ni à la justice.
Il ne s’agit pas de demander au pays de détourner le regard de ses difficultés, encore moins de suspendre le débat démocratique. Il s’agit de rappeler que la responsabilité politique consiste aussi à mesurer les moments, les priorités et les conséquences de ses décisions. La vérité et la justice sont indispensables à la réconciliation nationale ; la lucidité et le sens du moment le sont tout autant. Ne laissons pas les tensions éteindre notre capacité à espérer et à sourire. La joie partagée peut devenir l’un des premiers pas vers une confiance retrouvée. Elle est une énergie collective : celle d’un peuple déterminé à vivre ensemble, à accueillir dignement ses invités et à offrir à sa jeunesse des raisons de croire en l’avenir. Sourions entre nous et ouvrons nos bras à la jeunesse du monde qui arrive au pays de la Téranga.
Ayoo — ou, comme le diraient nos frères et sœurs halpulaar, Haayo : bienvenue dans la joie, au Sénégal, pays de la Téranga.
Sénégal Rek ! Un Peuple – Un But – Une Foi