Formée en sciences économiques à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ndèye Fatou Thiam, également connue sous le nom d’Ina Thiam ou Ina Makosi, a fait de la photographie son métier et sa passion de tous les jours. Des cultures urbaines, elle découvre peu à peu le pouvoir de l’image, se l’approprie et construit une photographie libre et engagée qui colle aux réalités sociales.
Il y a parfois des chemins que l’on emprunte sans savoir qu’ils deviendront une destination. Celui de Ndèye Fatou Thiam connue sous le nom d’Ina Thiam ou Ina Makosi, appartient à cette catégorie.
Aujourd’hui photographe et vidéaste, elle n’avait pourtant jamais envisagé de faire de l’image son métier. Son parcours commence loin des appareils photo, sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où elle entreprend des études en sciences économiques. Puis, en 2012, tout change lorsqu’elle rejoint Africulturban.
D’abord chargée de documenter les activités de l’association, elle découvre peu à peu le pouvoir de l’image. Depuis, la photographie est devenue son métier de tous les jours. La passion s’installe progressivement et naturellement. « Je n’ai pas hérité de la photographie, je n’avais jamais imaginé être photographe », explique-t-elle.
Aujourd’hui, Ina Thiam navigue entre plusieurs univers photographiques. Elle pratique le reportage, notamment dans le sport et l’événementiel, travaille le portrait en tant qu’artiste contemporaine et s’intéresse également à la ‘’street photography’’. Une diversité qui correspond à sa manière d’envisager l’image.
Elle revendique ainsi une photographie à la fois documentaire et artistique. Son appareil photo est ainsi devenu beaucoup plus qu’un instrument. Il est un moyen de documenter les cultures, de conserver des archives, de donner une visibilité à des récits singuliers et d’interroger les réalités qui l’entourent.
« Je vis de la photographie. À travers elle, je parle, je dénonce, j’enseigne, j’inspire, je me confie, je me soigne », affirme-t-elle. Elle précise, « la photographie n’est plus seulement un outil de travail ou un moyen d’expression artistique. Elle est devenue pour moi un langage à part entière ».
D’après Ina Thiam, photographier ne consiste plus seulement à garder une trace d’un événement. L’image, dit-elle, devient un moyen de raconter, de transmettre et de faire émerger des histoires.
Lorsqu’elle travaille sur un sujet, les premières images apparaissent d’abord dans son esprit. « Quand je travaille sur un sujet, j’ai des images déjà faites dans ma tête. Mes images peuvent partir du réel tout en s’en éloignant pour construire un univers visuel plus personnel », raconte-t-elle.
Les recherches qu’elle mène ensuite viennent préciser ces visions. À l’en croire, plus elle approfondit un thème, plus les images deviennent nettes. Sa première source d’inspiration reste son propre vécu, ses expériences et ses ressentis.
Mais elle puise également dans les histoires des autres, notamment celles qui restent éloignées de l’attention médiatique. Elle refuse l’idée de faire de la photo pour faire de la photo.
Un moyen de raconter et de transmettre
« L’image, dans mon travail, n’est jamais complètement silencieuse », confie-t-elle. Cette volonté de questionner apparaît particulièrement dans l’un de ses projets les plus marquants intitulé « Pour le meilleur et pour le pire ».
Pour cette série, Ina s’inspire des résultats de recherches menées par l’Institut de recherche pour le développement (Ird) sur les effets du changement climatique sur les femmes et les personnes âgées à Matam.
Son parcours n’est pourtant pas exempt de difficultés. Aujourd’hui, l’un de ses principaux défis est de parvenir à vendre davantage ses œuvres au Sénégal, notamment auprès du public sénégalais.
Ina aimerait aussi que la photographie trouve une place plus importante dans l’espace culturel sénégalais. « Je souhaite voir émerger un espace où les photographes sénégalais pourraient présenter leur travail en permanence, sans devoir attendre qu’un projet ou qu’un grand événement leur offre une occasion de visibilité », indique-t-elle.