Après une longue période sans exposition médiatique depuis la présidentielle de mars 2024, Idrissa Seck, président du parti Rewmi, est annoncé devant la presse le 27 octobre. Une prise de parole qui ne manque pas d’alimenter plusieurs supputations. Stratégie délibérée ou simple continuité dans sa manière de faire de la politique?
Une ascension forgée par la mise en scène
Le parcours d’Idrissa Seck s’est construit en grande partie autour d’Abdoulaye Wade et du PDS, le Parti démocratique sénégalais. À la suite de l’alternance de 2000, il est perçu comme l’un des héritiers politiques majeurs du nouveau pouvoir. Cette proximité, qui semblait le propulser sur une trajectoire royale, finit toutefois par alimenter des frictions et des rivalités au sein du parti au pouvoir.
La rupture avec Wade, suivie de son départ du PDS et de la création de Rewmi, inaugure une phase de confrontation particulièrement ardue. Son emprisonnement, puis sa remise en liberté au bénéfice d’un non-lieu, ne le détournent pas durablement de l’arène politique. Bien au contraire, Idrissa Seck revient dans la compétition avec l’ambition de se poser comme une alternative crédible au pouvoir libéral.
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2012, le silence rompu par la contestation
À l’approche de l’élection présidentielle de 2012, Idrissa Seck adopte une posture plus discrète. Son retour dans le débat public s’accélère lorsque le projet d’une troisième candidature d’Abdoulaye Wade provoque une vive contestation. Il rejoint alors les rangs des opposants mobilisés contre cette perspective et prend part à la dynamique qui précède la fin du régime libéral.
Pourtant, contrairement à 2007, son influence électorale s’érode. Au premier tour de 2012, Idrissa Seck obtient 212 853 voix, soit 7,86 % des suffrages exprimés, et se situe derrière plusieurs figures de l’opposition. Macky Sall, arrivé deuxième avec 26,58 %, parvient à rassembler les forces opposées à Wade et emporte le second tour avec 65,80 %. En 2012, si Idrissa Seck a contribué à la contestation du régime sortant, c’est Macky Sall qui a su transformer la dynamique politique en une majorité présidentielle.
2019 entre alliance et opposition, une influence préservée
À l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, Idrissa Seck choisit d’aligner son destin avec le nouveau chef de l’État. Cette alliance permet à plusieurs de ses proches d’accéder à des postes de responsabilité, tant au gouvernement qu’au sein de structures publiques. Mais l’accord ne résiste pas longtemps aux divergences politiques. Après environ un an de rapprochement, les deux hommes prennent leurs distances et le président de Rewmi se retire de la coalition pour figurer à nouveau parmi les opposants.
Ses interventions publiques, parfois tranchantes, ne suffisent toutefois pas à en faire le principal locomoteur de la contestation. Idrissa Seck semble adopter une présence plus irrégulière, privilégiant des prises de parole choisies plutôt qu’une exposition médiatique constante.
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Cette posture prend une dimension nouvelle à l’aube de la présidentielle de 2019. L’absence de Karim Wade, écarté de la course dans un cadre judiciaire controversé, et celle de Khalifa Sall, empêché de concourir après sa condamnation, reconfigurent le rapport de forces au sein de l’opposition.
Idrissa Seck parvient alors à fédérer plusieurs sensibilités autour de sa candidature, bénéficiant notamment du soutien de Khalifa Sall. Le pari s’avère payant sur le plan électoral. Il recueille 899 556 voix, soit 20,51 % des suffrages, et se classe deuxième derrière Macky Sall, réélu dès le premier tour avec 58,26 %. Ce résultat constitue sa meilleure performance à une présidentielle en nombre de voix et en pourcentage depuis son entrée dans la compétition nationale.
2024, victime de la polarisation politique
La présidentielle de mars 2024 représente toutefois un tournant majeur. Après avoir cheminé aux côtés de Macky Sall et occupant la présidence du Conseil économique, social et environnemental, Idrissa Seck se présente finalement sous les couleurs de Rewmi.
Le scrutin lui réserve une défaite marquée. Il n’obtient que 40 286 voix, soit 0,90 % des suffrages exprimés. Bassirou Diomaye Faye remporte l’élection dès le premier tour avec 54,28 %, devant Amadou Ba, crédité de 35,79 %. À eux deux, les deux premiers prennent plus de 90 % des suffrages exprimés. Pour Idrissa Seck, l’écart est saisissant: en quinze ans, son score passe de 20,51 % en 2019 à moins de 1 % en 2024. Certes, le scrutin s’inscrit dans une configuration particulière marquée par une polarisation prononcée entre les deux candidats principaux, mais l’ampleur de ce recul soulève inévitablement des interrogations sur son ancrage électoral, sa capacité de mobilisation et la lisibilité de son positionnement politique.
Le silence comme stratégie politique ?
La prise de parole annoncée pour le 27 octobre s’inscrit dans un contexte précis. Depuis l’élection de 2024, Idrissa Seck s’est fait particulièrement discret dans l’espace public. Ce retrait rappelle d’autres périodes de sa carrière, durant lesquelles il a alterné de longues phases de réserve et des interventions destinées à peser sur le débat national.
Faut-il y voir une stratégie savamment orchestrée ? Il serait hasardeux de l’affirmer sans connaître les intentions du principal intéressé. Une chose demeure toutefois: la rareté de ses interventions entretient l’attente autour de chacune de ses apparitions. Mais cette attente médiatique ne doit pas être confondue avec une influence électorale réelle.