On estime que l’intelligence artificielle pourrait booster le produit intérieur brut de l’Afrique d’environ 397 milliards de dollars si le continent parvenait à capter 2,5% du marché mondial. Une plateforme a ouvert le débat, les 1er et 2 octobre derniers à Genève, sur les opportunités qu’offre l’IA et les défis qu’elle fait peser sur l’Afrique.
GENÈVE (SUISSE) – À Genève, les 1er et 2 octobre, s’est tenu un rendez-vous privé et sécurisé, rendu possible grâce à l’implication de la professeure Ruth Okediji, co-directrice du Berkman Klein Center for Internet and Society et membre du Center for the Study of African Societies and Economies (Csase) de la Harvard Law School. Elle a mis en place cette plateforme de dialogue sur l’IA réunissant des leaders africains, des universitaires et des scientifiques de renommée mondiale, des responsables d’entreprises technologiques et des diplomates. Un enjeu majeur demeure celui de la souveraineté des données. Aujourd’hui, la plupart des pays africains disposent virtuellement de leurs données et se trouvent donc exposés au risque d’être « mangés au menu » plutôt que d’être à la table des discussions. L’objectif est d’examiner comment mobiliser l’IA comme levier de développement, avec sa promesse de progrès social. « Cette réflexion doit placer l’humain au centre des évolutions technologiques, en veillant notamment à ce que l’IA ne devienne pas un outil de standardisation de nos formes sociales », précise le point focal, Eric Deligi, professeur en relations internationales à l’IHEID-Genève et formateur des diplomates africains à la prévention des conflits. Des domaines tels que l’agriculture, la santé, l’éducation, les finances, l’intégration économique régionale — notamment par le soutien aux actions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) — et l’ancrage démocratique sont autant d’axes où les scientifiques attendent un impact positif et rapide de l’IA sur les pays africains.
Selon la Banque de France, le développement de l’IA pourrait constituer un levier significatif de croissance économique directe en Afrique grâce à des effets sur la productivité, l’innovation et le progrès technique dans l’ensemble des secteurs d’activité. Participant à la plateforme de Genève, le ministre rwandais de la Justice estime que, au-delà des défis que pose l’IA, une Afrique unie pourrait être mieux armée pour saisir les opportunités bénéfiques afin de booster son développement. « L’Afrique détient moins de 1% de la capacité mondiale des centres de données, véritables moteurs de l’IA », rappelle The Conversation. Cela signifie que le continent dispose d’une infrastructure limitée pour héberger la puissance de calcul nécessaire à la création et à l’exécution des modèles d’IA. Les États-Unis et la Chine accueillent à eux seuls plus de 90% des centres de données spécialisés dans l’IA. Des géants de la tech (Meta, Amazon, Alphabet et Microsoft) prévoient d’investir jusqu’à plus de 320 milliards de dollars dans l’IA et les infrastructures de centres de données. L’un des intervenants souligne qu’il n’est pas envisageable pour l’Afrique de rater cette révolution; chaque pays africain doit agir au niveau national mais, ensemble, il faut unir les forces du continent autour d’investissements lourds. C’est le prix à payer pour préserver la souveraineté et concrétiser l’ambition panafricaine.