Horizon : Sally Birom Seck, directeur de Scènes-Gal TV, s’engage pour le changement via YouTube

22 septembre 2025

Face aux silences qui minent les âmes et aux tabous qui taisent les maux, Sally Birom Seck a privilégié la parole. Une voix qui dénonce les tares de la société et offre une tribune pour la réflexion collective. Via sa chaîne YouTube «Scènes-Gal Tv», elle informe, sensibilise et éveille les consciences. «La voix des sans-voix» vise surtout à inciter à l’action.

Votre passion pour les médias vous a conduit à lancer une chaîne YouTube, Scènes-Gal Tv. Que pouvez-vous nous dire sur ce projet ?
J’ai lancé Scènes-Gal Tv au début de l’année 2025, mais le lancement officiel a eu lieu le 28 juin dernier à la Maison des cultures urbaines (Mcu) d’Ouakam. Lors de cette inauguration, nous avons animé des panels thématiques, présenté des projections exclusives, organisé du slam et d’autres performances artistiques. Ce moment a été couronné de succès et a vu l’adhésion d’artistes engagés tels que Duggy Tee, Kane Diallo Welma, Baye Mass, Demba Guissé, qui sont venus soutenir l’initiative. Scènes-Gal Tv est une plateforme audiovisuelle créée dans un esprit de sensibilisation et d’engagement social. Elle constitue un espace de réflexion et de dialogue autour des réalités sociales du Sénégal. Ses sujets touchent directement notre quotidien: éducation, enfance, santé, émigration irrégulière, justice sociale, Violences basées sur le genre (Vbg) et, plus largement, la dignité humaine. Enfin, Scènes-Gal Tv met en lumière des luttes souvent silencieuses qui traversent beaucoup de vies, des vérités fréquemment tus, mais toujours avec humanité et compassion. Elle se spécialise dans le champ social et la sensibilisation citoyenne. Mon cri de cœur demeure: «Dëgg ak yërmandé» (vérité et compassion). Nous produisons des épisodes sous forme de courts métrages d’environ 15 à 20 minutes. Chaque thématique est abordée avec sérénité et rigueur, et notre objectif est d’exposer chaque sujet avec responsabilité et sérieux. Et, comme une meilleure sensibilisation passe aussi par le regard des experts, nous donnons, après chaque épisode, la parole à un spécialiste pour un entretien ou une interview. C’est notamment le cas avec Selly Ba, docteure en sociologie et enseignante-chercheure à l’Ucad, sur le thème de la puissance paternelle; Fatoumata Ngayta Diop, sage-femme d’État, sur l’infertilité du couple et le blâme systématique de la femme; Ndèye Magatte Mbaye, juriste spécialisée en droit de la famille, membre de l’Association des juristes sénégalaises (Ajs) et spécialiste de la protection de l’enfance, sur les violences conjugales, la puissance paternelle et les enfants de la rue. Il y a aussi Mame Diarra Bousso, sage-femme d’État à la Maternité de Ndoyenne, sur le thème de la maternité en milieu rural; Coumba Ndoffène Diouf, psychologue-conseiller, sur le thème des violences conjugales, etc. En tout, sur Scènes-Gal Tv, on trouve des analyses pointues, mais aussi des récits poignants qui interpellent sans juger.

D’où vous est venue cette dénomination ?
Le nom Scènes-Gal s’inspire directement de son slogan : «Une chaîne qui met en scène des faits de société au Sénégal.» C’est un jeu de mots qui combine «scènes», qui renvoie à la mise en scène, au théâtre, au cinéma et à l’art de raconter visuellement et émotionnellement des histoires inspirées du réel, et «gal», qui est tiré de Sénégal ou encore «Sunugal», porteur de plusieurs sens symboliques car rappelant l’ancrage identitaire et culturel sénégalais de la chaîne. «Gal» évoque également, en wolof, la pirogue, symbole de voyage, de lutte, d’espoir et parfois de drame (exode, migration). Ainsi, Scènes-Gal signifie littéralement «les scènes du Sénégal», des récits, des témoignages et des mises en images qui traduisent les réalités socio-culturelles, les défis, mais aussi les espoirs du Peuple sénégalais. Scènes-Gal, c’est un nom à la fois poétique et engagé.
L’idée de créer cette chaîne est partie d’où ?

J’ai été témoin de nombreuses injustices, de souffrances muettes et de tabous qui brisent des vies. Alors plutôt que de me taire, j’ai décidé, avec mon équipe, de faire partie du changement, en utilisant YouTube comme canal pour informer, sensibiliser, éveiller les consciences et surtout pousser à l’action. Tout cela a donné naissance à une volonté d’offrir une voix aux silences sociaux, à celles et ceux qu’on n’entend presque jamais, autrement dit être la voix des sans-voix. L’objectif est d’atteindre un maximum d’abonnés. À ce jour, la chaîne est encore jeune et compte 1 044 abonnés. Les premiers abonnés se répartissent ainsi: les jeunes (18-35 ans) étudiants, jeunes professionnels, sensibles aux débats de société et aux réalités vécues; les femmes, très présentes car les thématiques portent sur la condition féminine, l’égalité des genres et les luttes sociales; les professionnels et acteurs du social (ONG, associations, journalistes, enseignants, acteurs culturels) qui voient en Scènes-Gal un outil de sensibilisation; et la diaspora sénégalaise et africaine qui s’intéresse à un regard authentique sur les réalités du pays.

Quel est l’objectif que vous vous fixez finalement en créant cette chaîne YouTube ?
Mon objectif se décline en trois volets: briser le silence, éveiller les consciences et inspirer des changements positifs en démontrant qu’un autre chemin est envisageable. À long terme, je souhaite que la chaîne devienne un véritable outil d’éducation populaire, accessible à tous.

Est-ce que les chaînes YouTube font gagner beaucoup d’argent ?
Pas nécessairement. Beaucoup croient qu’une chaîne YouTube est une « machine à cash », mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Les revenus dépendent du nombre de vues, du nombre d’abonnés et surtout du type de contenu. Une chaîne axée sur la sensibilisation comme Scènes-Gal n’est pas nécessairement la plus lucrative, mais elle est riche en impact social. Les gains varient énormément. Certains créateurs gagnent quelques dizaines de milliers de francs CFA par mois, d’autres plusieurs millions. Pour des chaînes qui traitent de sujets sérieux comme la mienne, le véritable bénéfice réside dans la prise de conscience collective.

Partagez-vous l’idée que les chaînes peuvent parfois desservir l’éducation des enfants lorsque les contenus laissent passer insultes et comportements inappropriés ?
Je comprends tout à fait cette crainte et j’en fais part partiellement. Cependant, il faut éviter les généralisations et raisonner avec nuance. Certaines chaînes promeuvent des modèles positifs et éduquent sainement, d’autres non. Autrement dit, Internet n’est ni intrinsèquement bon ni mauvais: tout est une question d’utilisation. Il revient aux parents, aux éducateurs et aux créateurs de proposer du contenu de qualité et d’accompagner les jeunes dans leur consommation. À mon sens, trois piliers existent: premièrement, la responsabilité des créateurs qui doivent proposer des contenus éducatifs et respectueux; deuxièmement, l’accompagnement des parents pour orienter les enfants vers des contenus positifs; enfin, une régulation intelligente qui soutient les bonnes pratiques et limite celles qui banalisent la violence verbale ou morale.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?
Je suis diplômée de l’Université Dakar-Bourguiba, puis de l’Université de Lorraine et enfin de l’Université de Strasbourg. J’ai été un ancien Chargé d’enseignement vacataire (CEV) à l’Université de Strasbourg. Je suis aussi entrepreneure et consultante. Enfin, je suis passionnée par la communication sociale et la création de contenus à fort impact. Très attachée au Sénégal, je suis convaincue que l’art et les médias peuvent contribuer à transformer positivement notre société.

Propos recueillis par Amadou MBODJI (ambodji@lequotidien.sn)