Lors de sa participation à l’émission En Vérité, Hamidou Hann, qui occupe le poste de coordinateur de la cellule d’analyse et de prospective de l’Alliance Pour la République (APR), a pris la parole pour évoquer la question de la réforme du Conseil constitutionnel, un sujet qui occupe actuellement une place centrale dans le débat politique au Sénégal. Selon ses propos, cette réforme n’est pas opportune dans le contexte actuel, car elle ne répond pas aux véritables urgences que traverse la nation.
Pour Hamidou Hann, le véritable enjeu du pays ne réside pas dans la transformation du Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle, comme certains participants aux dialogues nationaux le proposent. Au contraire, il estime que cette demande détourne l’attention des problématiques essentielles. Il affirme que « le Sénégal n’a pas un problème d’institutions, mais un problème économique et social ». Il met en évidence plusieurs faits préoccupants, notamment la situation critique des jeunes Sénégalais. Selon le Rassemblement des travailleurs du Sénégal, plus de 30 814 jeunes ont perdu leur emploi, ce qui souligne la difficulté du marché du travail. Par ailleurs, il pointe la suppression des bourses de sécurité familiale, qui touchent près de 350 000 ménages, aggravant ainsi la précarité. Afin d’illustrer le climat délétère dans le pays, il évoque également l’insécurité juridique qui décourage l’investissement, soulignant que plusieurs hommes d’affaires ont été emprisonnés, et d’autres restent réticents à lancer de nouvelles activités par crainte de devenir la prochaine cible.
Hamidou Hann invite donc les autorités à davantage respecter et prendre en considération les décisions déjà rendues par le Conseil constitutionnel, plutôt que d’en envisager la remise en question ou la suppression. Selon lui, cette agitation autour de la réforme pourrait plutôt refléter une frustration politique qu’une véritable volonté de réforme institutionnelle, qualifiant cette tendance de « davantage à une frustration politique qu’à une réforme républicaine ».
En abordant la thématique de la justice, le responsable de l’APR dénonce le fait que les réformes en cours semblent manquer d’ambition face aux enjeux réels. Il identifie trois axes prioritaires : premièrement, désengorger la prison de Reubeus, qui est conçue pour accueillir 800 détenus mais où se trouvent près de 3 000 individus dans des conditions extrêmement difficiles et indignes ; deuxièmement, faire en sorte que la liberté devienne la règle en utilisant des amendes pour remplacer certaines peines privatives de liberté ; et troisièmement, accélérer la mise en œuvre des réformes dans le secteur carcéral, surtout que le gouvernement dispose d’une majorité au Parlement pour approuver rapidement ces changements.
Hamidou Hann conclut en indiquant que le bilan des dialogues menés jusqu’à présent reste bien en-deçà des attentes sociales, insistant sur le fait qu’il est urgent de s’attaquer réellement aux vrais problèmes qui affectent la vie quotidienne des Sénégalais. Pour lui, il est temps de concentrer les efforts sur ces défis majeurs plutôt que de poursuivre des débats qui ne répondent pas aux besoins pressants du pays.