La Journée du halal, tenue le 23 décembre 2025 au CICES, dans le cadre de la 33ᵉ Fidak, s’impose comme une étape clé dans la réflexion sur l’économie halal au Sénégal. Soutenue par l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (Adepme), elle ancre résolument le halal dans une perspective économique structurée. Dans une tribune qui nous a été transmise, le Professeur Khadyatoulah Fall trace les contours d’un modèle susceptible d’être exporté.
La centralité des normes et de la certification comme prérequis d’accès aux marchés, l’ouverture à l’export et la structuration de chaînes de valeur, la mise en relation B2B pour stimuler les partenariats et les investissements… autant d’ingrédients qui ouvrent la voie à un halal pensé comme un modèle susceptible d’être exporté.
En examinant l’événement et son champ d’application, le professeur émérite appelle à étendre le halal à des domaines comme la finance islamique, le tourisme, la cosmétique ou la mode. « Cette perspective porte une ambition nette : faire du halal un repère de qualité, de traçabilité et de compétitivité », affirme-t-il. À ses yeux, la question cruciale réside dans la faisabilité institutionnelle.
« Le halal représente un marché exigeant, reposant sur une infrastructure de confiance — audits, laboratoires, traçabilité, contrôle des intrants, logistique et formation. Sans cet édifice, le Sénégal risque soit de générer un halal non reconnu à l’export, soit de dépendre de certifications étrangères onéreuses, ce qui réduirait la valeur captée localement. La question centrale devient alors celle de la gouvernance : qui certifie, qui accrédit et selon quelles règles reconnues à l’échelle internationale ? », s’interroge-t-il.
Pour parvenir à ce succès, soutient-il, plusieurs conditions s’imposent. Tout d’abord, élaborer une doctrine sénégalaise du halal qui conjugue les exigences économiques, la légitimité religieuse et la souveraineté nationale. Dans un pays où l’islam soufi occupe un rôle stabilisateur sur le plan social, il faut éviter à la fois une religiosité conflictuelle et excessive et une déreligion naïve. Ensuite, poursuit l’auteur, il est nécessaire d’instaurer une gouvernance claire de la certification, afin de réduire la fragmentation des labels et de favoriser la reconnaissance à l’échelle internationale.
La stratégie doit également être compatible avec les PME grâce à des programmes de mise à niveau, à un cofinancement de la certification et à un accompagnement de bout en bout. Enfin, l’export du halal repose sur des preuves concrètes et non sur de simples intentions. « La diversité des modèles internationaux (Malaisie, Turquie, Europe, Golfe, Maghreb) représente une opportunité, à condition de les adapter au contexte sénégalais. Le modèle maghrébin, particulièrement, illustre comment convertir une sensibilité religieuse partagée en une infrastructure de confiance, sans gonfler les labels ni nourrir des rivalités symboliques », a-t-il insisté.