Dans la poussiéreuse enceinte d’une des bibliothèques les plus anciennes et les plus importantes des Territoires palestiniens, un groupe de bénévoles gazaouis s’emploie avec acharnement à préserver ce qu’il reste de leur patrimoine culturel.
Comme de nombreux lieux culturels et religieux, la bibliothèque de la Grande Mosquée Omari, située dans la ville de Gaza, a subi des dommages lors du conflit entre Israël et le Hamas, qui a provoqué d’importants dégâts.
Datant du XIIe siècle, la mosquée, nichée dans la vieille ville de Gaza et qui avait autrefois servi d’église, se présente aujourd’hui en grande partie en ruines. Sa bibliothèque est jonchée de gravats et de poussière.
Parmi les décombres, des bénévoles s’agenouillent près de fragments de manuscrits carbonisés et de lambeaux de papier jaunâtre.
« J’ai été frappée et ébahie par l’ampleur de la destruction dans la bibliothèque », raconte Hanine Al-Amsi, qui dirige « Eyes on Heritage », un fonds de préservation du patrimoine soutenu par la British Library. Cette dévastation, dit-elle, l’a poussée à prendre part au lancement de la restauration.
« En état d’abandon » –
Avant le conflit, « on estimait que la bibliothèque comptait environ 20 000 livres ; aujourd’hui, il n’en reste que environ 3 000 ou 4 000 », déplore-t-elle.
Et « l’état des ouvrages rares et historiques est déplorable parce qu’ils ont été laissés à l’abandon pendant 700 à 800 jours », ajoute-t-elle, évoquant « d’immenses dégâts » et la présence de « résidus de poudre » sur les volumes.
Elle explique que la partie ouest de la bibliothèque a brûlé lorsque la mosquée a été touchée par un bombardement, infligeant des dommages irréversibles.
Dans l’une des anciennes salles en pierre, une femme utilise un pinceau pour dépoussiérer un vieux volume. D’autres bénévoles, accroupis, masqués et gantés, feuillettent des ouvrages entassés en piles.
Le fonds de cette « importante bibliothèque historique » comprend, selon Mme Al-Amsi, « des manuscrits originaux et une collection variée d’ouvrages sur la jurisprudence, la médecine, le droit islamique, la littérature et divers autres sujets ».
L’histoire de la bande de Gaza remonte à plusieurs millénaires, ce qui fait de ce petit territoire côtier une mine de vestiges de civilisations passées, notamment les Cananéens, les Égyptiens, les Perses, les Byzantins ou les Mamelouks.
« Le récit de la cité » –
Mais plus de deux années de guerre, avant l’entrée en vigueur d’un fragile cessez-le-feu en octobre 2025, ont défiguré les sites patrimoniaux du territoire palestinien.
En janvier 2026, l’UNESCO a dénombré 150 sites culturels endommagés, dont 14 édifices religieux, durant le conflit déclenché par l’attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas sur Israël le 7 octobre 2023.
Une commission indépendante des Nations unies a déclaré en juin 2025 que les attaques israéliennes contre des écoles ainsi que des sites religieux et culturels à Gaza constituaient des crimes de guerre.
« Israël a anéanti le système éducatif et détruit plus de la moitié de l’ensemble des sites religieux et culturels de la bande de Gaza », pointait ce rapport de la commission.
Israël a affirmé que cette commission était « un mécanisme manifestement biaisé et politisé du Conseil des droits de l’homme » de l’ONU et a dénoncé une « nouvelle tentative de promouvoir son récit fictif sur le guerre à Gaza ».
Pour Hanine Al-Amsi, la restauration des livres équivaut à préserver des témoignages précieux du passé. « Ces livres représentent l’histoire de la ville et témoignent d’événements historiques. »