À l’occasion du Gamou 2026, le ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Alioune Dione, envisage d’insuffler une dimension économique renouvelée aux organisations communautaires de base. Lors d’un discours prononcé dimanche à Tivaouane, dans le cadre d’un panel organisé par la Commission Entrepreneuriat de la Cellule Zawiya Tidiane, il a exhorté à mieux mettre en valeur le capital social, humain et organisationnel des Dahiras afin d’en faire des chaînes d’incubation de PME, de gisements d’emplois et de richesse locale, tout en respectant leur vocation spirituelle.
Et si les Dahiras pouvaient devenir davantage des actrices du développement économique des territoires ? C’est l’une des pistes évoquées, dimanche 23 août, à Tivaouane, par le ministre Alioune Dione lors du panel intitulé « Comment les organisations communautaires de base peuvent devenir des incubateurs de PME et de richesse locale ? Le cas des Dahiras ». Selon RTS, il a plaidé pour une transformation plus aboutie du formidable capital social que portent ces structures en force productive.
Pour le ministre, les Dahiras ne doivent pas être perçus uniquement comme des lieux de spiritualité, de rassemblement et de solidarité. Ils constituent aussi des réseaux structurés reposant sur la confiance, les compétences, les ressources et une forte capacité de mobilisation. Autant d’atouts qui, selon lui, peuvent favoriser la création de valeur, l’emploi et l’autonomie économique des membres des communautés.
Le choix de Tivaouane, à l’occasion du Gamou, n’est pas fortuit. Pour Alioune Dione, ce rendez-vous religieux majeur illustre concrètement la capacité des communautés à s’organiser et à mutualiser leurs ressources. L’afflux des pèlerins, ainsi que l’activité des marchands, artisans, transporteurs, femmes et jeunes, traduisent une dynamique économique conséquente autour de l’événement. « Lorsque la confiance, l’organisation et la solidarité sont réunies, une communauté est capable de produire une énergie collective remarquable », a constaté le ministre.
L’enjeu est désormais d’inscrire cette énergie dans la durée. Il ne s’agit toutefois pas, a-t-il précisé, de transformer les Dahiras en entreprises ou de remettre en cause leur vocation religieuse. La démarche vise plutôt à exploiter leur capital social comme levier supplémentaire d’autonomisation économique. Une évolution résumée par le ministre par la formule : passer « de la solidarité qui accompagne à la solidarité qui autonomise ».
Pour concrétiser cette ambition, Alioune Dione a évoqué l’instauration d’un modèle de Coopératives Productives Solidaires (CPS-Dahiras). Ce dispositif devrait permettre d’identifier les besoins des membres, ainsi que les opportunités économiques disponibles dans leurs territoires, afin de les organiser autour d’activités génératrices de revenus et d’emplois.
Cette orientation s’inscrit dans les actions déjà entreprises par le ministère autour de la philanthropie religieuse et de son potentiel pour l’économie sociale et solidaire. Les consultations menées auprès de plusieurs familles religieuses ont notamment permis, selon le ministre, de mesurer l’importance des ressources humaines, financières, organisationnelles et relationnelles présentes au sein des communautés.
Pour accompagner leur transformation en activités économiques durables, plusieurs instruments pourraient être mobilisés. Il s’agit notamment des incubateurs d’économie sociale et solidaire au niveau communal, des mécanismes d’appui et de financement dédiés à l’ESS et des Boutiques solidaires, destinées à faciliter l’accès aux marchés.
Dans cette dynamique, Tivaouane pourrait servir de premier laboratoire de l’entrepreneuriat communautaire. Le ministre souhaite y identifier les filières porteuses, les initiatives existantes, les entrepreneurs et les besoins des communautés, avant d’établir les premières CPS-Dahiras.
L’expérience devrait ensuite être évaluée afin d’identifier ses atouts et ses difficultés et, au besoin, d’ajuster le modèle avant son extension à d’autres foyers religieux du pays. Dans cette perspective, le département de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire se dit prêt à collaborer avec la Cellule Zawiya Tidiane pour la signature d’une convention de partenariat.
Celle-ci devrait notamment permettre de structurer les CPS-Dahiras, d’accompagner l’incubation des jeunes et des femmes, de faciliter leur accès à des financements adaptés, de renforcer leurs compétences et de favoriser leur digitalisation ainsi que leur accès aux marchés.
L’ambition dépasse les frontières nationales. Le ministre a également insisté sur le potentiel que représente la diaspora sénégalaise organisée autour des Dahiras à l’étranger. Il a cité, à titre d’exemple, une expérience menée à Bilbao, en Espagne, avec la Dahira Tidiane locale, qui lui a permis d’échanger sur les possibilités de développer l’économie sociale et solidaire au sein de la diaspora.
Pour Alioune Dione, cette approche participe pleinement à la territorialisation du développement. Elle doit permettre de construire une économie moins concentrée dans les grands centres urbains, en donnant aux territoires les moyens de produire, d’entreprendre, de transformer et de créer des emplois.
« Une communauté n’est pas seulement un ensemble de personnes qu’il faut accompagner. C’est aussi un ensemble de compétences et de ressources qu’il faut organiser », a-t-il résumé. L’ambition affichée est donc de faire des Dahiras de véritables leviers de production de richesses et de création d’emplois, tout en préservant leur identité et leur vocation spirituelle.
Pour le ministre, le défi est désormais de transformer le capital social en capital productif, « sans perdre l’âme et les valeurs qui ont permis de le construire ». Tivaouane pourrait ainsi servir de point de départ à un modèle d’entrepreneuriat communautaire appelé à être expérimenté, évalué puis étendu aux autres foyers religieux du Sénégal.