La question du genre demeure un levier central pour une agriculture plus inclusive, affirme le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE) dans un communiqué publié mardi, à l’issue d’un atelier dédié au partage des résultats et à la capitalisation des bonnes pratiques en matière de genre.
La promotion de l’équité et de l’égalité entre les sexes, tout comme l’autonomisation économique des femmes, représente un enjeu fondamental pour le développement durable. Elle contribue notamment à l’atteinte de l’objectif de développement durable numéro 5 (ODD 5), axé sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles.
Au Sénégal, cette ambition s’inscrit dans les orientations de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, qui place le renforcement du capital humain et l’équité sociale au cœur des priorités nationales. Elle rejoint également les objectifs de la Stratégie nationale pour l’équité et l’égalité de genre (SNEEG), qui vise à garantir des chances équitables pour les femmes et les hommes de participer au développement et de profiter des fruits de la croissance.
Dans le secteur agricole, cette démarche revêt une importance particulière. Les femmes jouent un rôle indispensable dans la production, la transformation et la valorisation des produits agricoles, ainsi que dans la sécurité alimentaire des ménages.
« Pourtant, elles continuent de faire face à des obstacles liés à l’accès aux ressources productives, au foncier, au financement, aux équipements et aux opportunités économiques. C’est pour mieux répondre à ces défis que le MASAE a engagé, depuis plusieurs années, un processus d’institutionnalisation du genre au sein de ses structures et de ses interventions », précise le texte.
Des avancées concrètes à consolider
L’un des jalons importants de cette dynamique a été, selon l’administration, la création de la Cellule Genre en 2016. Depuis lors, diverses initiatives ont contribué à renforcer la prise en compte du genre dans les politiques et programmes du ministère.
Parmi les avancées notables figurent notamment la circulaire nᵒ 0989 du 5 juin 2018 relative à la promotion du genre dans les activités agricoles, l’élaboration de rapports d’audit genre, la mise en place d’outils de planification et de stratégies sectorielles, ainsi que la préparation du Plan d’institutionnalisation du genre (PIG) dans le volet élevage.
« À ces initiatives s’ajoutent les plans d’action genre élaborés dans divers domaines, tels que le foncier, le riz, l’énergie productive et le climat, ainsi que le Programme d’autonomisation économique des femmes dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage (PAEFA). Le renforcement des capacités des services techniques et la valorisation des expériences issues des projets et programmes alimentent également cette dynamique », poursuit le texte.
Ces acquis témoignent d’une volonté de faire du genre une dimension transversale des politiques agricoles. Néanmoins, l’enjeu demeure de traduire ces orientations en changements concrets dans les pratiques professionnelles, la planification, la budgétisation et le suivi-évaluation des interventions.
Le ministre appelle à faire du genre une réalité dans les pratiques et les budgets
Lors de son discours d’ouverture, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, le Dr Cheikhou Oumar Ba, a rappelé que la transformation du pays ne peut pas se réaliser sans une réduction effective des inégalités sociales et une meilleure prise en compte de l’équité de genre dans les secteurs du développement.
Il a souligné que les orientations nationales, notamment celles portées par l’Agenda Sénégal 2050 et la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et halieutique (LOASPH), mettent l’accent sur l’autonomisation des femmes, la promotion des jeunes et la protection des groupes vulnérables.
Revenant sur les efforts déployés par son département, le ministre a salué les progrès réalisés depuis la création de la Cellule Genre en 2016, tout en insistant sur la nécessité d’aller au-delà des textes et des engagements institutionnels.
Pour lui, l’intégration du genre doit se manifester dans les décisions quotidiennes, les outils de planification, les allocations budgétaires et la mise en œuvre des programmes. Il a rappelé que la responsabilité d’avancer l’égalité ne repose pas uniquement sur la Cellule Genre et de l’Équité, mais concerne l’ensemble des directions, des services techniques, des projets et des programmes du ministère.
Le ministre a également insisté sur l’importance de capitaliser les expériences réussies, en identifiant les démarches ayant fait leurs preuves, les résultats obtenus, les difficultés rencontrées et les conditions nécessaires à leur pérennisation.
« Intégrer l’équité de genre et l’autonomisation des femmes dans l’agriculture et l’élevage, c’est avant tout reconnaître à sa juste valeur la contribution inestimable des femmes et des groupes vulnérables à la souveraineté alimentaire de notre pays », a-t-il rappelé en substance.
Réaffirmant son engagement à donner une suite concrète aux recommandations de l’atelier, le ministre a invité les différentes structures à faire du genre une réalité visible, notamment dans les arbitrages budgétaires, les actions de formation, la sensibilisation, le renforcement des capacités et les études sectorielles.
Il a, par ailleurs, salué l’appui des partenaires techniques et financiers, en particulier la Coopération italienne à travers le PAIS, ainsi que la contribution des projets, programmes et services techniques impliqués dans cette démarche.
De son côté, le coordonnateur du PAIS/PAPSEN, M. Fall, a rappelé que le Sénégal avait engagé, depuis plusieurs décennies, d’importantes réformes visant à mieux intégrer la dimension genre dans ses politiques de développement.
Il a notamment souligné les progrès réalisés dans l’administration publique, avec la mise en place de cellules genre au sein des ministères. Dans les secteurs productifs, en particulier l’agriculture et l’élevage, cette démarche demeure essentielle face aux inégalités qui persistent dans l’accès aux ressources et aux opportunités économiques.
Dans cette optique, le programme PAPSEN/PAIS a élaboré une stratégie genre alignée sur les orientations nationales et les principes de la coopération italienne. Cette stratégie vise notamment à mieux cerner les inégalités, à identifier les obstacles à l’intégration du genre et à mettre en place des mécanismes permettant de les prévenir et de les réduire durablement.
Il convient de noter que le PAIS accompagne activement la Cellule Genre et de l’Équité dans la mise en œuvre de ses activités. Ainsi, à la suite de l’audit genre réalisé au sein du ministère, des protocoles annuels ont été établis pour soutenir l’exécution des actions prévues dans le plan d’action.
Parmi les réalisations majeures, on peut citer l’élaboration du Programme d’autonomisation économique des femmes dans l’agriculture (PAEFA), la formation des services départementaux du développement rural (SDDR) des 14 régions du Sénégal sur les enjeux du genre et son intégration dans le secteur agricole, ainsi que l’organisation du présent atelier de capitalisation.