Fatou Diouf défend sa stratégie pour la préservation des ressources halieutiques

6 juin 2026

Face aux députés, Fatou Diouf, ministre des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, est revenue pendant de nombreuses minutes sur la controverse entourant l’octroi des licences de pêche. Elle a défendu une approche de gestion qu’elle décrit comme « rigoureuse » et fondée sur des bases scientifiques, tout en réaffirmant l’objectif du gouvernement de préserver les ressources halieutiques et d’assurer la souveraineté alimentaire du Sénégal.

D’entrée de jeu, elle a tenu à clarifier que le nombre de licences accordées est de quatre et non cinq. Elle a aussi précisé que les sardinelles, classées parmi les petits pélagiques, ne sont pas concernées par ces autorisations. « Les licences émises portent sur la pêche démersale côtière », a-t-elle expliqué, en précisant que cela concerne les poissons vivant près du fond.

La ministre a ensuite défendu la légalité de sa démarche en rappelant que le Code de la pêche et les textes réglementaires confèrent au titulaire du secteur le pouvoir d’octroyer des licences. Pour illustrer son propos, elle a mis en comparaison l’action de ses prédécesseurs: « Un ministre a délivré 51 licences en cinq ans, un autre six licences en huit mois et un troisième 36 licences en trois ans », a-t-elle déclaré.

À la différence de ces chiffres, Fatou Diouf affirme n’avoir signé que deux licences depuis son arrivée au poste en 2024, et ces deux autorisations concernent exclusivement le thon. « En réalité, quatre licences avaient été accordées, mais seules deux ont concrétisé les formalités », a-t-elle précisé, en citant les sociétés Escasa et Grand Bleu.

Selon elle, cette prudence s’explique par une conviction forte du gouvernement : la nécessité de préserver durablement les ressources halieutiques. « Le poisson n’est pas une ressource que l’on peut cultiver comme dans l’agriculture », a-t-elle rappelé, estimant que la gestion du secteur doit s’appuyer sur des mécanismes scientifiques et rationnels.

La ministre a aussi évoqué le refus de plusieurs demandes de licences présentées par des armements qui réclamaient des autorisations fondées sur des redevances déjà versées depuis plusieurs années. « Ils ont même engagé un avocat pour me solliciter afin d’obtenir la licence, mais jusqu’ici je leur ai répondu que je ne la leur accorderais pas », a-t-elle déclaré sous les applaudissements des parlementaires.

Au-delà des questions de licences, Fatou Diouf a insisté sur l’enjeu de la souveraineté alimentaire. En revenant sur les directives du Conseil des ministres de mai 2025, elle a indiqué que le gouvernement souhaite désormais mieux maîtriser les exportations de poissons afin de préserver l’approvisionnement du marché national.

Les chiffres avancés par la ministre illustrent l’ampleur des flux vers l’étranger. En 2023, sur un total de 481 292 tonnes de poissons débarquées au Sénégal, 259 805 tonnes ont été exportées, soit près de 54 % de la production nationale. En 2024, sur une production de 448 756 tonnes, plus de 230 000 tonnes ont quitté le territoire, ce qui représente environ 51 % des captures.

« Le poisson est présent, mais on le sort pour le vendre à l’extérieur », a dénoncé la ministre, pointant notamment le régime des entreprises franches d’exportation qui oblige certaines sociétés à exporter jusqu’à 80 % de leur production.

Dans le cadre de la révision en cours du Code de la pêche, le gouvernement prévoit désormais de réguler davantage les exportations afin de privilégier le marché intérieur en cas de besoin. « Lorsqu’un besoin se fait sentir sur le marché national, on doit pouvoir retenir le poisson », a expliqué Fatou Diouf.

Enfin, la ministre a souligné que les décisions prises reposent sur des évaluations scientifiques réalisées par le Centre de Recherches Océanographiques de Dakar‑Thiaroye. Selon ses données, environ 3 000 tonnes de ressources démersales côtières demeurent disponibles. L’octroi des licences s’est aussi fondé sur les travaux de la Commission consultative d’attribution des licences, qui regroupe notamment la marine nationale, le ministère des Finances et les services techniques compétents.