Établi sur le Coran et la Sunna, le soufisme qui irrigue l’œuvre d’El Hadji Malick Sy en constitue la colonne vertébrale. Cette voie spirituelle privilégie la purification de l’âme, la discipline intérieure et un engagement concret au service de la collectivité.
La dimension soufie d’El Hadji Malick Sy, guide religieux de la confrérie tidiane au Sénégal, occupe le cœur même de son héritage. Cette spiritualité s’ancre dans la connaissance de Dieu, dans l’auto-contrôle, dans l’amour du Prophète et dans le service rendu à la communauté. « Le soufisme n’est pas, chez Maodo, une option parmi d’autres : c’est la colonne vertébrale de toute son œuvre », soulignait Bakary Sambe, professeur au Centre d’études religieuses de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Pape Amadou Sall, disciple tidiane et enseignant d’anglais à Rufisque, ajoutait que « chez Maodo, l’essentiel de son enseignement, à travers ses écrits, s’articule autour du Tasawwuf, axé principalement sur la purification de l’âme en lien constant avec Dieu ». En définitive, le soufisme occupe une place centrale dans l’œuvre et la pensée de Seyd El Hadji Makick Sy. Bien loin d’être une spiritualité retirée ou isolante, il se présente comme une voie de transformation personnelle et de relation avec le monde.
Un soufisme « intramondain »
Ainsi, d’après le Dr Cheikh Tidiane Mbaye, sociologue des religions et spécialiste des confréries musulmanes au Sénégal, « le soufisme de Maodo est intramondain ». Autrement dit, il ne prône pas une fuite hors du monde, mais une transformation du monde elle-même, en commençant par la métamorphose de l’individu. Cette approche, selon lui, repose sur une articulation harmonieuse entre la charia et le soufisme tijânî. Pour le sociologue, l’enseignement de Maodo démontre qu’il est possible d’être profondément spirituel tout en assumant ses responsabilités familiales, professionnelles, économiques et citoyennes. « Son idéal est celui d’un musulman capable de vivre dans une société moderne, marquée par l’urbanisation et les influences occidentales, sans renoncer à ses principes religieux », affirme-t-il. Pour Bakary Sambe, cette discipline intérieure correspond à ce que le Prophète appelait le « grand jihad », la lutte contre le « nafs », cette âme charnelle qui nous ramène sans cesse vers soi plutôt que vers Dieu.
Les trois voies de la purification
Mais, précise-t-il, « cette ascèse n’est jamais une fuite du monde ». Selon ses écrits, El Hadji Malick Sy décrit trois chemins de purification, allant de l’effacement le plus élevé de la conscience de soi à une approche plus modeste, adaptée à ceux qui n’ont pas encore reçu l’ouverture spirituelle. « Dans des textes tels que Yâ Kâshifa al-Dâ’ ou Falâ Budda min Shakwâ, cette rigueur ascétique s’accompagne d’une théologie de la miséricorde: la crainte ou la connaissance intime de Dieu ne se séparent jamais de l’espérance ». C’est, selon lui, un soufisme d’équilibre, exigeant sur le plan intérieur, mais jamais séparé de la vie sociale ; ce qui explique, en partie, sa capacité à structurer, par la suite, une société entière, précise Sambe.
Pour Mouhamadou Mouniry Sy, professeur de droit public et membre de la cellule Zawiya tidiane de Tivaouane, la dimension soufie d’El Hadji Malick Sy s’enracine avant tout dans les fondements scripturaires de l’islam (le Coran et la Sunna prophétique). Sa conviction est que Seydil Hadji Malick Sy s’est présenté tout au long de sa vie comme un sunnite, rattaché au rite malikite et à la théologie ash’arite, tout en appartenant à la confrérie tidiane. En se basant sur le verset de la sourate Al-Ahzab : « En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle », Mounerou Sy affirme que « Seydil Hadji Malick Sy a été, pendant toute son existence, le reflet vivant de l’image du Prophète, dans ses pratiques les plus intimes, afin d’élever son âme et de détacher son cœur des biens matériels ». Pour y parvenir, il a fait du Prophète son directeur de conscience et Cheikh Ahmed Tidjâni son maître spirituel. La pratique rigoureuse des rituels et des litanies de la Tijâniyya a été sa locomotive vers la plus haute station des élus de Dieu. La prière lui servait de voie d’accès et le zikr de sa monture. Selon lui, le guide religieux a su dompter les formules les plus illustres afin de vivre profondément le soufisme tel que le Prophète l’avait voulu et tel que Cheikh Ahmed Tijân, le Saint de Fès, et son maître, Cheikh Oumar al Foutiyou Tall, l’ont vécu. Sérieux, méthodique et persévérant dans cette dynamique, il est devenu l’étoile autour de laquelle gravitaient les grandes figures spirituelles de son époque. « Son aura soufie a dépassé les frontières du Sénégal pour éclairer l’Afrique de l’Ouest et centrale, et s’étendre jusqu’en Europe et en Asie où l’on compte des soufis formés directement par lui ou par l’un de ses disciples. Aujourd’hui, des milliers de personnes se réclament de son école et de son enseignement aux quatre coins du monde », déclare-t-il.