Huit ans après la disparition de Fallou Sène lors des affrontements à l’université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, le procès s’est ouvert devant le tribunal militaire de Dakar. Au terme des échanges, le parquet a réclamé une peine d’un an d’emprisonnement ferme contre le capitaine Serigne Moustapha Sané. Le délibéré du tribunal est programmé pour le 27 novembre.
Le 15 mai 2018, une manifestation réclamant le versement des bourses sur l’UGB a viré au drame lorsque une unité de gendarmerie est intervenue sur le campus. Dans le cadre des clashes, alors qu’un gendarme aurait été pris pour cible par des manifestants, le lieutenant Moustapha Sané aurait actionné son arme afin de libérer son supérieur. Le tir aurait touché mortellement Fallou Sène.
À l’audience, le capitaine Moustapha Sané, qui était lieutenant au moment des faits, a reconnu être l’auteur du tir fatal. Il a expliqué avoir agi dans le cadre d’une mission officielle visant à dégager un élément pris à partie.
Cet exposé de défense a été remis en cause par les témoignages des étudiants entendus durant les débats.
Le parquet a également jugé les faits constitutifs de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et a demandé que la gravité des faits soit sanctionnée par une peine d’un an de prison ferme.
Les conseils Me Assane Dioma Ndiaye et Me Amadou Diallo ont vivement contesté la version de la défense, signalant plusieurs irrégularités. Ils ont notamment relevé l’illégalité de la réquisition, estimant que le recteur n’était pas l’autorité habilitée à délivrer ce document. Les avocats ont aussi dénoncé l’inadéquation de l’arme employée et l’absence de sanctions disciplinaires pendant la procédure.
Sur le volet réparations, Me Assane Dioma Ndiaye a sollicité 200 millions de francs CFA pour la famille de Fallou Sène. Me Amadou Diallo, pour sa part, a réclamé 50 millions de francs CFA au profit de la Coordination des étudiants. Les avocats demandent ainsi à l’État du Sénégal d’assumer pleinement sa responsabilité civile.
Pour leur part, Me Moustapha Dieng et les membres du collectif de la défense ont contesté la constitution de partie civile des étudiants, arguant que ces derniers n’auraient subi aucun préjudice direct. Ils ont sollicité la relaxe pure et simple du capitaine Sané, invoquant l’état de nécessité, le respect des ordres et le maintien de l’ordre fondé sur une réquisition officielle.
Les avocats de la défense ont également rappelé la violence des affrontements, en produisant plus de 25 certificats médicaux attestant des blessures infligées aux gendarmes.
Le tribunal rendra son délibéré le 27 novembre prochain.