Faciliter l’accès aux semences de pommes de terre : enjeu clé pour l’agriculture

1 juin 2026

Au Sénégal, faciliter l’accès aux semences de pommes de terre apparaît comme une priorité, selon Aliou Gaye, expert en financement des chaînes de valeur animales et agricoles du Programme de résilience du système alimentaire (FSRP). Dans un entretien accordé au Soleil Digital, il a évoqué le mécanisme de financement à coût partagé mis en œuvre par ce programme.

Le Programme de résilience du système alimentaire (FSRP) a mis en place un financement à coût partagé pour appuyer les acteurs de l’agriculture et de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pouvez-vous revenir sur ce mécanisme ?

Pour commencer, comprendre le financement à coût partagé, c’est saisir qu’il s’agit d’un instrument financier qui permet un cofinancement d’un projet. Autrement dit, le promoteur doit apporter une part et nous complétons avec une subvention. Le FSRP a instauré ce mécanisme par le biais de trois guichets différents. Le premier guichet s’adresse aux petits projets, dont le montant varie entre 2,875 et 5,7 millions de francs CFA. Dans ce cadre, la subvention est fixée à 70 %, mais une discrimination positive de 10 % est réservée en faveur des jeunes et des femmes, portant ainsi l’aide destinée à ces deux groupes à 80 %. Pour être éligible, certains critères doivent être remplis, notamment une année d’expérience pour tout agriculteur ou éleveur.

Ce mécanisme vise aussi les bénéficiaires sortant des écoles de formation et qui entretiennent un lien avec l’activité agricole ou l’élevage. Ainsi, ce sont ces profils, hommes et femmes, qui sont ciblés. Les conditions restent les mêmes pour tous. Les demandeurs peuvent être des particuliers, un Groupement d’Intérêt Économique (GIE), une entreprise ou une petite ou moyenne entreprise (PME). Ce sont des acteurs qui, sous leur statut juridique, peuvent déposer un dossier pour le guichet 1.

Qu’en est-il pour le guichet 2 ?

Le guichet 2 prévoit des subventions allant de 5,7 millions à 28,5 millions de francs CFA. Pour ce guichet, la subvention représente 50 %, c’est‑à‑dire que le porteur de projet contribue à hauteur du même montant et l’autre moitié est apportée par l’aide. Il faut rappeler que cette subvention n’est pas remboursable; il s’agit d’un soutien financier destiné à encourager le porteur du projet à aller de l’avant. Pour ce guichet, la condition d’éligibilité essentielle est une expérience d’au moins deux ans dans l’agriculture ou l’élevage. Et, comme pour le guichet 1, il n’y a pas de discrimination entre hommes et femmes : les deux sexes sont soumis aux mêmes critères.

Que prévoit le FRSP pour les projets de grande taille ?

Le guichet 3 est réservé aux projets de grande envergure, couvrant des montants de 28,5 millions à 285 millions de francs CFA. Dans ce cadre, la subvention est de 30 %. Toutefois, il faut noter que le montant subventionnable ne peut dépasser 85,5 millions, même si le coût total du projet est supérieur. Cette précision est importante pour éviter les malentendus : certains pourraient penser que pour un projet d’un milliard, la subvention pourrait atteindre 300 millions, alors que le plafond est fixé à 85,5 millions. La condition d’expérience reste fixée à deux ans.

Toute personne peut déposer une demande pour le guichet 3, à l’exception des particuliers qui ne peuvent pas présenter un dossier pour ce guichet. En revanche, pour les guichets 1 et 2, les particuliers peuvent soumettre un projet.

Donc avec ce mécanisme, le financement du projet est partagé entre le promoteur et le bailleur ?

Le bailleur, c’est nous, et le porteur de projet est le producteur. Celui qui souhaite mettre en œuvre un projet doit répondre à des conditions spécifiques qui dépendent de la taille du guichet. Avant d’octroyer une subvention, il faut apporter sa contribution initiale afin d’éviter que le financement ne soit perçu comme une promesse sans suite. Cette contribution varie selon le montant du guichet, les guichets étant calibrés et assortis de conditions correspondantes. Il existe une limite maximale de subvention de 285 millions, quel que soit le coût du projet.

« Nous ne finançons pas n’importe quelle chaîne de valeur. »
Et quelles sont les chaînes de valeur que vous financez ?

Nous ne finançons pas toutes les chaînes de valeur. Pour les céréales, les filières concernées sont le mil, le sorgho, le maïs et le fonio. En horticulture ou maraîchage, l’oignon, la pomme de terre et la banane entrent aussi dans le périmètre soutenu. Pour l’élevage, toutes les filières liées aux bovins, à la production de viande, caprins, ovins et porcs relèvent du dispositif. En aviculture, la production de poulets de chair et d’œufs est incluse, et la filière lait est également prise en compte.

Et pourquoi vous avez mis l’accent uniquement sur ces filières ?

Cette orientation repose sur le fait que ces chaînes bénéficient déjà d’acteurs qui apportent des accompagnements, évitant ainsi des doubles interventions sur d’autres filières. Nous intervenons aujourd’hui sur l’ensemble des 14 régions du Sénégal en soutenant les producteurs dans les domaines de la production, de la transformation et de la commercialisation de leurs récoltes.

Et au Sénégal, quels sont les défis à relever pour l’expansion de ces filières ?

Pour chaque chaîne de valeur, des défis spécifiques ont été identifiés par les acteurs et les autorités. En ce qui concerne la filière oignon, le principal enjeu est la conservation et le stockage. En effet, la production progresse et peut dépasser les besoins annuels du pays, tout en laissant parfois des poches de déficit à d’autres moments. Il s’agit donc de financer des projets de stockage et de commercialisation pour stabiliser ces flux. Pour ce qui est de la pomme de terre, le défi majeur réside dans la conservation, en raison de l’augmentation de la production ces dernières années et des pertes associées. Il est nécessaire d’encourager l’installation de chambres froides adaptées pour assurer une meilleure préservation.

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Mais il est également crucial d’aborder la disponibilité des semences. Les semences proviennent de l’étranger et chaque fournisseur apporte ses propres variétés, ce qui peut influencer leur résistance à la conservation et leur aptitude à être transformées. Il faut donc promouvoir l’accès à des semences adaptées à travers une production locale accrue ou des importations ciblées et bien contrôlées. Pour la filière banane, on observe une croissance continue de la production, et des mesures favorisant la commercialisation du fruit local ont été mises en place cette année. Cependant, le matériel végétal utilisé vieillit et la filière doit renouveler son matériel pour soutenir les rendements et la croissance. Par ailleurs, le transport des produits depuis les zones de récolte jusqu’aux marchés et jusqu’aux sites de transformation nécessite des équipements et des logistiques adaptés pour optimiser la circulation et le conditionnement.

Quels sont les challenges pour l’élevage et l’aviculture ?

Dans le secteur de l’élevage, le principal obstacle est la dépendance vis-à-vis de l’importation pour répondre à la demande locale. La solution réside dans le développement interne d’un système capable de produire suffisamment de moutons pour nourrir les grandes fêtes religieuses et culturelles. En ce qui concerne l’aviculture, si l’offre de poulets de chair n’est pas déficitaire, l’accès aux poussins demeure une contrainte majeure. Nous encourageons l’installation d’unités d’éclosage et de couvoirs qui permettent de disposer rapidement de poussins lorsque nécessaire, afin de soutenir l’émergence et le développement d’un secteur local viable.