Entre le 8 janvier et le 13 février, l’Institut français de Dakar présente l’exposition photographique intitulée « Gayndé géej yi – Les Lions de la mer ». Cette série, spectacle du « corps noir », s’affiche sur les murs extérieurs du centre culturel.
Les tirages grand format, suspendus sur les façades extérieures de l’Institut, semblent jouer avec le voyeurisme des regards. Or, l’artiste Naëtt Mbaye affirme chercher à déconstruire ce sentiment banalisé. Sur ces images, on découvre surtout des jeunes hommes, pour la plupart, le torse découvert, émergeant de l’eau et encore perlés de gouttes salines, surf en main. Certains posent avec aisance, dégageant une assurance née de leur tempérament intrépide et conquérant. Ces jeunes Lébous, autrefois connus pour leur prestance dans la pêche, s’approprient désormais le surf avec une énergie croissante.
Le surf, discipline désormais associée aux Jeux olympiques et qui sera au cœur de l’attention lors des Jeux olympiques de la Jeunesse à Dakar en 2026, a gagné en popularité le long de notre littoral. Les jeunes Lébous pêcheurs, à la peau noire accentuée par les embruns et sculptés par les efforts en mer, y adhèrent de plus en plus. Naëtt Mbaye se concentre sur ces corps noirs pour son exposition à découvrir du 8 janvier au 13 février. « Je me suis intéressée à l’essor du surf au Sénégal. Il s’agit d’interroger la représentation des corps noirs, particulièrement dans le sport », explique-t-elle.
La photographie, c’est aussi une quête de vulnérabilité. Si l’on parle de photographie sportive, l’accent est souvent mis sur le mouvement. Mais j’ai voulu mettre en lumière la vulnérabilité, l’intimité et l’énergie des éléments, plutôt que le geste du sportif », précise l’artiste, qui justifie son approche et rappelle le manque d’effort sportif des surfeurs dans les vagues. Pour elle, son sujet s’accorde mieux avec les traits des athlètes et l’exaltation qu’elle a observée en voyant ces surfeurs sortir de l’eau, les yeux irrités par la mer et porteurs de son énergie.
En matière de technique photographique, Naëtt Mbaye privilégie justement l’analogie afin de capter la surprise et le risque que cela implique. « J’aime ce côté intemporel. Les grains argentiques instaurent une relation énigmatique et touchante avec le spectateur, bien plus que la netteté lisse du numérique », déclare l’artiste. Formée au design de mode à Paris, Naëtt Mbaye développe une pratique située à la croisée de l’art, de la mode et des questions sociales.
Après une dixième année d’expérience dans les univers de l’art, du luxe et de la création, elle a choisi de revenir au Sénégal, « sa principale source d’inspiration ». Son travail, qui mobilise la photographie, la vidéo, l’installation et la gravure, interroge les notions d’identité, de famille et de représentation.