La Galerie Vema accueille les œuvres de Moussa Sène Absa jusqu’au 30 mars, à travers l’exposition « Empreinte du regard ». Il ne s’agit pas d’une projection de ses films, mais d’une présentation de 38 pièces plastiques qui affirment son statut d’artiste de l’image, portant un discours sincère et engagé, à la fois universel et profondément enraciné.
Prénom : Moussa. Nom : Sène. Identité : Moussa Sène Absa. Fonction : Artiste. Avec l’exposition « Empreinte du regard », celui qui est davantage connu comme cinéaste démontre, si besoin est encore, son approche holistique, sensible et universaliste de l’art. L’homme de 68 ans réaffirme avant tout son engagement envers l’image, le regard. Son commissaire d’exposition, Idrissa Diallo, évoque des « regards que Sène Absa porte sur les autres, et que les autres lui adressent inévitablement ». Ces regards ne se limitent pas à un simple regard scrutateur, ils ne sont pas voyeuristes. C’est sans doute pourquoi l’exposition, dans sa scénographie, s’ouvre par un « mbañ gàccé » (paravent), autour de l’œuvre « Léo Bassang 3 » (205x210cm). Posée à l’entrée, cette barrière devient une composante de notre architecture traditionnelle.
Panneau de tiges en bambou ou en roseau qui s’enfilent, suivant juste le seuil de la concession, ce vestibule est pensé comme une zone d’intimité pour la cour familiale.
Ce décor familial, utilisé par l’artiste comme support, devient une scène où se déploient les danses des couleurs et des valeurs par lesquelles Moussa Sène Absa s’exprime et se délasse. « Léo Bassang 3 » n’est pas qu’une introduction. On y voit un personnage qui ne regarde pas vraiment. Il lorgne, avec une posture en biais. L’inverse se produit dans la majorité des œuvres, dont le regard est quasi pénétrant, avec des yeux globuleux.
Certaines pièces présentent un regard vitrifié. À l’instar de « La Veuve » (acrylique sur toile, 40x30cm) et de « La Demoiselle venue d’ailleurs » (mixte sur toile, 35x25cm). D’autres regards apparaissent, énigmatiques, hagards. Ainsi se révèlent dans « Portrait de T.F. » (acrylique sur toile, 65×50), « Ami d’enfance » (acrylique sur toile, 60×50), « Un amour d’enfant » (mixte sur toile, 65×50), « Libations » (mixte sur toile, 120×150) et « Offrande à Mame Njaré » (acrylique sur toile, 150×100). Cette tonalité mystérieuse procède probablement de l’anonymat, du sacré et de l’intimité qui définissent leurs sujets.
Figuratif d’une dynamique sociétale
L’intime et la communauté se ressentent aussi dans certaines œuvres. Devant « Tata Mariétou » (acrylique sur toile, 150 x 100 cm), certains visiteurs seraient tentés de penser à la pièce « Tanta Marie » (1978) de Rudi Gomis. Moins pour la figure de la tante, mais pour son hymne au lien familial, à l’attachement à la parentèle et à la fidélité aux siens.
On retrouve ainsi aussi dans la série « Tanta Gnaagna » (acrylique sur toile, 116×89), « Tour de famille » (mixte sur toile, 80×90), « Les coépouses 1 » et « Les coépouses 2 ». Moussa Sène Absa présente notre fresque sociale. C’est une expression rythmée par la ferveur de nos cérémonies et événements, exposant notre imaginaire collectif. Dans « Empreinte du regard », on contemple le mariage, la Tabaski et le « tànnbéer » (séance de tam-tams), la circoncision et les initiations, nos tours de charme et notre rapport à l’invisible. Cette démarche éditoriale et picturale, Idrissa Diallo y voit le principe de l’arrêt sur image.
« Chaque toile concentre une émotion brute, suspend un instant chargé de sens, posé à la lisière entre héritage et présent. Là où le film étire le temps et accompagne le mouvement, la toile en distille l’essentiel. Les figures qui peuplent ses œuvres semblent traversées par une histoire qui les déborde, porteuses d’une mémoire ancienne tout en affirmant une présence résolument contemporaine », décrypte Idrissa Diallo.
Moussa Sène Absa, au demeurant, reste fidèle à sa démarche cinématographique. Sa peinture installe le visiteur dans son regard d’examinateur de sa société, tout en requérant le regard de tout spectateur qui participera à donner à l’œuvre la marque des temps et des conjonctures. C’est l’empreinte intemporelle faite de nos consciences, de nos libertés, de nos philosophies et de nos convenances communes. Une somme d’empreintes qui définit chacun de nous, par nous-mêmes. C’est, selon l’artiste Zulu Mbaye, une attention constante à ce qui traverse le quotidien, aux gestes simples, aux émotions discrètes.