Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, les échanges entre l’État et le secteur privé national se déroulent dans une dynamique renouvelée, centrée sur le patriotisme économique, le contenu local et la souveraineté économique. Cette orientation prolonge plus de deux décennies de concertation entre les pouvoirs publics, le patronat et les opérateurs économiques.
De Wade à Macky Sall, les bases du dialogue
L’évolution politique de 2000 a inauguré une étape nouvelle dans les rapports entre l’État et les entreprises. Sous le mandat d’Abdoulaye Wade, l’accent était mis sur la stimulation de l’investissement privé et l’amélioration du climat des affaires. La création de l’APIX au début des années 2000 et l’institutionnalisation du Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) ont notamment contribué à structurer les échanges avec les investisseurs et les organisations patronales.
Avec l’arrivée de Macky Sall en 2012, le dialogue se poursuit dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE). Le secteur privé est davantage sollicité dans la conduite des projets structurants, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et l’industrie. Toutefois des préoccupations liées à la fiscalité, à l’accès au financement, à la dette intérieure, à la commande publique et au coût des facteurs restent au cœur des discussions des employeurs.
À l’approche de la fin du mandat, une nouvelle impulsion est donnée. Le 15 février 2024, le Premier ministre Amadou Ba réunit les organisations patronales à la Primature. Cette rencontre aboutit notamment à la promesse d’un rendez-vous semestriel avec le patronat, à l’accélération du Code des investissements, au développement de l’import-substitution et à l’élargissement du contenu local.
Un dialogue placé sous le signe du secteur privé national
L’élection de Bassirou Diomaye Faye, en mars 2024, ouvre une nouvelle séquence. Trois semaines après son installation, le chef de l’État reçoit les principales organisations patronales. Les échanges portent sur la relance de l’économie, la création d’emplois et la lutte contre la vie chère. Le secteur privé national se déclare prêt à accompagner les nouvelles autorités dans leurs objectifs.
Cette entrevue intervient après la présentation, par le Conseil national du patronat (CNP), d’une Charte des priorités et d’engagements présidentiels pour le secteur privé national. Le document préconise notamment l’institutionnalisation d’un dispositif permanent de dialogue public-privé, avec des échanges réguliers du sommet de l’État jusqu’aux départements ministériels.
Le nouveau pouvoir affiche ainsi sa volonté de placer davantage les entreprises nationales au cœur de la transformation économique. Cette orientation se reflète progressivement dans l’Agenda national de transformation et dans la Vision Sénégal 2050.
Entre redressement et patriotisme économique
Sous le gouvernement d’Ousmane Sonko, le dialogue avec le secteur privé se poursuit, avec un accent mis sur le redressement économique et la participation accrue des entreprises nationales aux projets de l’État.
Le 27 février 2025, le Premier ministre préside une rencontre tripartite avec le patronat et les syndicats. Les discussions portent sur la situation économique et financière du pays, les préoccupations des partenaires sociaux et les engagements financiers de l’État envers les entreprises.
Le patronat salue également la place accordée au secteur privé national dans l’Agenda Sénégal 2050, au contenu local et au projet de loi relatif au patriotisme économique. Le gouvernement souhaite, de son côté, multiplier les échanges autour des orientations de l’Agenda et du portefeuille de projets du plan quinquennal 2025-2029.
Quelques mois plus tard, Ousmane Sonko retrouve les représentants du secteur privé lors de la présentation du plan de redressement économique et social « Jubbanti Koom ». L’objectif affiché est d’associer davantage les entreprises sénégalaises à la mise en œuvre des projets et programmes publics.
Du dialogue à la mise en œuvre
Malgré l’évolution des référentiels économiques, les préoccupations du secteur privé restent largement constantes : financement, fiscalité, dette intérieure, commande publique, contenu local, accès au crédit et environnement des affaires.
Ce qui change davantage, c’est la place assignée aux entreprises nationales. Après la libéralisation et l’attractivité sous Wade, puis l’accompagnement des grands projets du PSE sous Macky Sall, le pouvoir de Bassirou Diomaye Faye met davantage en avant la souveraineté économique, le contenu local et le patriotisme économique.
La rénovation du Conseil présidentiel de l’investissement s’inscrit dans cette logique. En février 2026, l’APIX et la Primature ont organisé une concertation avec le secteur privé afin de renforcer les axes du CPI dans son nouveau format, présenté comme un cadre stratégique de dialogue permanent.
Plus de vingt ans après l’alternance de 2000, le dialogue État-secteur privé demeure donc un chantier ouvert. Au-delà de la multiplication des rencontres, l’enjeu est désormais de transformer les engagements et les recommandations en décisions concrètes, capables de favoriser l’investissement, la production, la création d’emplois et la participation accrue des entreprises sénégalaises à la transformation de l’économie nationale.