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Son nom est profondément associé à Diofior, un village sérère reconnu comme un bastion de la lutte traditionnelle au Sénégal. Abdou Ndama Thiam, il est célèbre par sa réputation mais demeure mystérieux quant à son visage.
Il est à la fois une figure bien connue et une énigme pour beaucoup. De nombreux Sénégalais ont entendu parler d’Abdou Ndama Thiam par le biais de plusieurs sources : d’abord à travers des chanteuses sérères telles que Kangou Sarr, Mayé Ndéb ou encore Khady Diouf Yarwago. Ensuite, par la célèbre chanson de Pape Diouf intitulée « Diofior arrondissement… ». Toutefois, peu sont ceux capables d’associer un visage à ce nom.
Cependant, Abdou Ndama Thiam représente une figure emblématique dans sa région natale. Il a dirigé la lutte dans tout l’arrondissement de Diofior pendant au moins 24 ans. Il occupait la fonction de président des présidents d’associations villageoises qui coordonnaient la lutte dans plus de 100 villages, voire plus, que compte cette commune située dans le centre-ouest du bassin arachidier, dans la région de Fatick. À cette époque, il n’y avait pas la division ou l’éclatement actuelle de l’organisation de la lutte comme on le constate aujourd’hui dans cette zone géographique.
Tout était unifié, tous avancés dans le même sens. Il est considéré comme le porte-drapeau de cette discipline dans la localité de Diofior et ses alentours. Ancien lutteur lui-même, qui a par la suite travaillé comme agent de sécurité chez Masse Diokhané, l’ancien directeur général de Radio Sénégal pendant plusieurs années, il a consacré une grande partie de sa vie à faire connaître et promouvoir cette discipline traditionnelle, aussi bien chez les Sérères qu’à l’échelle nationale. Son nom est aujourd’hui gravé en lettres d’or dans l’histoire de la lutte traditionnelle.
Le célèbre chanteur Pape Diouf lui a dédié une chanson, très appréciée des Sénégalais. Il faut noter qu’en version initiale, le patron de « La génération consciente » s’était trompé en mentionnant Abdou Ndama Ndiaye au lieu d’Abdou Ndama Thiam. Mais cette chanson, qui célèbre la lutte, a été reprise par d’autres artistes. Selon Abdou Ndama Thiam, assis sur une natte dans la véranda de sa grande maison modeste, c’est Kangou Sarr de Mbassis qui a été le premier à chanter cette dédicace. Ce jour-là, il était invité par un certain Madou Mbingane, en tant que président des associations de lutte de tout l’arrondissement, en même temps que Kangou Sarr, Mayé Ndép et Marie Louise. Lors de son arrivée, Mamou Ndép, qui était l’organisateur dans le village de Faoye, a annoncé cette performance au micro central, demandant à Kangou Sarr de lui dédier une chanson faisant honneur à sa position.
« Après Faoye, poursuit Abdou Ndama, j’ai été invité à djilass. Les villages organisaient leurs tournées à tour de rôle. Il était convenu que chaque chanteur ait droit à trois chansons. Quand ce fut le tour de Kangou Sarr, elle a dit : “Diofior arrondissement, Abdou Ndama Thiam maat nawo fila ngor ké” », ce qui veut dire “Abdou Ndama Thiam, ton leadership a beaucoup plu aux gens de Diofior », se rappelle-t-il.
Plus tard, un grand événement de lutte avait été organisé à Grand-Yoff. Lors de cette manifestation, Khady Diouf était présente. Selon Thiam, c’est elle qui a reformulé la chanson en disant : « Diofior arrondissement, bateau Sénégal… ». C’est cette version que Pape Diouf a reprise, mais il a fait erreur sur le nom de famille, ce qui a créé une confusion.
« Quand j’ai entendu la chanson de Pape Diouf pour la première fois, je me suis dit qu’il avait dû faire une erreur, car il n’y a personne d’autre dans cette localité portant le nom d’Abdou Ndama, sauf moi, et mon nom c’est Thiam. Quelques jours plus tard, j’ai croisé Mamadou Basse, qui m’a dit avoir entendu un musicien chanter Abdou Ndama Ndiaye alors qu’il connaissait bien Abdou Ndama Thiam. Je lui ai montré que j’avais également entendu la chanson et il m’a assuré qu’il ferait le nécessaire pour corriger cette erreur. C’est ainsi qu’on rectifia la situation », raconte-t-il. Lors de ses concerts en France, Pape Diouf a rectifié en déclarant dans la chanson : « Abdou Ndama Thiam ».
C’est à cette occasion qu’il a noué une amitié avec le chanteur pikinois. Jusqu’à leur rencontre, ils ne s’étaient jamais croisés. Leur premier contact a eu lieu lors d’un rassemblement dédié à la lutte, où ils ont été invités simultanément à Loul Sessene. « C’est comme si Pape Diouf me connaissait depuis longtemps. Lorsqu’il est arrivé, il m’a directement serré la main. Ce jour-là, il m’a remis une somme de 250 000 FCFA à donner aux organisateurs, car il était le parrain de l’événement. Même son chauffeur m’a accompagné jusqu’à chez moi à Diofior. Il avait promis de revenir me voir chez moi, ce qu’il a réellement fait. La seconde fois, il était accompagné de Bombardier », précise le vieil homme. Sa contribution à la lutte ne lui a pas apporté la richesse, mais elle lui a permis de créer de nombreuses relations avec des personnalités connues du public sénégalais. Même ceux qui ignorent son identité connaissent son nom.
Diofior possède une tradition ancestrale en matière de lutte. La localité a souvent été le berceau de nombreux champions. Plusieurs lutteurs s’y rendent également pour apprendre et bénéficier des secrets transmis par les anciens, notamment dans des domaines liés au mysticisme. Parmi eux, Dimlé Diome est l’un des gardiens de cette tradition locale. Il reçoit fréquemment la visite de proches de grands lutteurs comme Eumeu Sene ou Modou Lo, témoignant de l’importance du lieu dans le milieu de la lutte sénégalaise.
Ndiol Maka SECK-Abdou DIAW et Assane SOW (images)
Cet article, publié pour la première fois en 2019, est remis par Le Soleil en hommage à Abdou Ndama Thiam, décédé le samedi 21 juin 2025.