Entretien avec Saliou Dramé d’Immosen : un plan pour réduire l’écart du logement social

28 septembre 2025

Daga kholpa faisait partie des zones où le nouveau régime avait demandé de tout arrêter, le temps d’y voir plus clair. Or, le temps a quand même continué à s’écouler. Aujourd’hui, il y a les promoteurs qui ont été agréés dès l’origine, qui disposent de dossiers solides, puis il y a, entre-temps, ceux qui ont reçu des baux à Daga Kholpa, certains même en catimini. Je pense que ce sont ces baux qu’il faut examiner pour déterminer les décisions à prendre et restaurer la confiance des populations des alentours. C’est ce qui permet de libérer le foncier.

La Safru ne pouvait pas développer le Pôle urbain de Daga Kholpa. La solution, ce sont les promoteurs agréés. Nous, Immosen, par exemple, on nous avait confié 109 hectares. Il y a d’autres promoteurs qui obtenaient 100 hectares, d’autres 25 ou moins… Au lieu de perdre du temps à chercher à aménager, vous me donnez une assiette foncière gratuitement et, dans le cahier des charges, vous exigez que je fasse telle et telle chose dans un horizon temporel bien défini, dans telles conditions, selon telles modalités. Même si l’État doit me payer plus tard, même s’il doit me payer en nature, qu’il le fasse (…) Le rôle de l’État, c’était de contrôler, de veiller à ce que chacun réalise ce qu’il a signé. Je pense que s’il faut relancer Daga Kholpa, il faut interroger les baux qui ont fait qu’aujourd’hui, les populations environnantes ont perdu confiance en ce projet. Il faut interroger cela et prendre les décisions qu’il faut. Il faut revoir les choses parce que la Safru, telle qu’elle a été pensée, ne peut pas développer Daga Kholpa.

A Mont-Rolland, c’est une ancienne carrière que nous avons réhabilitée sur fonds propres. La part d’habitat qui est réservée au projet, ce sont 48%, et les 52 restants, c’est de la voirie et des équipements. Ça renseigne sur le caractère durable de notre projet. Nous avons monté ce projet, obtenu un financement avec l’accompagnement d’une banque locale et d’une banque étrangère. Nous avons réussi à mobiliser des partenaires techniques qui ont eu l’expérience de réaliser ça ailleurs, et nous avons proposé ce programme à la Sicap pour aller en partenariat public-privé. C’est un programme de 1000 logements en train d’être commercialisés par la Sicap. Des logements qui doivent se faire sur une seule année. Si nous sommes capables de faire ça à notre petite échelle, avec un bailleur social comme la Sicap, si l’État prend l’initiative, cela ne s’en portera que mieux.

Même la Dgpu a péché énormément à Diamniadio. Pour moi, ce sont même des goulots d’étranglement. L’État est assez bien structuré. Il y a la Direction de l’urbanisme et de l’architecture (Dua) au niveau du ministère qui est une direction forte en termes d’urbanisation, d’aménagement, d’architecture. On a des fonctionnaires de haut niveau. La Dua peut organiser tout cela.

Ce sont des dédoublements, encore que je n’ai rien contre les uns et les autres, on ne peut pas développer, aller dans le sens de la rupture, sans venir avec des compétences qui sont prêtes, des gens qui ont de l’expertise, qui peuvent tout de suite permettre à l’État de prendre le bon chemin.

L’État sortant, là où il a péché, c’est dans la gouvernance de ces logements sociaux. Le programme, dans son ensemble, au départ, c’était un programme qu’on pouvait respecter. Mais dans la mise en œuvre, il y a eu beaucoup de problèmes. Le nouveau gouvernement est arrivé avec des ambitions affichées, en disant qu’ils allaient mettre l’accent sur les 100 000 logements ; ce qui n’était pas la bonne démarche. Ce qu’on attendait sur le terrain, c’est d’aller vers une rupture. La rupture, c’est d’élaborer un programme de développement qui permet de résorber le gap en logement social. Je fais partie des personnes qui croient que le gap de 500 000 logements peut être résorbé en 5 ans. Il n’y a pas de secret. Il faut aller dans la production de masse. On ne peut pas continuer de travailler de la même façon et espérer avoir des résultats différents. Ça veut dire que, depuis 17 mois, rien n’a bougé au niveau du ministère de l’Urbanisme de manière concrète.

Ceux qui sont partis ont signé beaucoup plus de conventions. Ça, ça ne veut rien dire. Ce régime a besoin de rupture, de concret. En 2012-2013, le gap en logement social, c’était entre 280 000 et 300 000 logements. En 2025, le gap est de 500 000 logements. Le résorber est techniquement et financièrement possible.

Ce qu’on était en train de créer, c’était un pôle économique et résidentiel en plein centre de Rufisque, qui devait permettre de régler tous les problèmes sérieux en centre-ville, d’amener de nouvelles activités à Rufisque. Ce projet répondait à neuf préconisations issues des Assises de Rufisque. On devait, à travers ce projet, réaliser trois tours en face de la mer pour un coût global de 54 milliards francs. Nous avions la garantie d’une grande banque de Chine, une banque de la place, qui avait accepté de financer le projet durant ses différentes phases, nous avait fait une offre.

On avait terminé toutes les études techniques et architecturales, qui ont coûté énormément d’argent. L’étude d’impact environnemental a été menée presque jusqu’à sa fin sur fonds privés, mais malheureusement, le projet ne s’est pas réalisé.

Des hommes politiques se sont levés pour s’opposer au projet, qui en faisant dans l’ombre, qui à visage découvert, de sorte que le seul choix qui nous restait en tant que privé, c’était la voie judiciaire.

Nous ne sommes pas encore dans cette voie, car nous n’avons pas voulu choisir la voie contentieuse pour régler cette affaire. Si on suit cette voie contentieuse, on gagnera parce qu’on a suffisamment d’éléments. Que ça dure 5, 10, voire 20 ans, on gagnera, mais entretemps y a des choses qui vont se passer.