Entretien avec Aminata Diallo, vice-présidente du Roao-Vbg : former d’anciennes pratiquantes de l’excision en ambassadrices

29 août 2025

Il convient de rappeler que depuis la naissance du réseau, cinq organisations non gouvernementales participent à ses actions. Elles se consacrent principalement à des activités de réorientation des anciennes pratiquantes de l’excision, que nous cherchons à transformer en ambassadrices du projet. Leur rôle sera de mener des actions éducatives et des séances d’information sur la pratique et ses répercussions, afin d’amener les populations à renoncer définitivement à l’excision. Vous savez, s’il n’y a pas d’exciseuses, il n’y aura plus d’excisées. Nous avons déjà organisé trois éditions dans trois pays différents. Cette année, le Sénégal accueille les délégations. Voilà ce qui explique notre présence à Tamba, où le phénomène se fait le plus ressentir par rapport aux zones intérieures du pays.

«Du couteau à la médaille», toute une symbolique. Les femmes qui excisent les filles au moyen d’outils comme les couteaux, les lames et autres instruments doivent se lever et, collectivement, abandonner ces armes pour démontrer qu’elles ont définitivement renoncé à l’excision. Cela nous permettra de les transformer en ambassadrices du projet afin d’amener le message du réseau là où nos partenaires ne peuvent pas accéder. À Tamba, où d’anciennes exciseuses ont été invitées à la cérémonie, elles ont publiquement apporté leurs couteaux et autres matériels utilisés pour l’excision, et les ont tous déposés dans un même récipient pour démontrer qu’elles ont définitivement quitté la pratique. Cette étape constitue une avancée majeure dans nos activités au Sénégal. Et ce qui est encore plus significatif, c’est leur volonté de se présenter sans masque pour non seulement reconnaître les conséquences de l’excision sur la femme et la jeune fille, mais surtout s’engager à bannir la pratique. Le fait de jeter les couteaux en est l’illustration parfaite. D’où le slogan «Du couteau à la médaille».

Bataille, vous avez raison, il s’agit d’une véritable lutte, celle visant à abandonner l’excision. Au Burkina Faso, nous menons ce combat depuis plus de trente ans. Toutefois, la pratique persiste clandestinement. C’est pourquoi le réseau a décidé de modifier sa méthode. Aujourd’hui, la nouvelle approche consiste à repérer les exciseuses, à les sensibiliser et à les rendre conscientes des retentissements de cette pratique. Puis à les transformer en ambassadrices du projet. Nous sommes convaincus que ce sont les ex-exciseuses seules qui peuvent nous aider à freiner ce fléau. Si celles qui exercent encore cessent leur activité, l’excision disparaîtra. Nous les approchons et leur expliquons les effets néfastes de leurs gestes sur les jeunes filles. Lorsqu’elles prennent conscience de cela, il n’y a aucun doute qu’elles abandonneront la pratique. À chaque étape, des plaidoyers et d’autres actions de sensibilisation ont été menés auprès des communautés. Aujourd’hui, l’objectif est de s’adresser directement aux actrices qui demeurent les exciseuses. Si elles prennent pleinement conscience des enjeux, la pratique devrait bientôt disparaître.

Au Burkina Faso, nous organisons ce qu’on appelle le Safari. Il s’agit d’une rencontre où des femmes excisées sont invitées. Elles expliquent toutes les méfaits de l’excision et ce qu’elles subissent dans leur foyer. C’est une approche communautaire qui porte ses fruits. Les femmes reviennent sur toutes les répercussions du phénomène, sur tout le mal vécu. Elles s’expriment aux communautés de manière libre et surtout sans détour. Certaines femmes ont même avoué avoir dormi plusieurs fois hors de leur chambres conjugale pour fuir leurs maris, en raison des douleurs atroces lors des rapports sexuels imputées à l’excision. Tout cela montre les conséquences du phénomène. Ces rencontres ont fortement impacté la lutte, car elles ont permis aux femmes de prendre conscience des méfaits de l’excision et de décider de l’abandonner.

Vous savez, beaucoup de femmes pensaient que dès que la blessure cicatrise, c’est terminé. Les traumatismes et les conséquences post-pratique n’étaient pas expliqués. Mais, avec les Safari, tous les aspects sont abordés, sans détours.

Concernant les moyens nécessaires pour faire face, nous comptons d’abord sur nos propres ressources. Chaque année, toutes les organisations et associations membres apportent une contribution forfaitaire au réseau. C’est la condition initiale. Il existe aussi des partenaires qui croient en notre démarche et qui nous soutiennent. Même si, il faut le reconnaître, les partenaires se montrent de plus en plus rares.

C’est maintenant au tour des États de nous soutenir. Déjà, ils ont posé un acte fort en adoptant des lois réprimant la pratique. Aujourd’hui, il s’agit de soutenir financièrement le réseau pour qu’il puisse mieux déployer ses activités. Les États devraient reconnaître l’utilité publique du réseau et lui allouer des subventions annuelles. Quoi qu’il advienne, nous restons engagés et prêts à mener le combat, en attendant que d’autres partenaires nous rejoignent.
Notre souhait, c’est que les États nous aident à éradiquer le fléau sur l’ensemble de l’Afrique. Et nous sommes convaincus que l’approche culturelle consistant à impliquer les ex-exciseuses en les rendant ambassadrices demeure une option judicieuse. La rencontre de Tambacounda a déjà porté ses fruits, car de nombreuses ex-exciseuses ont publiquement jeté leurs couteaux et juré de ne plus pratiquer l’excision. Ce fut un moment fort et nous avons pris tous les équipements pour les détruire et les enterrer à jamais.
afall@lequotidien.sn