Le déplacement du président Bassirou Diomaye Faye à El-Alamein a suscité de vifs échanges avec des dirigeants d’entreprises et des responsables d’institutions égyptiennes.
Des initiatives dans divers domaines – transport aérien, énergies renouvelables, services bancaires, santé, industrie et logement – ont été présentées au chef de l’État, dans l’optique de renforcer un partenariat économique entre Dakar et Le Caire.
Le Sénégal et l’Égypte cherchent à injecter une nouvelle dynamique dans leurs liens économiques. Pendant son séjour à El-Alamein, du 2 au 4 octobre 2026, le président sénégalais a eu des entretiens avec son homologue égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, et a reçu six représentants de sociétés et d’institutions égyptiennes.
Ces échanges ont permis d’examiner plusieurs projets jugés porteurs pour l’économie du Sénégal, en particulier dans les domaines du transport aérien, des énergies renouvelables, des services bancaires, de la santé, de l’industrie et des services.
Lors de son entretien avec le président égyptien, Bassirou Diomaye Faye a exprimé son souhait de faire évoluer la coopération bilatérale vers une dimension économique et commerciale plus marquée, avec une implication accrue des secteurs privés des deux pays. Il a notamment appelé les entreprises égyptiennes à investir au Sénégal dans les domaines de l’agriculture, de l’aquaculture, de l’industrie, de la santé, du logement et de l’hôtellerie.
Le transport aérien pour rapprocher les deux économies
Le transport aérien a été identifié comme l’un des secteurs à fort potentiel au cours des audiences présidentielles.
Le directeur général d’Air Cairo, Hussein Sherif Fahmi, a présenté les possibilités de rétablir une liaison directe entre Le Caire et Dakar. Cette compagnie avait opéré une liaison entre les deux capitales de décembre 2023 à août 2024, avec une étape technique.
Air Cairo se dit prête à accompagner Air Sénégal dans la formation de ses ingénieurs, de ses mécaniciens et de son personnel navigant. L’ouverture d’une liaison cargo a également été évoquée comme moyen de soutenir les échanges commerciaux entre les deux pays.
Le responsable de la compagnie voit le Sénégal comme un hub potentiel, en raison de sa situation géographique qui le place au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et des Amériques.
La reprise d’une liaison directe et l’élargissement du transport de marchandises pourraient faciliter les déplacements professionnels et les échanges économiques. Le dossier de presse précise toutefois qu’il s’agit de perspectives présentées par la compagnie et non de liaisons déjà opérationnelles.
Les énergies renouvelables, un potentiel d’un gigawatt
Un autre axe de coopération porte sur l’énergie.
Mohamed Ismail Mansour, fondateur et PDG du groupe Infinity, a exposé les perspectives d’investissement de son groupe au Sénégal. Via Infinity Power, sa coentreprise avec Masdar, Infinity intervient dans les domaines du solaire, de l’éolien et du stockage par batteries.
L’entreprise exploite déjà le parc éolien de Taïba Ndiaye et envisage de nouveaux investissements dans l’éolien et le solaire au Sénégal, avec une capacité annoncée d’un gigawatt.
La concrétisation de ce plan pourrait renforcer la place des énergies renouvelables dans le système énergétique national. Le dossier ne précise néanmoins ni le calendrier ni le montant financier des investissements.
La banque et la santé parmi les projets présentés
La coopération envisagée concerne aussi les services financiers et les infrastructures sanitaires.
Le président de la Banque nationale d’Égypte, Mohamed Mahmoud El Etreby, a exprimé l’intérêt de son établissement pour un partenariat bancaire et commercial avec le Sénégal. L’installation d’une banque égyptienne dans le pays est à l’étude pour faciliter les transactions entre les entrepreneurs des deux économies.
Dans le domaine de la santé, le directeur général de Safe Call Bank, Hisham Issa, a présenté un projet de centre thérapeutique spécialisé dans les cellules souches à Dakar. L’investissement annoncé s’élève à dix millions de dollars, soit environ 5,66 milliards de francs CFA selon le dossier de presse. Le futur établissement viserait à accueillir des patients de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment pour des maladies dégénératives.
Le document décrit ce centre comme un projet envisagé et ne précise pas le calendrier de démarrage des travaux ni la date d’ouverture.
L’industrie, la finance électronique et le logement
Le groupe Siltal Africa, dirigé par Hatem Raslan, est également présent dans le paysage industriel sénégalais. En 2025, il a inauguré au parc industriel de Diamniadio une usine de production de réfrigérateurs et de climatiseurs, avec un investissement annoncé de dix millions de dollars.
Selon le dossier de presse, l’usine devrait être inaugurée prochainement. Son dirigeant a aussi présenté de nouveaux projets destinés à soutenir l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
Par ailleurs, Khaled Mikati, président du Conseil des affaires Sénégal-Égypte, a évoqué plusieurs pistes de coopération : équipement des hôpitaux en matériel d’imagerie médicale, avancées dans le traitement du cancer, une solution de financement électronique pour la collecte des taxes et la gestion des paiements, ainsi que la construction de logements écologiques à coût maîtrisé.
Ces projets couvrent des besoins variés, allant de la modernisation des services publics à l’amélioration des équipements de santé et au développement de solutions de logement. Le niveau d’avancement et les modalités de financement ne sont pas précisés dans le document.
Vers une coopération économique plus structurée
Au-delà des projets sectoriels, les deux chefs d’État ont évoqué l’ouverture de liaisons aériennes et maritimes directes comme levier pour accroître les échanges. Cette perspective s’ajoute aux initiatives visant à faciliter les transactions commerciales et à encourager les investissements croisés.
Le Sénégal et l’Égypte ont également rappelé leur convergence sur des questions relatives à l’Union africaine, à l’Organisation de la coopération islamique et aux Nations unies, notamment en matière de multilatéralisme, de respect du droit international et de la question palestinienne.
Sur le plan économique, l’enjeu consiste à transformer les intentions exprimées lors des audiences en partenariats formalisés, en financements mobilisés et en projets réalisés.
Les perspectives évoquées dans les domaines du transport aérien, des énergies renouvelables, de la banque, de la santé et de l’industrie témoignent de la diversité des domaines dans lesquels Dakar et Le Caire souhaitent approfondir leur coopération. Leur concrétisation permettra de mesurer la portée économique de ce rapprochement bilatéral.