Le Sénégal poursuit une transformation majeure de son secteur énergétique. La décision de l’État, via la Senelec, de devenir l’unique actionnaire de West African Energy (Wae), associée à la volonté affichée par Petrosen de reprendre le développement du gisement gazier Yakaar-Téranga, illustre une même ambition : bâtir une véritable souveraineté énergétique nationale.
Pendant des années, le Sénégal s’est appuyé sur les importations de combustibles fossiles pour alimenter ses centrales électriques. Aujourd’hui, il cherche à exploiter ses ressources gazières internes afin de réduire les coûts de production, sécuriser son approvisionnement et renforcer sa compétitivité économique. Pour le directeur général de la Senelec, Papa Toby Gaye, la souveraineté énergétique commence par la maîtrise d’infrastructures stratégiques. « Une centrale de 366 MW, soit environ un quart de la demande nationale, ne peut pas être traitée comme un simple projet : elle touche directement à la sécurité d’approvisionnement du pays », affirme-t-il. Selon lui, l’acquisition de West African Energy (Wae) répond à trois impératifs majeurs : reprendre le contrôle d’un actif clé, soutenir la politique nationale « Gas-to-Power » et mieux aligner les ressources énergétiques nationales avec les besoins du système électrique. Dans la même logique, le Sénégal a fait un choix stratégique en reprenant Yakaar-Téranga. Selon Alioune Guèye, directeur général de Petrosen Holding, c’est « le symbole de la marche vers la souveraineté énergétique du Sénégal ». Avec ce gaz, dit-il, le Sénégal peut « réduire les coûts de production de l’électricité de moitié ».
Yakaar-Téranga, le pari du gaz national
Découvert en 2014, le champ gazier Yakaar-Téranga représente l’un des plus importants gisements gaziers du pays avec des réserves estimées entre 25 et 32 tcf (trillions de pieds cubes).
Pour M. Guèye, ce potentiel dépasse largement la simple exploitation d’une ressource naturelle. « En termes de génération d’électricité, un tcf nous donnerait, au taux de consommation actuel, une autonomie d’environ 23 ans. Imaginez donc ce que représentent 25 à 32 tcf ? » L’ambition de Petrosen est claire : orienter la production vers le marché domestique. Cette approche marque une rupture avec les modèles traditionnellement centrés sur l’exportation des hydrocarbures. Pour Alioune Guèye, la stratégie est limpide : remplacer progressivement les combustibles liquides importés, notamment le fioul lourd et le diesel, par le gaz naturel. « Le premier facteur de production dans le monde, c’est l’électricité », rappelle-t-il. Le directeur général de Petrosen estime qu’une baisse durable des tarifs électriques pourrait renforcer la compétitivité des entreprises sénégalaises, attirer davantage d’investissements industriels, stimuler la création d’emplois et améliorer le pouvoir d’achat des ménages.
Le défi de la mobilisation des acteurs locaux
Pour le DG de la Senelec, la souveraineté énergétique est devenue une exigence. De l’avis de Papa Toby Gaye, les crises internationales récentes ont démontré les limites d’une forte dépendance énergétique. « La guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient où les perturbations des chaînes logistiques mondiales ont provoqué une flambée des prix du pétrole, du gaz et du transport maritime. Pour les pays importateurs nets d’énergie, les conséquences sont immédiates. Lorsque les cours internationaux augmentent, les compagnies d’électricité paient davantage pour leurs combustibles. Les États sont souvent contraints d’augmenter les subventions pour éviter une hausse brutale des tarifs », souligne-t-il.
Estimant le budget pour le développement de Yakaar-Téranga, le DG de Petrosen l’évalue à près de trois milliards de dollars. Un montant colossal, mais à portée de main, pense Alioune Guèye. « Les ressources existent. Nous ne demandons pas la charité, nous exhortons les Sénégalais d’investir dans le pétrole et le gaz. Nous envisageons une mobilisation accrue de l’épargne nationale. Le succès du « Gas-to-Power » dépendra de la construction de gazoducs, d’unités de traitement, d’infrastructures de stockage, de réseaux de distribution adaptés », explique-t-il. Au-delà du renforcement des compétences nationales, M. Guèye insiste sur « la gouvernance des ressources naturelles qui reste déterminante ». « Yakaar-Téranga est extrêmement important et stratégique pour l’État et pour Petrosen. C’est l’assurance de la souveraineté énergétique du Sénégal », soutient-il.