Nomination officielle effectuée le 25 mai, le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô se prépare à présenter, le 1er septembre 2026, sa première Déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale, lors d’une séance plénière. Mais quels mécanismes et quels travaux en coulisses encadrent cet exercice institutionnel ? Le Soleil Digital s’est renseigné pour éclairer ce processus.
Une feuille de route claire pour l’action gouvernementale
Il convient d’emblée de préciser que la Déclaration de politique générale n’est pas un bilan de l’action gouvernementale. Elle représente avant tout une feuille de route par laquelle le Premier ministre expose les grands choix, les priorités et les actions phares que son gouvernement entend mettre en œuvre à court et moyen terme.
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Selon des informations recueillies par Le Soleil Digital, l’exercice devrait notamment s’appuyer sur les quatre axes du référentiel Sénégal 2050, avec une attention particulière portée aux objectifs situés à l’horizon 2029.
Après sa nomination, le Premier ministre présente sa DPG devant l’Assemblée nationale. Le texte est ensuite soumis à débat et peut, à la demande du chef du gouvernement, faire l’objet d’un vote de confiance, conformément aux dispositions constitutionnelles.
L’objectif est donc de traduire en mesures concrètes la vision du président de la République dans les différents secteurs. La DPG sert ainsi à passer en revue les grandes orientations du gouvernement, les réformes prioritaires et les mesures phares que l’équipe gouvernementale entend mettre en œuvre.
En tant que coordonnateur de l’action gouvernementale, le Premier ministre dispose également de l’appareil administratif, conformément à la Constitution. Il lui revient de mobiliser l’ensemble de la chaîne administrative afin d’assurer la mise en œuvre des politiques publiques.
Mais avant le face-à-face avec les députés, un important travail de préparation et de coordination s’effectue dans les coulisses, sous la houlette du Secrétariat général du gouvernement.
Le Secrétaire général du gouvernement pilote notamment la consolidation des contributions des différents départements ministériels, avec l’appui du Directeur de cabinet du Premier ministre et des conseillers techniques sectoriels. Ces derniers travaillent en lien avec les secrétaires généraux des ministères.
Une mécanique administrative
Fonctionnaire de l’État appartenant à la hiérarchie A1 ou assimilée et justifiant d’au moins dix ans de service effectif dans l’administration publique, le secrétaire général de ministère représente, à bien des égards, la mémoire vivante de son département. Il assure la coordination des travaux des directions et veille à la continuité de l’action administrative.
En cas de changement de ministre, c’est notamment lui qui garantit cette continuité et met à la disposition du nouveau ministre les informations relatives aux réalisations, aux dossiers en cours et aux projets du prédécesseur.
C’est pourquoi, dès réception d’une lettre d’information, généralement accompagnée d’un canevas, le ministre sollicite son bras technique, le secrétaire général, qui mobilise à son tour les différents services relevant de son département.
Chaque ministère élabore ainsi sa contribution, à partir de son plan d’action sectoriel, de ses priorités et de ses projections pour la période concernée, avant de la transmettre au Secrétariat général du gouvernement.
Il revient alors au ministre, Secrétaire général du gouvernement, Papa Assane Touré, de coordonner les travaux de finalisation de la DPG. À son arrivée en fonction, il avait annoncé qu’il coordonnerait les travaux de finalisation de la Déclaration de politique générale du Premier ministre, destinée à être présentée devant l’Assemblée nationale.
Après réception et examen des différentes contributions, le Secrétariat général du gouvernement procède à leur synthèse et à leur harmonisation. Ces éléments servent ensuite de matière première à la rédaction du document et du discours du Premier ministre.
Le discours prononcé devant les députés n’est donc qu’une synthèse des grandes orientations contenues dans la DPG.
Le Premier ministre ne dira pas : « Je ne sais pas »
La préparation ne se limite pas au seul discours. Les autres informations sont généralement organisées sous forme de tableaux de bord et de fiches sectorielles. Ainsi, lorsqu’une question précise est posée au Premier ministre lors du débat, le ministère concerné peut rapidement lui fournir les éléments de réponse à partir des données déjà consolidées.
Par exemple, un député peut interroger le chef du gouvernement sur le nombre exact d’abris provisoires recensés au Sénégal ou dans une localité donnée. Le ministère de l’Éducation nationale doit alors être en mesure de transmettre rapidement les chiffres disponibles et actualisés.
Même lorsque un sujet n’est pas explicitement mentionné dans le discours, le Premier ministre doit pouvoir disposer des éléments nécessaires pour répondre à d’éventuelles interpellations des parlementaires.
« Il ne dira pas : “Je ne sais pas” ou “Je ne peux pas”, car l’État dispose des compétences et des services pour apporter les réponses », affirme un administrateur civil interrogé par Le Soleil Digital.
Pour harmoniser les éléments de langage et éviter les contradictions entre les différents départements, des réunions de coordination sont régulièrement organisées entre les équipes techniques. Elles permettent de confronter les contributions, de mettre à jour les données et d’assurer la cohérence globale du document.
Le jour J, le Premier ministre, qui aura reçu son document plusieurs jours auparavant, sera entouré des membres de son gouvernement pour ce premier grand exercice de présentation et de confrontation de la politique gouvernementale devant la représentation nationale.
Un rendez-vous républicain
Depuis plus de vingt ans, la Déclaration de politique générale demeure l’un des rendez-vous les plus marquants de la vie institutionnelle sénégalaise. Au-delà de l’éloquence, elle représente un moment de clarification des choix du gouvernement et de confrontation avec la représentation nationale.
Le calendrier de cet exercice a toutefois connu au fil des années des interprétations et des pratiques variables.
La Constitution prévoit que, après sa nomination, le Premier ministre fait sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Le cadre réglementaire de l’Assemblée nationale précise les modalités pratiques de cet exercice.
Le rendez-vous du 1er septembre sera donc particulièrement suivi. Il permettra à Ahmadou Al Aminou Lô de présenter officiellement sa feuille de route, mais aussi d’expliquer, devant les députés et l’opinion publique, la manière dont son gouvernement entend traduire les ambitions de Sénégal 2050 en politiques publiques et en résultats concrets.