vendredi, décembre 6, 2019

Discours du Président Macky Sall lors de la 12e edition du forum MEDays à Tanger

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Excellences, chers frères Olusegun Obasanjo, ancien Président du Nigeria et Dioncounda Traoré, ancien Président du Mali,

Excellence, Monsieur Ivo Josipovic, ancien Président de la Croatie,

Messieurs les Premiers Ministres,

Monsieur Mohcine Jazouli, Ministre Délégué chargé de la Coopération africaine, Représentant de Sa Majesté le Roi Mohamed VI,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Monsieur le Wali de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima,

Madame la Présidente de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs, en vos rangs et titres,

Distingués invités,

C’est toujours avec un plaisir renouvelé que je séjourne en terre marocaine, où je me sens comme au  Sénégal.

J’adresse mon salut fraternel à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et lui exprime mes sincères remerciements, pour l’accueil convivial qui m’a été réservé dans la pure tradition d’hospitalité marocaine.  Je remercie toutes les autorités administratives et territoriales pour le temps et les efforts consacrés à ma visite.  

Le Maroc nous est familier, parce que nos relations sont anciennes, diverses et fortes. De tout temps en effet, l’espace sahélo saharien a été un continuum de flux intenses, rythmés par des caravanes commerciales, des missions diplomatiques et des échanges spirituels. Notre présence ici à Tanger, votre belle cité-carrefour au bord de la Méditerranée, s’inscrit dans la continuité de cette longue histoire.

Je remercie et félicite Monsieur Brahim Fassi Fihri, Président de l’Institut Amadeus, pour son aimable invitation et sa persévérance dans l’organisation du Forum Medays.

J’accepte avec plaisir le Grand Prix MEDays 2019. J’y vois, certes, la reconnaissance d’efforts déjà consentis ;  mais surtout un encouragement à poursuivre ces efforts, tant les défis sont encore nombreux, dans nos pays et sur notre continent.   

A l’évidence, nous ne pourrons relever ces défis que dans un environnement de paix, de sécurité et de stabilité, qui offre la quiétude nécessaire à l’œuvre de développement économique et social.

Voilà ce qui donne sens au thème de cette 12e édition de votre Forum : Crise globale de confiance : faire face à la subversion et aux incertitudes. 

Il est vrai que le cours de l’histoire n’est pas rassurant, en ces temps d’antagonismes ouverts ou latents, et surtout, de crises aiguës et vulnérabilités multiples.

Crises et vulnérabilités environnementales, qui mettent en péril le devenir de la planète, de ses habitants et de ses ressources.

Crises et vulnérabilités sécuritaires et humanitaires. A travers le monde, pas seulement en Afrique, des millions d’hommes et de femmes continuent de succomber à l’abîme de la guerre et du terrorisme.

Crises et vulnérabilités économiques et sociales, qui mettent à nu le paradoxe d’un monde d’extrême opulence et d’extrême pauvreté.

Au sein et entre les pays, les inégalités persistent et s’amplifient. Une étude récente révèle que 8% seulement de la population du monde détiendraient 86% de sa richesse. Malgré le recul de l’extrême pauvreté, plus de 850 millions de personnes vivent encore dans des conditions d’indigence absolue ; ce qui rend peu probable la réalisation de l’Objectif de Développement Durable d’éradication de la pauvreté d’ici 2030.

D’autres défis majeurs sont emblématiques de notre temps.

Je pense à la montée inquiétante du populisme et de l’extrémisme, sous-tendue par le flot des fake news et la manipulation des consciences. Pourtant, l’histoire a suffisamment prouvé que le populisme et l’extrémisme, ne pouvant tenir lieu de projet de société ni de mode de gouvernement, mènent invariablement à l’impasse et à la désillusion.

Je pense aux velléités d’hégémonie civilisationnelle, quand certains se croient investis du pouvoir et de la mission de prescrire aux autres la façon d’être et d’agir. 

Or, vouloir ériger des valeurs locales en mode de vie universel, alors même que les sociétés humaines sont différentes par leur histoire et leurs traditions, c’est méconnaitre l’égale dignité des cultures et des civilisations ; c’est ignorer le dialogue qui favorise le respect, la compréhension mutuelle et la coexistence pacifique des peuples. Selon la formule de mon compatriote, le Pr Felwine Sarr, il ne saurait y avoir de droit à « l’injonction civilisationnelle ».

Les pluralités sociétales ne peuvent se dissoudre dans un monolithisme réducteur. Elles doivent plutôt s’inviter au « rendez-vous du donner et du recevoir » prélude à la « civilisation de l’Universel, symbiose de toutes les cultures et de toutes les civilisations » que prônait le Président-poète Léopold Sedar Senghor. 

Mon point de vue est que nous ne pouvons pas nous résigner à la perte de confiance. Nous ne devons céder ni à l’hégémonisme civilisationnel, ni à l’inquiétude du présent, ni à la peur du lendemain, au risque de ne pas agir.

Le devoir d’agir nous engage tous : pouvoirs publics, secteur privé, société civile et citoyens, nous sommes tous interpellés. 

Afin d’établir ou rétablir la confiance, il nous faut entretenir les fondements du vivre ensemble ; c’est-à-accepter les règles du contrat social qui donnent sens à la liberté, à la responsabilité et à la solidarité.

L’essence de l’idéal démocratique, c’est le droit reconnu au citoyen de s’exprimer et de manifester librement sans être inquiété.

Mais le droit va avec le devoir. Il n’y a pas de liberté sans responsabilité. La liberté est inséparable de la responsabilité qui la guide dans le secret de la conscience et l’encadre par l’obéissance à la loi.

Quelles que soient les opinions et les ambitions, il faut convenir que la subversion ne peut être une forme acceptable de contestation ; parce qu’elle fragilise l’Etat, favorise l’instabilité et met en péril la paix, la sécurité, la démocratie et le développement.   

La raison commande de concilier droits et devoirs, liberté et responsabilité, ambition légitime et esprit de compromis. 

Victor Hugo, penseur du 19e siècle, rappelait que : « Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. Être libre, disait-il, rien n’est plus grave ; la liberté est pesante, et toutes les chaînes qu’elle ôte au corps, elle les ajoute à la conscience ; dans la conscience, le droit se retourne et devient devoir. Prenons garde à ce que nous faisons ; nous vivons dans des temps exigeants ». Fin de citation.

Vérité du 19e siècle, vérité du 21e siècle.

Au demeurant, le souffle de la liberté, inhérent à la démocratie, ne suffit pas à lui seul pour faire vivre le corps social. Le peuple a autant besoin de  liberté que de pain quotidien ; d’où l’impératif des droits économiques et sociaux, et le devoir de solidarité qui donne sens au vivre ensemble.

Une société de progrès ne peut vivre en paix avec elle-même sans une croissance économique vertueuse ; c’est-à-dire une croissance qui génère de la richesse, de l’emploi et du bien-être social.

Elle ne peut vivre en paix avec elle-même quand ceux qui ont plus gagnent toujours plus et ceux qui ont moins perdent toujours plus.

La pauvreté déshumanise et rend précaire le contrat social. Elle nourrit la frustration et le désespoir qui font le lit des radicalismes de tout genre.

L’une des missions de l’Etat, son rôle régulateur et sa fonction sociale, c’est justement de veiller à maintenir la cohésion sociale en corrigeant les inégalités et en redonnant espoir à ceux qui doutent, pour qu’ils ne perdent pas confiance.

Voilà pourquoi, dans la vision d’Un Sénégal pour tous, j’ai mis en place des politiques publiques d’inclusion sociale et d’équité territoriale comprenant notamment :

  • le Programme d’Urgence de Développement Communautaire avec ses composantes eau, électricité, pistes de désenclavement et équipements pour les femmes rurales ;
  • la Couverture Sanitaire Universelle ;
  • des Bourses de Sécurité Familiales en faveur des couches les plus vulnérables ;
  • et la Délégation à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes, pour soutenir les porteurs de projets ne pouvant pas accéder au financement bancaire.

En même temps, nous poursuivons l’objectif d’émergence à l’horizon 2035 avec le Plan Sénégal Emergent (PSE) qui vise la transformation structurelle de l’économie sénégalaise, le développement du capital humain et la promotion de l’Etat de droit dans un environnement de paix, de sécurité et de stabilité. 

Sur la première phase du PSE, 2014-2018, nous avons réalisé plusieurs projets d’infrastructures de développement par l’investissement public.

Dans sa phase II, portant sur la séquence 2019-2023, le PSE déploie un Plan d’Actions Prioritaires plus orienté vers l’investissement privé dans des secteurs comme :   

  • l’énergie, l’agriculture, l’élevage et la pêche ;
  • la santé, l’éducation, la formation et l’économie numérique ;
  • les infrastructures hôtelières et touristiques ;
  • les infrastructures de transport dont deux  projets phares de Train Express Régional et de Bus Transit Rapide (BRT) en cours de réalisation;
  • enfin l’habitat, avec un programme quinquennal de 100 000 logements. 

Ces efforts s’accompagnent de réformes visant la rationalisation de l’administration et des dépenses publiques, une meilleure mobilisation des ressources internes et l’amélioration de l’environnement des affaires ; ce qui a valu au Sénégal un gain de 18 places dans le dernier classement Doing business.

Je sais que ce qui est valable pour le Sénégal l’est aussi pour beaucoup de pays africains.

Dans sa grande majorité, et en dépit des défis devant nous, l’Afrique progresse. Les gouvernements sont à la tâche. Il y a une jeunesse vibrante qui crée et qui réussit. Des hommes et des femmes dynamiques entreprennent, investissent, créent de la richesse et des emplois.

La marche vers l’intégration se poursuit, avec le lancement en juillet dernier de la Zone de libre-échange continental africaine.

Autant de raisons d’avoir confiance en nous-mêmes et en notre avenir. D’autant plus que le potentiel de notre continent est énorme. L’Afrique est vaste : plus de 30 millions de km2 ! L’Afrique est riche de ses ressources hydriques, foncières, minières et énergétiques.

C’est plutôt l’échange inégal et un ordre mondial inéquitable qui contribuent à l’appauvrir en freinant ses efforts de développement.

Alors, il y a urgence à réformer la gouvernance politique et économique mondiale pour qu’elle reflète davantage les réalités du 21e siècle.

Il  y urgence à établir des échanges internationaux plus équitables et des partenariats mutuellement bénéfiques, qui protègent à la fois les intérêts de l’investisseur et les droits du pays d’accueil.

Il y urgence à faire payer l’impôt là où l’activité crée de la richesse et du profit.

Il y a urgence à lutter de façon plus efficace contre l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et les flux financiers illicites.

Selon les estimations en 2017 de la Commission indépendante pour la réforme de l’impôt international sur les sociétés, chaque année, entre 40 et 80 milliards de dollars de taxes échappent à l’Afrique.

Ces chiffres, qui ne tiennent pas compte des autres flux financiers illicites provenant de l’Afrique, sont tout de même largement supérieurs à l’aide publique destinée à l’Afrique, dont le montant en 2018 est de 29,7 milliards de dollars d’après les données de l’OCDE.

Si l’Afrique recevait son dû par des échanges plus équitables, on ne parlerait plus d’aide publique au développement !

Notre combat, c’est aussi pour un renouveau duparadigme relationnel où l’Afrique garde sans complexe ses amitiés traditionnelles et s’ouvre à de nouveaux horizons.

Dans cette Afrique en quête d’émergence, nos pays ne peuvent être des enjeux d’une compétition mondiale, mais des acteurs qui connaissent et défendant leurs intérêts. Dans cette Afrique en quête d’émergence, il ne peut y avoir ni chasse gardée, ni exclusivité, ni exclusion.

Notre réussite dépendra pour l’essentiel de notre état d’esprit.  Nous devons rester combatifs.

A nous de prendre notre destin en mains.

A nous de faire le récit de notre histoire pour éclairer notre présent et inventer notre futur.

A nous de porter la réflexion et le discours de l’Afrique sur l’Afrique ; comme vous le faites si bien ici dans le cadre du Forum MEDays.  

Malgré les contingences, les préjugés et les idées reçues, je reste convaincu que le temps de l’Afrique est arrivé. Les rigueurs d’une époque pas si lointaine doivent relativiser les soucis de notre temps, renforcer la confiance en nous-mêmes et raffermir notre détermination à aller de l’avant.  

Selon les mots du Révérend Martin Luther King, « La vie n’est simple pour personne. Mais nous devons continuer d’avancer. Nous devons aller de l’avant. Si tu ne peux pas voler, cours. Si tu ne peux pas courir, marche. Si tu ne peux pas marcher, rampe. Mais avance par tous les moyens ».

Je vous remercie.

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