Note: réécriture au format article
À l’issue de l’épisode du CAN clos, le Sénégal et le Maroc ouvrent, ce lundi à Rabat, la capitale marocaine, une nouvelle étape de leur coopération bilatérale, marquée par la tenue, pour la première fois, d’une Haute Commission mixte, avec la présence de leurs Premiers ministres respectifs, Ousmane Sonko et Aziz Akhannouch.
RABAT – Ce mécanisme inédit illustre le caractère stratégique et multidimensionnel d’un partenariat qui devrait se raffermir sur les volets politique, économique, industriel et social.
Haute Commission mixte : mode d’emploi
Les commissions mixtes visent à actualiser et à fortifier le cadre juridique qui encadre les relations bilatérales, tout en mettant en œuvre des programmes opérationnels pour certains dispositifs existants. La nouveauté majeure cette année réside dans le fait que la commission se réunit pour la première fois au niveau des chefs de gouvernement, ce qui témoigne de l’importance stratégique accordée à la coopération entre le Sénégal et le Maroc. En termes de format, il s’agit toujours d’échanges impliquant les ministres des Affaires étrangères.
Genèse de la Haute Commission
Le Sénégal et le Maroc ont décidé d’élever le niveau de leurs travaux de coopération afin de refléter le poids stratégique de leur relation et l’ampleur des échanges bilatéraux. « Tous les domaines ministériels des deux pays mènent des activités de coopération. Dans ce cadre, lors de la visite au Maroc du ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, en novembre dernier, les deux parties ont convenu de tenir cette commission en janvier, au niveau des deux Premiers ministres », explique-t-on.
Déroulé de la visite de la délégation sénégalaise
Lundi : Haute Commission mixte
Attendu à Rabat en début de matinée, le Premier ministre Ousmane Sonko coprésidera, avec son homologue marocain Aziz Akhannouch, l’ouverture de la Haute Commission mixte au siège du ministère des Affaires étrangères marocain. Les discussions porteront sur les axes prioritaires de la coopération bilatérale.
Mardi : Forum économique pour dynamiser investissements et commerce
Le forum économique bilatéral, prévu à la suite de la commission mixte, s’inscrit dans la volonté partagée du Sénégal et du Maroc de renforcer leurs liens économiques, en privilégiant l’investissement et le commerce. Les flux d’investissement marocain vers le Sénégal restent modestes, autour de 100 millions USD en 2023. Du côté du commerce, les échanges entre les deux pays ont connu une progression significative, passant de 98,5 millions USD en 2010 à près de 370 millions USD en 2024.
Cependant, cette croissance s’accompagne d’un important déséquilibre, la balance commerciale restant largement déficitaire au détriment du Sénégal. Le forum offrira l’occasion de mettre en avant les projets d’investissement au Sénégal, en harmonie avec l’Agenda 2050, et d’orienter les investisseurs vers les secteurs-clés répondant aux besoins nationaux.
Il permettra aussi d’étudier une meilleure structuration du commerce bilatéral et d’établir des mécanismes pour rééquilibrer les échanges en faveur des exportations sénégalaises vers le Maroc. Organisé conjointement par les deux pays, ce rendez-vous économique vise à jeter les bases d’une coopération plus équilibrée, plus dynamique et plus durable.
Mardi après-midi : Rencontre avec la diaspora sénégalaise à Casablanca
Une rencontre du Premier ministre avec la diaspora sénégalaise est aussi au programme mardi après-midi à Casablanca. « Il s’agit d’un rendez-vous attendu tant par les autorités que par la communauté sénégalaise, afin d’évoquer les questions relatives à la situation des Sénégalais vivant au Maroc. L’objectif est de présenter l’ensemble des programmes que l’État déploie en faveur de la diaspora, y compris celle résidant au Maroc, et de recueillir leurs préoccupations pour y répondre de manière adaptée », précise une source proche des autorités sénégalaises.
Ces échanges s’inscrivent dans le cadre des visites du Premier ministre, du Président de la République ou du ministre des Affaires étrangères, qui visent principalement ces axes.
« La communauté sénégalaise au Maroc est bien intégrée et active dans de nombreux secteurs économiques et sociaux », ajoute une autre source. La diaspora joue un rôle crucial dans le renforcement des liens bilatéraux, non seulement par son installation réussie, mais aussi par sa contribution à la promotion économique, culturelle et sportive. Les préoccupations de la diaspora sénégalaise au Maroc sont toujours prises en compte par les autorités sénégalaises, note-t-on.
Mercredi : Partenariat stratégique avec le Groupe OCP
Dans le cadre de la coopération bilatérale, une étape spécifique sera consacrée mercredi au secteur du phosphate, pilier stratégique pour le développement économique du Sénégal. Le Groupe OCP (ancien Office chérifien des phosphates), acteur majeur sur le marché mondial des phosphates, se profile comme un partenaire clé pour valoriser la filière engrais-phosphate.
Ce segment portera notamment sur un projet structurant situé à Matam, dans le nord du Sénégal. Inspiré du modèle de l’OCP, ce projet vise à bâtir un véritable écosystème local autour de la production et de la transformation des engrais phosphatés. « Au-delà de l’investissement industriel, l’objectif est de générer des retombées économiques pour l’ensemble de la région, en créant de nouvelles opportunités d’emploi et en renforçant la chaîne de valeur agricole », précisent les autorités sénégalaises. Les échanges autour de cette filière se dérouleront avec l’OCP, dont le siège est près de Marrakech, dans un site stratégique pour le groupe.
Ce type de coopération illustre la volonté du Sénégal et du Maroc de renforcer leurs liens dans des secteurs à forte valeur ajoutée, au bénéfice des deux économies.