(SenePlus) – Le président de la République a officiellement inauguré ce jeudi au Centre International de Conférences Abdou Diouf (CICAD) les discussions nationales relatives à l’Agenda National de Transformation de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANTESRI 2050). Lors de cette cérémonie, il a appelé à une refonte en profondeur du système universitaire sénégalais, soulignant la nécessité de moderniser et de repositionner l’enseignement supérieur dans une dynamique de progrès et d’adaptation aux enjeux actuels.
« Quarante-cinq ans après notre accession à l’indépendance, il est impératif de concevoir une université sénégalaise contemporaine, capable de répondre aux mutations en cours, tout en étant profondément ancrée dans nos propres réalités », a lancé le chef de l’État, en posant les bases du lancement officiel de l’ANTESRI 2050. Ce discours marquait une étape décisive dans la volonté de transformer radicalement le paysage académique national.
Devant un auditoire composé de membres du gouvernement, de diplomates, de partenaires techniques et financiers, ainsi que de représentations du milieu universitaire, le président a dressé un état des lieux sans concession du système d’enseignement supérieur du pays. Ses déclarations ont mis en lumière plusieurs problématiques majeures qui entravent la vitalité de l’université sénégalaise.
« L’université sénégalaise fait face à de multiples défis qu’elle doit impérativement relever », a déclaré le président, en soulignant notamment le déficit en infrastructures modernes, la croissance exponentielle du nombre d’étudiants, l’inadéquation des curricula, les problèmes de financement, ainsi que la digitalisation encore insuffisante. Il a insisté sur le fait que ces difficultés compromettent le développement d’un système performant et équilibré.
L’un des constats les plus préoccupants concerne l’instabilité chronique du calendrier académique, une situation dont le coût est estimé à plus de 40 milliards de francs CFA chaque année, soit près de 400 milliards sur la dernière décennie. Face à cette problématique qui fragilise la crédibilité et l’efficacité de l’enseignement supérieur, le président a annoncé le lancement imminent d’un plan d’urgence destiné à réhabiliter et à moderniser les infrastructures universitaires.
Ce plan s’inscrit dans la ligne de ses instructions données lors du conseil des ministres du 27 novembre 2024, conformément auxquelles des actions concrètes seront entreprises pour stabiliser le calendrier universitaire et améliorer la qualité des environnements d’apprentissage.
Un axe essentiel de cette transformation concerne la décolonisation du système éducatif. « Notre modèle d’enseignement doit s’émanciper du colonialisme intellectuel et être recentré sur nos réalités culturelles, sociales, économiques et environnementales », a affirmé Bassirou Diomaye Faye. Cela implique de repenser les contenus pédagogiques afin qu’ils soient davantage représentatifs de nos identités, de nos valeurs et de nos savoirs endogènes.
Parmi les mesures phares, il est prévu d’intégrer plus fortement dans les curricula le plurilinguisme, avec une reconnaissance accrue des langues nationales et des langues africaines, en complément du français et de l’anglais. « Les savoirs locaux, longtemps marginalisés, doivent retrouver leur juste place dans nos programmes éducatifs », a-t-il précisé. Selon lui, cette démarche constitue un véritable « acte de souveraineté scientifique et culturelle », permettant d’affirmer une identité forte tout en enrichissant l’enseignement supérieur.
Le président a également pointé du doigt l’écart existant entre les formations délivrées et les besoins précis du développement national. « Les programmes de formation, et plus largement les compétences produites par nos universités, ne sont pas en adéquation avec les quatre axes de l’Agenda de transformation », a-t-il déploré. Cette inadéquation limite la capacité du système à contribuer efficacement à la croissance et à la transformation du pays.
Il a notamment regretté que le secteur de l’enseignement supérieur ne forme qu’un faible nombre de techniciens supérieurs, d’ingénieurs, de titulaires de licences et de masters en sciences exactes et technologiques, qualifiant cette situation de « handicap majeur » pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie de développement nationale.
L’intégration des nouvelles technologies constitue aussi une pièce maîtresse de cette réforme. Selon le chef de l’État, il est crucial que les universités préparent leurs étudiants à maîtriser les outils et compétences des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la robotique, la science des données et la réalité virtuelle. Cela permettrait d’assurer une transition vers une économie numérique dynamique et compétitive.
À cet égard, il a salué les progrès récents du Sénégal dans le domaine technologique, notamment le lancement du premier satellite national en août 2024. Pour lui, cette réussite témoigne de la capacité d’innovation et du potentiel du pays : « Le Sénégal des talents, qui innove et se projette avec fierté vers l’avenir, s’affirme de plus en plus comme une nation pionnière dans l’espace technologique ».
Autre priorité de cette vision de réforme, la territorialisation de l’enseignement supérieur par la création de huit pôles régionaux. « Nous aspirons à un enseignement supérieur accessible à tous, quel que soit le lieu où l’on se trouve », a affirmé le président, en insistant sur la nécessité de promouvoir une « mobilité institutionnelle des enseignants-chercheurs » afin d’assurer l’égalité des chances sur l’ensemble du territoire national.
Pour garantir la réussite de ces concertations, le président a annoncé la nomination du professeur Boubacar Diop comme coordinateur du comité de pilotage. « Je compte sur votre riche expérience d’universitaire émérite, sur votre engagement syndical et surtout sur votre passion pour l’Afrique », lui a-t-il déclaré, exprimant toute sa confiance dans cette expertise pour mener à bien la mission.
Ce projet ambitieux, l’ANTESRI 2050, se veut être un levier stratégique pour faire de l’enseignement supérieur sénégalais un moteur de souveraineté, d’innovation et de transformation sociale. Il s’inscrit dans la continuité de la vision Senegal 2050, visant à faire du pays un exemple de progrès et de développement soutenu par une université à la hauteur des défis du XXIe siècle.