Du 4 au 6 juin 2026, dans la capitale du Sénégal, les membres de l’Association internationale des libraires francophones (Ailf), accompagnés de libraires et d’éditeurs venus de divers pays, se sont rassemblés pour examiner les défis qui traversent le secteur du livre. À l’issue de ces trois journées d’échanges, ils ont visité, le samedi 6 juin, Clairafrique, librairie emblématique et pilier du paysage culturel sénégalais qui fête ses 75 ans, puis ont partagé un dîner convivial.
Après ces trois jours dédiés à l’examen de l’avenir du livre francophone en Afrique, les participants aux rencontres de Dakar ont procédé, le samedi 6 juin, à une découverte de Clairafrique, située à proximité de l’Université Cheikh Anta Diop, à l’occasion de son demi-siècle et plus encore d’existence. Organisée dans le cadre des activités de l’Association internationale des libraires francophones (Ailf), cette étape a permis aux professionnels du livre de mieux appréhender les réalités du métier au Sénégal et d’échanger sur les perspectives de développement du secteur.
Premier rendez-vous de l’Ailf organisé sur le continent africain depuis dix ans, les rencontres ont réuni, du 4 au 6 juin, une vingtaine de libraires africains ainsi que les administrateurs de l’association venus de plusieurs régions du monde. Un choix symbolique et stratégique, selon Michel Choueiri, président de l’Ailf. « Nous avons voulu organiser une rencontre des libraires francophones en Afrique et, en même temps, installer notre conseil d’administration et notre assemblée générale à Dakar plutôt que de faire venir les libraires africains en Europe », a-t-il expliqué.
À travers cette démarche, l’association cherche à rapprocher ses instances dirigeantes des réalités du terrain et à permettre à ses administrateurs, venus de différents continents, de mieux appréhender les enjeux propres aux librairies africaines. La visite de Clairafrique, qui fête ses 75 années d’existence, s’inscrit dans cette volonté d’observation et de partage. « Il s’agissait de voir concrètement comment fonctionne une librairie ici, quels sont ses choix, ses difficultés et comment l’association peut intervenir en matière de formation, de professionnalisation ou encore d’importation des livres », a précisé M. Choueiri.
Selon lui, durant les trois jours de travaux, les discussions ont porté sur plusieurs défis majeurs de la chaîne du livre. Relance de la caravane du livre Les participants ont notamment abordé les relations entre éditeurs et libraires africains, les difficultés d’acheminement des ouvrages, ainsi que les mécanismes susceptibles de renforcer la coopération professionnelle. L’un des chantiers phares évoqués concerne la mise en place d’une charte destinée à encadrer les relations entre éditeurs et libraires.
Les participants ont également envisagé la relance de la Caravane du livre, un programme itinérant prévu pour 2028. Cette initiative permettra aux libraires de se déplacer dans les régions avec des auteurs et des éditeurs afin de rapprocher le livre des populations. Pour le président de l’Ailf, le rôle du libraire ne se limite pas à une simple transaction commerciale. « Nous sommes des passeurs de culture », a-t-il insisté.
Selon lui, la mission des libraires consiste aussi à valoriser les auteurs et les éditeurs francophones, à encourager la lecture et à contribuer à la circulation des œuvres au-delà des frontières. Cette ambition rejoint les préoccupations exprimées par les autorités sénégalaises du secteur dès l’ouverture des travaux. La Direction du livre et de la lecture, présente lors de la cérémonie inaugurale, a réaffirmé son engagement en faveur du développement de la filière et de sa professionnalisation.
Au-delà des aspects techniques, les échanges ont également porté sur la place de l’Afrique dans l’espace francophone. M. Choueiri plaide pour des relations davantage fondées sur la réciprocité. « Nous ne sommes pas venus pour aider. Nous sommes venus pour partager », a-t-il souligné. De son côté, les professionnels africains disposeraient d’un savoir-faire et d’expertises capables d’enrichir l’ensemble du réseau francophone. Cette volonté de renforcer les échanges Sud-Sud, mais aussi Sud-Nord, a constitué l’un des axes directeurs de la rencontre.
Des administrateurs venus du Chili, des États-Unis, du Canada, du Liban, des Émirats arabes unis ou encore de plusieurs pays européens ont ainsi pu découvrir de nouvelles réalités et tisser des liens susceptibles de favoriser une meilleure visibilité des productions éditoriales africaines dans leurs propres librairies. Pour Loubna Joheir Fawaz, libraire en Mauritanie et participante aux travaux, les librairies occupent une place centrale dans le développement des sociétés.
« Le développement des librairies est fondamental dans le progrès de l’éducation et dans la promotion du livre et de la lecture », a-t-elle rappelé. Avant d’ajouter : « Sans librairie aujourd’hui, il n’y a pas de livre, il n’y a pas d’apprentissage de la lecture. »